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Scidev.Net - Les données publiques, un atout pour la recherche en Afrique

Une série d'études sur les politiques d'ouverture des données publiques dans les pays en développement, qui renvoie à la notion de "open data", souligne qu'elles offrent la perspective d'une révolution dans plusieurs domaines, notamment celui de la recherche, en Afrique.

Ces études échelonnées sur plusieurs années et exécutées sur le continent (mais aussi en Amérique et en Asie) sont pilotées par la Worldwide Web Foundation avec l'appui financier du Centre canadien de recherches pour le développement international (CRDI).

En Afrique du Sud où l'une de ces études exploratoires a été confiée à l'Initiative OpenUCT de l'Université du Cap, l'équipe du projet s'est intéressée à l'utilisation de l'open data dans la gouvernance de l'enseignement supérieur.


Le Centre sud-africain pour la réforme de l'enseignement supérieur (CHET) a mis au point une plateforme open data fournissant, via l'Internet, l'accès à des statistiques sur l'enseignement supérieur dans le pays. Comme ailleurs sur le continent où l'open data connaît son printemps, aucune étude n'avait encore permis de prendre la mesure de l'utilité de la plateforme du CHET.

Dans le cadre d'une étude sur son utilité, les chercheurs de l'OpenUCT se sont livrés à un cas d'étude sur le CHET, choisissant d'explorer notamment l'usage que font de l'open data les stratèges en planification et les chercheurs de l'enseignement supérieur.

Au bout du compte, le projet a permis de mettre en évidence le fait que c'est désormais une pratique courante pour les chercheurs de l'enseignement supérieur en Afrique du Sud, de recourir à l'exploitation des données libres.

Les personnes ressources sollicitées dans le cadre de l'étude relèvent que l'open data, pour le cas spécifique du CHET, présente l'avantage supplémentaire d'un accès plus filtré, ce qui veut dire qu'un simple jeu de paramètres garantissent un tri essentiel - un contrôle adéquat évitant des résultats superflus.

Dans une interview à SciDev.Net, Michelle Willmers, responsable de l'initiative OpenUCT, explique que l'importance de l'étude réside dans le fait qu'elle était au départ une interrogation, celle de savoir comment se traduit concrètement la notion d'ouverture - "openness" — dans le contexte local sud-africain et par rapport à l'idée qu'on se fait du même concept au plan international.

"A un niveau institutionnel, le projet était significatif en ce sens que c'était le premier projet que nous avons entrepris de façon explicite sur l'open data et en tant que tel, il établit un précédent pour les futures recherches dans le domaine," déclare Michelle Willmers, qui ajoute: "Pour beaucoup d'institutions africaines, il relève d'un vrai défi que de trouver un foyer institutionnel pour des travaux de recherche dans des disciplines émergentes comme l'open data."

Elle en conclut que l'étude, en tant qu'une première dans un nouveau domaine de quête intellectuelle, ouvre une voie pour des travaux poussés.

La question de l'impact des politiques de données ouvertes est aujourd'hui cruciale en Afrique, au regard de la vitesse avec laquelle le continent tente de combler son retard en la matière.

Il faut dire qu'au cours de ces deux dernières années, l'émergence de l'impératif des données libres s'est manifestée par la naissance de plateformes à l'initiative soit d'entités étatiques, soit de structures non-gouvernementales, puisqu'il semble maintenant d'une bonne disposition de présenter toutes les garanties de transparence.

Toutefois, le tournant dans le processus de la promotion de l'ouverture a été l'avènement de l'initiative Autoroute Africaine de l'Information (AIH, de son sigle anglais), lancée en 2012 par la Banque Africaine de Développement (BAD).


La BAD avait fait le constat que les pays africains, depuis un certain temps, avaient substantiellement accru leurs efforts de collecte de données. En revanche, la dissémination à temps de ces données, afin qu'elles servent aux besoins des usagers potentiels, était en butte à un handicap.

Il y avait aussi un autre impératif: la BAD, en tant qu'institution de développement, a toujours besoin de données ponctuelles pour l'évaluation de ses interventions sur le continent.

À ce facteur s'était ajouté le souci des bailleurs de fonds et autres partenaires désormais désireux d'une transparence qui n'est souvent quantifiable qu'avec un libre accès aux données.

Il y avait là des raisons suffisantes pour convaincre la BAD du bien-fondé de l'initiative Autoroute Africaine de l'Information.

"L'objectif de l'AIH est d'accroître de façon significative l'accès à des données de qualité pour la gestion et le suivi des projets de développement dans les pays africains, [et aussi le suivi des] progrès réalisés dans le cadre des OMD (Objectifs du Millénaire pour le développement), " souligne dans une interview à SciDev.Net Ivo Njosa, consultant à la division statistiques sociales et économiques de la BAD.

Depuis la mise en route de l'AIH, tous les pays africains sont aujourd'hui dotés d'une infrastructure susceptible de porter leurs ambitions en matière de vulgarisation des données publiques.

Ivo Njosa se veut précis : "Des portails de données et des systèmes d'open data équipés de technologies de l'information ordinaires ont été mis au point et installés dans tous les 54 pays africains et au niveau de 16 organisations sous-régionales et régionales."


À en croire l'expert de la BAD, tous ces systèmes logistiques, ces entrepôts de données numériques, basés dans les bureaux nationaux des statistiques, dans les banques centrales et dans les ministères sont interconnectés par des faisceaux actifs de transport de données, constituant ainsi un vaste réseau dont le Hub est la centrale statistique de la BAD.

Parallèlement à cette méga-infrastructure née de l'AIH, de plus en plus de pays africains ont entrepris de se doter de leurs propres plateformes d'open data.

Le Maroc avec son portail data.gov.ma, mis en service depuis mai dernier, fait figure de pionnier en la matière.

Début juin dernier, le Burkina Faso a emboîté le pas au Royaume chérifien, en inaugurant le portail data.gov.bf.

Par cet acte, le Burkina est devenu le premier pays d'Afrique francophone subsaharienne à lancer sa plateforme d'ouverture des données.


Au-delà de l'espace francophone, avec les exemples de l'Afrique du Sud, du Kenya et du Ghana, l'Afrique anglophone tient le haut du pavé avec des plateformes plus élaborées.

Tandis que la nouvelle plateforme du Burkina n'offre pour le moment que des données sous deux rubriques thématiques, celle du Kenya est à un tel niveau d'opérationnalité qu'elle recouvre des données dans presque tous les domaines.

Et ce n'est pas un hasard si c'est l'Université du Cap qui a été choisie par la Fondation Web pour mener le projet sur l'open data dans l'enseignement supérieur: l'open data n'est pas une réalité récente en Afrique du Sud.

Il y a donc en Afrique un vrai foisonnement des plateformes de données libres qui pousse à marquer une pause pour s'interroger si ce n'est pas simplement un phénomène de mode.

Pour les responsables de l'Initiative OpenUCT, il était indispensable d'y voir clair le plus tôt possible, puisqu'au cœur de ce programme universitaire convergent des champs divers dont le dénominateur commun est la notion d'ouverture.

"Le bouleversement du cycle traditionnel de production du savoir sous l'effet des nouvelles technologies nous intéresse", affirme Michelle Willmers. "Les données en sont une composante."

De ce point de vue, l'universitaire ne perçoit pas l'open data comme un outil au service exclusif de la recherche; elle soutient que c'est aussi une ressource présentant un autre avantage, de la perspective de l'enseignant et de l'apprenant.

En revanche, il convient de souligner les limites des plateformes open data. Une étude critique de l'enthousiasme parfois démesuré que suscite la promesse d'ouverture des données, présentée à l'Université de Dresden en Allemagne par un collège de trois universitaires, avance que la simple publication de données sur l'Internet ne suffit pas.

"Pour vraiment avancer la cause de l'Open Society, les plateformes doivent remplir certaines exigences tant légales, administratives que techniques," résument Katrin Braunschweig, Julian Eberius, Maik Thiele et Wolfgang Lehner dans leur document de recherche sur "l'état des lieux de l'open data".

Parmi les recommandations des chercheurs allemands, il y a la nécessité de travailler à améliorer la "lisibilité" des données et leur standardisation.

Leur étude a porté sur une cinquante de plateformes, presque toutes basées dans des pays développés.

Michelle Willmers de l'OpenUCT, qui a travaillé sur un cas en Afrique, relève les mêmes problèmes de nature "administrative", "légale" et "technique", mais elle insiste davantage sur le fait qu'à l'échelle africaine, le déficit de ressources constitue un grand problème.

"Un défi majeur demeure le développement des compétences, des infrastructures et des ressources pour gérer et publier les données libres," explique Michelle Willmers.

Elle ajoute par ailleurs que le milieu de la recherche africaine devra aussi apprendre à se libérer des schémas traditionnels marqués par la rivalité dans la course aux financements, ce qui encourage, selon elle, l'esprit de fermeture plutôt que celui de l'ouverture.

Source: http://www.scidev.net/afrique-sub-saharienne/donnees/article-de-fond/les-donn-es-publiques-un-atout-pour-la-recherche-en-afrique.html

Tag(s) : #Science et Développement