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Le Monde - Turquie : Erdogan remporte l'élection présidentielle dès le premier tour

Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a été élu, dimanche 10 août, président de la République dès le premier tour du scrutin, signant une victoire qui va prolonger de cinq ans son règne à la tête du pays, malgré les mises en garde de ses adversaires sur sa dérive autoritaire.

Selon des résultats quasi-complets, diffusés par les chaînes de télévision, le chef du gouvernement islamo-conservateur a obtenu 52,1 % des voix dans ce scrutin disputé pour la première fois au suffrage universel direct. Sitôt connus ces résultats, M. Erdogan s'est dirigé à la mosquée historique Eyüp Sultan d'Istanbul pour prier, comme le faisaient les sultans ottomans avant de monter sur le trône, selon ces chaînes.

Candidat commun de l'opposition social-démocrate et nationaliste, Ekmeleddin Ihsanoglu, un historien réputé de 70 ans qui a dirigé l'Organisation de la coopération islamique (OCI), a réuni quelque 39 % des suffrages, alors que celui de la minorité kurde, Selahattin Demirtas, n'en a rassemblé que près de 9 %.

Les bureaux de vote ont fermé leurs portes à 17 heures, heure locale, à l'issue d'un scrutin marqué par une participation en recul par rapport aux municipales de mars. Selon le sondeur Adil Gür, de la compagnie A&G, elle devrait atteindre entre 70 et 75 %.

ROULEAU COMPRESSEUR

Grand favori de ce scrutin, l'homme fort de la Turquie, 60 ans, au pouvoir depuis 2003, n'a pas caché qu'il souhaitait garder la haute main sur l'exécutif et renforcer les prérogatives du chef de l'Etat, jusque-là largement honorifiques, au prix d'une réforme de la Constitution. « Le président élu et le gouvernement élu œuvreront main dans la main », a-t-il souligné dimanche en votant dans un quartier de la rive asiatique d'Istanbul.

A la manière d'un rouleau compresseur, le premier ministre a écrasé la campagne par son charisme et la toute-puissance financière de son Parti de la justice et du développement (AKP), qui n'ont laissé que peu de chances à ses deux rivaux.

M. Ihsanoglu, qui n'a pu lui opposer que son image de grand-père rassurant mais sans relief, a dénoncé dimanche une « campagne injuste et disproportionnée » de son rival, mais sans parvenir à susciter le sursaut des « masses silencieuses »qu'il espérait. Quant au candidat des Kurdes, un avocat de 41 ans, il n'a pas réussi à mordre au-delà de cette communauté de 15 millions d'âmes.

DÉRIVE AUTORITAIRE ET SCANDALES

Toujours populaire malgré les critiques et les scandales, le premier ministre est, lui, parvenu à mobiliser largement ses troupes. Paradoxalement, son triomphe intervient au terme d'une année politique très difficile pour son camp.

En juin 2013, des millions de Turcs ont dénoncé dans les rues sa dérive autoritaire et islamiste. La sévère répression de cette révolte a sérieusement écorné l'image du régime. L'hiver dernier, c'est un scandale de corruption sans précédent qui a éclaboussé le pouvoir. M. Erdogan a dénoncé un « complot » de son ex-allié islamiste Fethullah Gülen, avant de purger la police et de museler les réseaux sociaux et la justice.

Mais, même contesté comme jamais, Recep Tayyip Erdogan a remporté les élections locales de mars et reste très populaire dans un pays qu'il a débarrassé de la tutelle de l'armée et dont la majorité religieuse et conservatrice a profité de la forte croissance économique sous son règne.

Source: http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/08/10/turquie-erdogan-remporterait-l-election-presidentielle-des-le-premier-tour_4469739_3214.html

Tag(s) : #Moyen et Proche Orient