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Mémorandum adressé à l'ONU sur la crise du processus électoral en Guinée

Gatineau, le 30 Juillet 2015

La Ligue des Démocrates

Réformistes de Guinée (LDRG)

703 – 4 rue Radisson, Gatineau

(QC) J8Z 1T6, Canada

Tel. : +1(613) 322-9649

E-mail : ligue50@gmail.com

Web : www.guinee-plurielle.com

 

 

MÉMORANDUM POUR UN PROCESSUS ÉLECTORAL CRÉDIBLE ET TRANSPARENT EN RÉPUBLIQUE DE GUINÉE

 

 

ADRESSÉ À : Monsieur Ban Ki-Moon, Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU)

 

 

Monsieur le Secrétaire général,

 

Nous nous rendons auprès de votre illustre institution pour vous présenter, au nom de la frange indépendante de la société civile guinéenne, ce Mémorandum pour un processus électoral crédible et transparent en République de Guinée. Ce Mémorandum reflète l’expression des citoyens Guinéens par rapport à la crise du processus électoral qui menace la paix et la stabilité en Guinée et dans la sous-région Ouest-africaine.

 

Monsieur le Secrétaire général,

 

Les élections ne sont pas qu’une affaire de partis politiques, elles sont avant tout l’affaire des citoyens. C’est à travers leur vote lors des élections que les citoyens expriment leurs satisfactions et insatisfactions vis-à-vis du pouvoir en place et/ou de l’opposition politique. Les élections sont aussi le moyen par lequel respire la démocratie, car c’est par elles que se renouvellent les élites gouvernantes.  Pour pouvoir jouer efficacement son rôle de courroie de transmission dans le système démocratique, le processus électoral doit inspirer confiance aux citoyens ainsi qu’aux différents acteurs politiques concernés. Lorsque le vote des citoyens cesse d’être un outil d’expression et un moyen d’influer efficacement et démocratiquement sur l’avenir d’un pays, alors cela entraîne inéluctablement les pays concernés sur le chemin de la violence, de l’instabilité politique et des conflits.

 

Monsieur le Secrétaire général,

 

Depuis l’ouverture en Décembre 2008 de la période de transition politique en Guinée qui durera jusqu’en Septembre 2013, votre institution n’a jamais ménagé aucun effort pour rester au chevet des citoyens Guinéens en cette période déterminante de leur avenir. Au cours de cette transition, votre institution fut la première à condamner et à qualifier les répressions orchestrées en Septembre 2009 par la junte militaire contre des citoyens manifestants pacifiquement dans un stade de Conakry de crimes contre l’humanité. Tout au long de cette transition, votre institution, à travers votre envoyé spécial[1], fut l’acteur principal du « Groupe de contacts » qui a accompagné la Guinée vers l’organisation difficile des élections présidentielles et législatives dans l’apaisement et la paix sociale. Finalement, le sort a fait que vous vous êtes personnellement  impliqué lorsque la très virulente épidémie d’Ébola s’est déclarée en Guinée en Décembre 2013. Vous avez témoigné votre solidarité envers les citoyens Guinéens de la meilleure des manières : vous êtes venu à Conakry lorsque tout le monde préconisait de mettre la Guinée en quarantaine. Pour nous, les citoyens Guinéens, ce sont là des témoignages et des actes qui nous encouragent à ne jamais désespérer face aux situations les plus complexes.

 

Monsieur le Secrétaire général,

 

C’est dans la poursuite de vos efforts de préservation de la paix et de la stabilité que, suite à la nouvelle crise du processus électoral guinéen, vous avez dépêché votre envoyé spécial en Guinée afin de réunir les belligérants autour de la table du dialogue pour trouver un terrain d’entente permettant d’aller vers des élections crédibles, transparentes et apaisées. Ainsi, du 18 Juin au 3 Juillet 2015, il s’est tenu un dialogue politique en Guinée sous l’égide de Mr Mohamed Ibn Chambas, votre envoyé spécial pour l’Afrique de l’Ouest. Cependant, ce dialogue n’a pas suffi pour réconcilier les positions du pouvoir et de l’opposition sur une feuille de route consensuelle permettant d’aller vers des élections crédibles et transparentes en Guinée. Cette situation remet en perspectives tous les risques de violence, de conflit et d’instabilité politique en Guinée. Alors que l’opposition annonce la reprise des manifestations politiques avec son lot de violence et de répression, le pouvoir en place fait adopter, dans un Parlement boycotté par l’opposition, une loi autorisant les forces de l’ordre à faire usage d’armes létales dans le maintien de l’ordre. Autant dire que tous les ingrédients sont réunis pour déclencher un conflit aux conséquences incalculables pour les citoyens Guinéens et pour la sous-région Ouest-Africaine. La Guinée n’a plus la résilience nécessaire pour supporter longtemps les conséquences sociales et économiques d’une telle instabilité politique permanente. L’extrême pauvreté, les tensions sociales et les divisions ethniques ont atteint des niveaux sans précédents. L’organisation à marche-forcée d’une quelconque élection dans le contexte de crise actuel en Guinée ne provoquera qu’instabilité politique, violence, et conflits par certains endroits.  C’est le scénario dont la sous-région Ouest-africaine n’a vraiment pas besoin aujourd’hui.

 

Monsieur le Secrétaire général,

 

L’histoire du maintien de la paix à l’échelle internationale nous enseigne que « gérer des conflits » est beaucoup plus complexe et couteux que de « prévenir des conflits ». C’est parce que les citoyens Guinéens mesurent toute la gravité de l’heure que, suite à l’enlisement du dialogue politique entre le pouvoir et l’opposition sous l’égide de votre envoyé spécial, la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée (LDRG) a engagé une initiative citoyenne s’inscrivant dans le cadre de la société civile indépendante guinéenne en vue, non seulement de prévenir tout conflit politique en Guinée, mais aussi, de garantir l’intégrité du suffrage des citoyens dans la perspective des prochaines échéances électorales. Cette initiative a consisté, dans un premier temps, en la publication, le 22 Juillet 2015, d’une Réflexion indépendante[2] inspirée du rapport de la Mission d’Observation de l’Union Européenne sur les élections législatives de Septembre 2013 en Guinée. Cette Réflexion indépendante met en avant des propositions susceptibles, non seulement de rétablir la confiance envers le processus électoral guinéen, mais aussi et surtout, de garantir le respect du droit de vote et de l’intégrité du suffrage des citoyens Guinéens. Puis, dans un second temps, une Consultation citoyenne fut mise en ligne du 24 au 27 Juillet 2015 pour inviter les citoyens Guinéens à se prononcer sur les propositions de solutions à la crise du processus électoral. Cette consultation a consisté pour chacun des participants à donner son avis sur les 9 propositions de solutions mises en avant dans la réflexion indépendante publiée par la LDRG le 22 Juillet 2015.

 

Monsieur le Secrétaire général,

 

Dans une situation de crise, il est toujours important de connaître l’avis de toutes les parties prenantes. De ce fait, la troisième étape de l’initiative citoyenne engagée par la LDRG suite à l’échec du dialogue politique consiste pour nous, à travers le présent Mémorandum, à partager avec vous l’avis des acteurs qui étaient jusqu’aujourd’hui absent du dialogue politique guinéen : il s’agit des citoyens Guinéens indépendants. Les Résultats[3] de la Consultation citoyenne qui s’est tenue du 24 au 27 Juillet 2015 révèlent ce qui est le plus important pour les citoyens Guinéens indépendants dans cette crise du processus électoral. De cette Consultation, les citoyens Guinéens affirment clairement : « qu’ils préfèrent repousser le calendrier électoral pour une période de trois mois uniquement pour permettre à la Commission Électorale Nationale Indépendante, non seulement de rétablir la parité qui gouverne son fonctionnement, mais aussi, d’apporter les améliorations techniques nécessaires pour pouvoir organiser dans la transparence des élections, d’abord locales, puis, présidentielles inclusives. Pour inspirer confiance et éviter la contestation des résultats définitifs des prochains scrutins, les citoyens Guinéens vous exhortent à dépêcher en Guinée une équipe onusienne de « Certification des résultats » à l’image de celle qui s’est illustrée lors des élections présidentielles de 2010 en Côte d’Ivoire ».

 

Monsieur le Secrétaire général,

 

Votre décision d’envoyer ou de ne pas envoyer une équipe onusienne de « Certification des résultats » fera toute la différence dans la stabilité politique post-électorale en Guinée. Tout compromis entre les belligérants à cette crise politique qui ne répond pas aux aspirations des citoyens Guinéens sera un compris au détriment de la démocratie et de l’intégrité du suffrage des citoyens Guinéens. Le cas échéant, la crise n’aura pas été résolue, mais plutôt repoussée à d’autres échéances. Ce fut ainsi depuis plusieurs années en Guinée. Cependant, cette fois-ci nous avons atteint le bout de ce cycle de fuite-en-avant qui a réussi à faire de la Guinée un cas pour la communauté internationale.

 

Monsieur le Secrétaire général,

 

L’enlisement du dialogue politique qui s’est tenu du 18 Juin au 3 Juillet sous l’égide de votre envoyé spécial, Mr Mohamed Ibn Chambas, ne doit pas signifier votre désengagement en vers les Citoyens Guinéens. Nous vous invitons à percevoir cet échec comme une opportunité à saisir pour faire prévaloir le principe de la « responsabilité de protéger ». Ce principe vous engage à agir pour prévenir la violence et préserver de la paix et de la stabilité en Guinée. C’est à ce titre que, nous, les citoyens Guinéens participants à l’initiative citoyenne de la LDRG, vous exhortons à dépêcher à nouveau Mr Mohamed Ibn Chambas en Guinée dans le but de reprendre le dialogue, de forcer la main aux belligérants, et d’arriver à un compromis dans le cadre de la volonté exprimée par les citoyens Guinéens. Dans la crise qui prévaut actuellement en Guinée, c’est l’avis et le point de vue des citoyens indépendants qui étaient absents autour de la table du dialogue. Les intérêts que nous défendons ne sont pas forcément les intérêts des belligérants dans cette crise. Nous vous confions chaleureusement notre voix et nos espoirs pour un processus électoral crédible susceptible de garantir l’intégrité de nos suffrages, de prévenir la violence, et de préserver la paix et la stabilité politique en République de Guinée.

 

Monsieur le Secrétaire général,

 

Tout en espérant que le présent Mémorandum attirera suffisamment votre attention sur les enjeux du processus électoral guinéen, recevez l’expression de nos plus profondes gratitudes.

 

Cordialement.

 

Mamadou Oury Diallo

Président de la LDRG

E-mail : ligue@gmail.com

Web : www.guinee-plurielle.com


[1] Mr Saïd Djinnit

[2] Crise du processus électoral : Réflexion indépendante de la LDRG

[3] Consultation citoyenne : les résultats

Tag(s) : #Politique-Guinée