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LeMonde - En Thaïlande, l'armée détient l'ex-première ministre Yingluck Shinawatra

Elle cristallise à elle seule toutes les tensions qui agitent la Thaïlande. L'ancienne première ministre, Yingluck Shinawatra, est actuellement détenue par la junte militaire qui a pris le pouvoir, jeudi 22 mai, « dans un lieu inconnu », indique la BBC.

La junte avait convoqué tous les membres du gouvernement renversé, vendredi, dans un complexe militaire du nord de Bangkok. Yingluck Shinawatra, destituée par la Cour constitutionnelle, faisait aussi partie des convoqués, tout comme plusieurs membres de sa famille.

Au total, une centaine d'anciens responsables politiques, du parti Puea Thai (ex-gouvernement) comme du Parti démocrate (opposition), étaient convoqués. Les militaires avaient déjà interdit de sortie de territoire 155 personnes, dont MmeShinawatra, « à des fins de maintien de la paix et de l'ordre ».

En réaction au coup d'Etat militaire, les Etats-Unis ont suspendu dans la soirée 3,5 millions de dollars d'aide militaire qu'ils devaient verser à la Thaïlande, soit à peu près le tiers de ce que Washington donne chaque année à Bangkok. Ils sont également en train de réfléchir à ce qu'ils vont faire du reste de leur aide à la Thaïlande, qui s'est élevée au total à 10,5 millions de dollars en 2013, a précisé la porte-parole du département d'Etat, Marie Harf.

Le calme était revenu à Bangkok, vendredi matin, après une nuit de couvre-feu, les rues du centre de Bangkok, toutes les écoles restant fermées. Les militaires étaient nombreux aux alentours du siège du gouvernement, déserté depuis des mois, alors que les derniers manifestants d'opposition, contents de ce coup qu'ils appelaient de leurs vœux, remballaient leurs tentes. Les militaires déblayaient les sacs de sable à coups de bulldozer, dans une ambiance calme.

Les rassemblements sont désormais interdits. La Constitution a également été suspendue, à l'exception de la section sur la monarchie. Et le Sénat reste en place. La BBC note que, par rapport aux coups d'Etat précédents – la Thaïlande en a connu 18 depuis 1932 – « il n'y a pas eu de promesse d'un retour à la normale rapide ».

« PAS DE JUSTIFICATION »

Après moins de trois jours de loi martiale, destinée selon l'armée à forcer au dialogue les acteurs civils de la crise politique, le puissant chef de l'armée de terre, le général Prayut Chan-Ocha, avait justifié jeudi après-midi un coup rendu nécessaire, « pour que le pays revienne à la normale ». Le général avait mis en avant la violence dans le pays, qui a fait 28 morts depuis le début de la crise à l'automne dernier, la plupart lors de tirs ou de jets de grenades en plein Bangkok par des auteurs inconnus.

La communauté internationale, de l'Union européenne aux Etats-Unis, a condamné le putsch, réclamant un retour rapide à un gouvernement démocratique. Pour Washington, il n'y a « pas de justification à ce coup d'Etat militaire », prévenant de conséquences « négatives » entre les deux alliés, notamment en matière de coopération militaire. L'Australie a ajouté vendredi sa voix aux critiques.

LUTTE DE POUVOIR

Certains observateurs estiment que la crise est avant tout liée à une lutte depouvoir pour s'assurer de la tête du gouvernement au moment de la succession du roi Bhumibol Adulyadej, 86 ans. Se posait vendredi la question de l'investiture royale du nouveau pouvoir dans ce royaume qui compte désormais 19 coups d'Etat ou tentatives en quatre-vingts ans.

Le précédent coup, en 2006, avait entraîné une série de crises politiques, faisantdescendre tour à tour dans la rue les ennemis et les partisans de Thaksin Shinawatra, vu par les élites comme une menace pour la royauté.

La crise actuelle, soutenue par les élites traditionnelles selon les analystes, n'en est que le dernier soubresaut. Elle avait commencé à l'automne par des manifestations réclamant le départ de sa sœur, Yingluck, au pouvoir depuis 2011. Elle a été destituée par la justice début mai, mais les manifestants demandaient toujours la fin du « système Thaksin », dont les partis ont remporté toutes les élections nationales depuis 2001.

Source: http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2014/05/23/thailande-apres-le-coup-d-etat-l-armee-convoque-le-gouvernement-dechu_4424216_3216.html

Tag(s) : #Asie et Pacifique