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LaPresse.ca - Crise de la zone Euro: Les Grecs votent massivement Non

Les Grecs ont nettement rejeté, lors du référendum de dimanche, le plan des créanciers de leur pays, précipitant Athènes dans l'incertitude sur son maintien dans la zone euro.

Sur près de 72 % de bulletins dépouillés vers 20 h GMT (16 h, heure de l'Est), le Non l'emportait à 61,53 %, tandis que Berlin d'un côté, Paris et Rome de l'autre, ne semblaient pas du tout sur la même ligne sur la réaction à apporter.

L'ex-premier ministre grec Antonis Samaras, chef du principal parti d'opposition grec, Nouvelle Démocratie (conservateurs), a annoncé dimanche soir sa démission.

«Je comprends que notre parti a besoin d'un nouveau départ, dès aujourd'hui je démissionne de la direction», a indiqué Antonis Samaras, qui avait été premier ministre au pic de la crise, entre juin 2012 et janvier 2015, avant d'être battu par l'actuel premier ministre Alexis Tsipras.

La chancelière allemande Angela Merkel et le président français François Hollande étaient néanmoins «d'accord» pour dire qu'il fallait «respecter le vote» des Grecs, et pour appeler à un sommet de la zone euro mardi.

Alors que les partisans du Non manifestaient bruyamment leur joie à Athènes, Berlin réagissait durement, le ministre allemand de l'Économie Sigmar Gabriel jugeant «difficilement imaginables» de nouvelles négociations avec Athènes dans ces circonstances.

M. Gabriel a considéré que le premier ministre grec Alexis Tsipras avait «coupé les derniers ponts» entre son pays et l'Europe, dans un entretien au quotidien Tagesspiegel à paraître lundi.

Moscou, commentateur intéressé des évènements, s'était déjà fait également son opinion : «On ne peut pas ne pas comprendre» qu'il s'agit d'un «pas vers la sortie de la zone euro», a déclaré le vice-ministre russe de l'Économie, Alexeï Likhatchev.

Mais au même moment, le ministre des Finances Yanis Varoufakis annonçait que ce Non «était un outil pour tendre la main à nos partenaires», tandis que le porte-parole du gouvernement, Gabriel Sakellaridis indiquait que «les initiatives pour arriver à un accord» entre Athènes et ses créanciers UE et FMI «allaient s'intensifier à partir de ce soir».

M. Tsipras et M. Hollande, généralement un de ses plus compréhensifs partenaires dans la zone euro, se sont entretenus au téléphone vers 19 h GMT (15 h, heure de l'Est). M. Hollande et Angela Merkel devaient se rencontrer lundi soir à Paris «pour évaluer les conséquences du référendum en Grèce».

Positions divergentes

La réaction allemande, en tout cas celle de M. Gabriel, semblait en contradiction avec les positions prises dans la matinée par Paris et Rome.

Dimanche matin en effet, le ministre français de l'Économie Emmanuel Macron avait appelé à une reprise des discussions avec la Grèce, même en cas de Non.

Même position du président du Conseil italien Mattéo Renzi, corroborée après le scrutin par le ministre des Affaires étrangères Paolo Gentiloni: «Il est juste de recommencer à chercher un accord».

L'euro pâtissait de cette condition, cédant 0,90 % par rapport à vendredi soir face au dollar, à 1,1014 dollar à 20 h GMT (16 h, heure de l'Est).

La confusion sur la suite des évènements était totale. La Grèce n'a plus d'argent, ses banques sont fermées depuis une semaine, et fragilisées par les retraits massifs récents de Grecs anxieux de toute cette situation.

Selon le porte-parole du gouvernement, Gabriel Sakellaridis, la Banque de Grèce devait envoyer dès dimanche soir une demande à la BCE, car il y a selon lui «des arguments solides pour faire remonter [le plafond de] l'ELA», l'aide d'urgence aux banques grecques.

Le conseil des gouverneurs doit se réunir lundi, avait annoncé dès vendredi dans la presse autrichienne le gouverneur de la Banque d'Autriche Ewald Nowotny. Mais sans perspective d'accord d'Athènes avec ses créanciers, «la BCE n'a pas de base pour continuer à envoyer des euros à Athènes», estimait Holger Schmieding, économiste de Berenberg.

Dans cette situation confuse et dangereuse, le premier ministre de gauche radicale Syriza pouvait au moins se féliciter d'avoir remporté le pari du référendum, cinq mois après sa victoire confortable aux législatives de janvier.

La question posée aux Grecs était, en substance, approuvez-vous la proposition de réformes mise sur la table le 25 juin par les créanciers du pays (FMI, UE, BCE)?

Le texte avait déjà fait l'objet de concessions de la part du gouvernement Tsipras, arrivé au pouvoir en janvier. Mais le premier ministre a décidé dans la nuit du 26 au 27 juin qu'il n'irait pas plus loin, lançant l'annonce du référendum, et déclenchant le début de panique bancaire qui a abouti au strict contrôle des capitaux actuel.

Pendant ce temps, les créanciers faisaient valoir le danger pour le pays de s'engager sur la voie du Non, marqué selon eux par un risque de sortie de l'euro, une monnaie à laquelle trois Grecs sur quatre sont très attachés.

Pour parachever la dramatisation de ce scrutin, ils ont refusé de poursuivre le programme d'aide en vigueur depuis 2012, laissant la Grèce - qui n'a plus reçu d'aide depuis août 2014 - manquer un paiement de 1,5 milliard au FMI, évènement financier rarissime.

«La démocratie a gagné»

Dans ce contexte, les Grecs ont semblé aller au scrutin avec beaucoup d'anxiété dimanche, comme s'ils étaient dépassés par l'enjeu intimidant de la question.

Il semble bien qu'il n'en ait rien été, et qu'ils aient saisi au vol l'occasion de dire le «grand Non» espéré par M. Tsipras aux créanciers du pays, qui ont exigé des réformes très dures de la Grèce depuis 2010, en échange de 240 milliards d'euros de prêts ou promesses de prêts, qui ont porté la dette grecque à près de 180 % du PIB.

Panos Kammenos, le ministre de la Défense, président du parti de droite souverainiste ANEL qui gouverne en coalition avec Syriza, a considéré sur Twitter que «le peuple grec a montré qu'il ne répondait pas au chantage, n'était pas terrorisé et menacé, la démocratie a gagné».

Sur la place Syntagma, des milliers de personnes se sont rassemblées pour manifester leur joie, malgré les incertitudes. Certains chantaient, dansaient, agitaient des drapeaux et scandaient Oxi (Non en grec), leurs visages rayonnants. Des comptoirs vendant drapeaux grecs et sifflets se sont montés un peu partout.

George Kotsakis, 55 ans, vêtu d'un jogging au motif des Jeux olympiques d'Athènes 2004, tenait un drapeau grec à la main: «Je suis ravi, c'est merveilleux, la vie sera différente à partir de maintenant», espérait-il.

Sans surprise, le chef du parti antilibéral espagnol Podemos Pablo Iglesias jubilait: «Aujourd'hui en Grèce la démocratie l'a emporté», twittait-il.

Source: http://affaires.lapresse.ca/economie/international/201507/05/01-4883195-les-grecs-votent-massivement-non.php

Tag(s) : #Europe