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« Un processus électoral crédible et fiable est indispensable pour préserver la paix et la stabilité en Guinée »

Les élections ne sont pas qu’une affaire de partis politiques, elles sont avant tout l’affaire du peuple et des citoyens. À travers leur vote lors des élections, les citoyens adressent des messages au pouvoir en place et à l’opposition politique sur leurs satisfactions et insatisfactions, ainsi que sur leurs désirs de voir le pays évoluer dans un sens ou dans un autre. Pour les citoyens, les élections sont aussi le moyen de dernier recours pour plébisciter ou sanctionner les politiques mises en œuvre par le pouvoir en place. Les élections sont finalement le moyen par lequel respire la démocratie, car c’est par elles que se renouvellent les élites gouvernantes. Elles sont le moyen de l’alternance politique qui est le vivier de toute démocratie. Pour pouvoir jouer efficacement son rôle de courroie de transmission dans le système démocratique, le processus électoral doit inspirer confiance aux citoyens ainsi qu’aux différents acteurs politiques concernés. Lorsque les citoyens sont privés d’élections crédibles et transparentes, ou lorsque le processus électoral est décrédibilisé, alors cela entraîne inéluctablement les pays concernés sur le chemin de la dictature, du totalitarisme et de l’instabilité politique. C’est en cherchant d’autres moyens d’expression en dehors du processus électoral que, souvent en Afrique, la violence et les conflits deviennent les seuls recours pour certains acteurs.

Depuis l’avènement du multipartisme en Guinée, le processus électoral a toujours été au cœur des luttes politiques. À l’approche de chaque élection, au lieu de débats démocratiques et de propositions de solutions concrètes censées répondre aux défis quotidiens que rencontrent les populations, c’est encore et toujours les mêmes tiraillements politiciens sur la fiabilité du processus électoral. La dernière illustration en date fut celle des élections législatives qui furent organisées en 2013, trois ans après l’expiration du mandat du Parlement. Pour que ces élections se tiennent, il a fallu près de 60 morts, des blessés graves et des dégâts matériels considérables lors de manifestations politiques. Tout au long du déroulement de ces élections législatives, les observateurs internationaux présents en Guinée, notamment ceux de la Mission d’observation de l’Union Européenne, ont pu révéler de graves manquements dans le processus électoral guinéen. Ils ont notamment souligné le fait que :

  • Le fichier électoral était impropre : dans la mesure où il y a eu une inflation d’électeurs âgés tout juste de 18 ans dans les zones fidèles au pouvoir. Les observateurs de l’Union Européenne ont même observé à Kankan et Kérouané des détenteurs de cartes électorales n’ayant pas atteint l’âge légal;
  • Une nouvelle cartographie électorale déséquilibrée : comparée à des zones à fort déficit de logistique électoral, il y a eu une inflation de bureaux de votes dans les régions fidèles au pouvoir;
  • Une répartition déséquilibrée des sièges entre les circonscriptions : des circonscriptions comptant un nombre d’électeurs très faible élisent le même nombre de députés que des circonscriptions ayant un nombre d’électeur beaucoup plus important. L’exemple de la préfecture de Koubia comptant 46.000 électeurs et qui élit le même nombre de députés que la circonscription de Matoto qui compte 437.000 électeurs a été souligné par les observateurs de l’Union Européenne;
  • Une utilisation considérable des moyens de l’État dans les campagnes électorales: il y a eu une implication effective sur le terrain de cadres de l’administration publique, des ministres, des préfets et sous-préfets, des maires et chefs de quartiers, ainsi que l’utilisation de véhicules de l’État en faveur du pouvoir en place;
  • Du laxisme dans le traitement du vote des citoyens : dans les zones favorables au pouvoir, il y a eu très peu de vote ou de bureau de vote qui ont été annulé pour des raisons de procédures. Alors que dans d’autres régions, notamment en Guinée forestière, plus de 180 bureaux de votent furent annulés sans aucune explication; et
  • Une centralisation des votes défaillante : du fait d’un manque total de transparence, de traçabilité et de respect des procédures de centralisation.

La présence des observateurs internationaux lors des élections législatives fut même très déterminante dans certains cas pour combler les défaillances du processus électoral guinéen. Il s’agit notamment de l’un des bureaux de vote dans la circonscription de Matoto où les observateurs de l’Union Européenne ont dû passer plusieurs nuits devant le bureau de vote pour assurer l’intégrité du vote. À cela, il faut rajouter le fait que, entre la fin officielle du vote, la centralisation des données et la proclamation des résultats, il y a eu 3 semaines qui se sont écoulées. Ce délai prolongé renforce naturellement la défiance et le manque de confiance à l’égard du processus électoral guinéen.

À la lecture du rapport de la Mission d’observation de l’Union Européenne sur le processus électoral en Guinée, aucun citoyen qui croit en son bulletin de vote, qui tient à préserver la paix et la stabilité, et qui aspire à la démocratie, ne peut rester indifférent. Nous avons à faire à un processus électoral non fiable qui, au lieu de jouer un rôle positif dans la démocratisation de la Guinée, est, tout au contraire, entrain semer la défiance, la méfiance, la violence et l’instabilité. Alors que des élections locales et présidentielles s’annoncent en Guinée, il est évident que si les principales défaillances du processus électoral ne sont pas corrigées, il est tout à fait possible que la Guinée bascule dans la violence permanente, l’instabilité politique durable et, par certains endroits, dans des conflits armés. Cette perspective de violence et d’instabilité est renforcée par l’échec du dialogue politique qui s’est tenu du 18 Juin au 3 Juillet 2015 sous l’égide d’envoyé spéciale de l’ONU en Guinée.

Le dialogue politique qui s’est tenu du 18 Juin au 3 Juillet 2015 s’était ouvert dans un contexte de crise politique profonde. Accusant le pouvoir en place de ne pas respecter les accords politiques de Juillet 2013 qui avaient permis la tenue d’élections législatives apaisées, l’opposition politique a suspendu sa participation au Parlement et a repris les manifestations de rue avec son lot de violence et de répression. Des morts sont à nouveau enregistrés dans un camp comme dans l’autre. Alors que l’un des camps avait suspendu les manifestations politiques pour faire place au dialogue politique, l’autre camp, tout en avançant à marche forcée dans la machine électorale, profite de cette courte accalmie pour passer des lois autorisant les forces de maintien de l’ordre à faire usage d’armes létales dans l’encadrement des manifestations politiques. En quelques sortes, tous les ingrédients sont réunis pour encourager la violence et le conflit à l’occasion des prochaines échéances électorales en Guinée.

Aujourd’hui, il existe toujours plusieurs points de discorde profonde entre le pouvoir et l’opposition. Cependant, les 3 principaux points de discorde portent sur :

1-Le calendrier électoral : l’un des annexes des accords politiques de Juillet 2013 prévoyait la tenue des élections locales au premier trimestre 2014 et les élections présidentielles au cours du dernier trimestre de l’année 2015. Non seulement les élections locales n’ont jamais cessé d’être reporté, mais de plus, contrairement aux clauses de cette annexe, le Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) a publié un calendrier électoral qui inverse l’ordre des élections. La CENI annonce que les élections présidentielles se tiendront le 11 Octobre 2015 et les élections locales au cours du premier trimestre 2016. Sachant le rôle que les acteurs locaux ont joué lors des élections législatives de 2013, naturellement, l’opposition est opposée à ce calendrier électoral. Le pouvoir en place joue la carte de la légalité en affirmant que si les élections présidentielles ne se tiennent pas d’ici la fin de l’année 2015, le mandat constitutionnel du président de la république aura expiré. Cela provoquerait alors une vacance de pouvoir en Guinée. D’où l’intérêt, selon la mouvance présidentielle, de privilégier les élections présidentielles à celles locales dans le mesure où la CENI ne dispose plus d’assez de temps pour organiser les deux scrutins avant la fin de cette année 2015.

2-Les délégations spéciales : à sa prise de pouvoir en 2010, sur la base d’accusations de malversations financières, le pouvoir en place à démis de leurs fonctions les responsables de 28 collectivités locales, tout en les remplaçant par des délégations spéciales. Les opposants quant à eux accusent plutôt le pouvoir d’avoir renvoyé tous les acteurs locaux qui n’avaient pas œuvré pour l’élection du président de la république. Alors que l’opposition est avertie du rôle que peuvent jouer ces acteurs locaux dans le processus électoral, elle a initialement réclamé, comme le prévoit la loi, la tenue des élections locales pour doter les collectivités d’élus locaux légitimes 6 mois au plus tard après la mise en place des délégations spéciales. Le pouvoir propose plutôt, pour les 28 collectivités concernées, à ce qu’il y ait une gestion paritaire jusqu’à la tenue des prochaines élections locales. L’opposition revient à la charge en proposant qu’il serait alors préférable dans ce cas qu’il y ait une gestion paritaire dans toutes les collectivités locales vue que, de toutes façons, le mandat des élus locaux a expiré depuis plus de 5 ans en Guinée.

3-La restructuration de la CENI : les acteurs politiques guinéens ont fait le choix d’avoir une commission électorale foncièrement politique. L’intérêt pour les partis politiques d’avoir une CENI de type politique vient du fait que, dans ce contexte de manque de confiance, la composition de la structure est paritaire entre le pouvoir et l‘opposition. À la veille des élections législatives, la CENI était composée de 25 commissaires nommés pour 5 ans. Dont 20 commissaires nommés par les partis politiques (10 pour le pouvoir et 10 pour l’opposition), 3 commissaires nommés par la société civile, et 2 commissaires nommés par le Ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD). Déjà durant les élections législatives, les observateurs de l’Union Européenne avaient souligné le fait que, malgré cette structure apparemment équilibrée, cela n’a pas été suffisant pour garantir la parité dans le fonctionnement de la CENI parce que les commissaires issus du MATD et de la société civile alignent toujours leur voix à celles des commissaires issus du pouvoir. De plus, du fait la transhumance politique, ce ne sont plus tous les partis politiques qui se revendiquaient être de l’opposition à veille des élections législatives qui le sont encore aujourd’hui. Et, inversement, ce ne sont plus tous les partis politiques qui se réclamaient de la mouvance présidentielle qui le sont encore aujourd'hui. Donc, la composition de la CENI s’en retrouve totalement déséquilibrée et non paritaire. Pourtant, le fonctionnement d’une CENI de type politique repose en tout temps sur le principe de « parité ». Ainsi, les opposants politiques réclament une recomposition de la commission électorale pour rétablir la parité avant les prochaines échéances électorales. Quant au pouvoir en place, il joue la carte de la légalité en affirmant que la CENI est une structure indépendante régie par la loi. Et que toute restructuration de la CENI doit passer par l’Assemblée nationale où le parti au pouvoir est majoritaire.

Sur chacun de ces 3 points de discorde, le pouvoir et l’opposition n’arrivent pas à trouver un terrain d’entente pour aller vers des élections apaisées, crédibles et transparentes. C’est dans ce contexte que, suite à l’échec de la médiation de l’envoyé spécial de l’ONU, la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée (LDRG) monte au créneau pour apaiser les tensions et trouver des solutions efficaces à cette crise du processus électorale en Guinée. Il faut rappeler ici que la LDRG est une force de proposition qui s’inscrit au sein de la frange indépendante de la société civile guinéenne. Voilà bientôt 7 années que l’organisation existe dans l’environnement sociopolitique guinéen. Les travaux, les campagnes de sensibilisation et les interventions dans les différents débats de la vie publique guinéenne en témoignent éloquemment de la neutralité politique du mouvement. La LDRG place l’intérêt de la nation au cœur de sa démarche. Dans cette crise du processus électoral, avec les perspectives de violences, de conflits et d’instabilités politiques, nous croyons justement que c’est surtout les intérêts de la nation qui sont sérieusement menacés. Il nous revient de prendre l’initiative et de mobiliser la société civile indépendante afin d’agir pour apaiser les tensions et trouver des solutions efficaces à cette crise avant que le pire ne se produise.

Les recommandations pour une sortie de crise et pour un processus électoral fiable et crédible :

1-Repousser et inverser le calendrier électoral : la CENI propose de tenir les élections présidentielles le 11 Octobre 2015 et les élections locales en mars 2016. D’abord, au regard des défis opérationnels soulevés dans le rapport de la Mission d’observation de l’Union Européenne, ces délais avancés sont trop courts pour s’assurer que les principaux disfonctionnement du processus électoral puissent être corrigés avant les élections. Si l’objectif de la CENI est d’arriver à des élections crédibles et à des résultats incontestés, alors il est primordial que la CENI rallonge ce calendrier électoral d’au moins 3 mois. À défaut de cela, les prochaines élections seront moins biens organisées que les précédentes élections. Nous partons du simple principe qu’en tant que simple citoyen, dans les conditions actuelles, « si je mets mon bulletin de vote dans l’urne, je n’ai plus aucune garantie que mon bulletin de vote sera traité de manière transparente, crédible et rigoureuse ». Cela est tout simplement inacceptable en Guinée. C’est une violation du droit de vote des citoyens et du respect du suffrage universel. Il vaut mieux repousser les élections que d’avoir de mauvaises élections. De mauvaises élections ne feront qu’accroître l’instabilité politique et le risque d’un conflit en Guinée.

Par ailleurs, en maintenant l’ordre de la tenue des élections tel qu’annoncé par la CENI, il y aurait un fort déni de démocratie en Guinée. Il faut rappeler que voilà 7 années que la démocratie locale ne fonctionne pas en Guinée car le mandat des élus locaux a expiré depuis bien des années. Il n’est écrit nulle part et il n’a été prouvé nulle part que l’élection présidentielle soit plus importante que les élections locales. De plus, comme mentionné dans une publication du 14 avril 2015 de l’un des responsables de l’organisation International Crisis Group : « dans un pays qui a connu plusieurs situations d’exception en matière électorale, un rallongement du calendrier électoral pour de bonnes raisons ne risque pas de provoquer une crise de régime en Guinée ».

Le déni de démocratie serait encore plus grave si, suite à des ententes entre appareils politiques, et pour des raisons purement électorales, on imposait des administrateurs locaux qui ne proviennent pas du suffrage des populations locales. Avant tout, la démocratie locale est une question de développement locale. Il revient aux populations locales de choisir leurs élus locaux. L’idée de maintenir des délégations spéciales ou de généraliser la gestion exceptionnelle des collectivités locales est une très mauvaise solution qui ne fera qu’accentuer la défiance des populations à l’égard de l’État et la déconnexion des administrateurs vis-à-vis des besoins des populations locales. De ce fait, « la tenue des élections locales est beaucoup plus urgente que la tenue des élections présidentielles en Guinée ». Non seulement ces élections locales permettront de susciter à nouveau la confiance des populations envers l’État et de régler un point de discorde important entre pouvoir et opposition, mais de plus, elles permettront à la CENI de roder la machine électorale en vue de l’élection présidentielle. La LDRG propose ainsi que les élections locales se tiennent en décembre 2015 et les élections présidentielles en mai 2016.

2-Réformer de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) : une fois la décision de repousser et d’inverser le calendrier électoral entérinée, vient la nécessité de reformer la CENI. Dans les conditions actuelles, non seulement la composition de la CENI ne répond plus au principe de « parité » qui gouverne le fonctionnement d’une CENI de type politique, mais de plus, le fonctionnement de la CENI ne garantit pas l’intégrité du vote des citoyens. Les résultats publiés par une telle CENI ne susciteront pas confiance et ne feront qu’accentuer l’instabilité politique en Guinée. Il y a donc lieu de tenir une Concertation spéciale pour la réforme de la CENI. En optant pour le maintien de la CENI de type politique, il y a trois principales réformes à entreprendre immédiatement pour rétablir la confiance et la crédibilité de cette institution très importante pour la démocratisation et la stabilité politique de la Guinée.

Premièrement, comme le recommande le Mission d’observation de l’Union Européenne, il y a lieu de réduire le nombre de commissaires. En lieu et place d’une CENI composée de 25 commissaires, il serait préférable d’avoir une CENI composée de deux comités. Un « comité décisionnel politique » comprenant 12 membres. Et un « comité purement technique » de 13 membres possédant de hautes qualifications en la matière, et qui viendront en support aux activités opérationnelles de la structure. Cela facilitera considérablement la tenue des plénières et le fonctionnement de la structure.

Deuxièmement, il faut nécessairement rétablir la « parité » au sein de la CENI. Tant que la parité ne sera pas rétablie, la CENI de type politique ne sera pas une structure fiable. De ce fait, en considérant que la CENI compte désormais un « comité décisionnel politique » de12 membres, il y aurait alors 5 membres pour l’opposition, 5 membres pour le pouvoir, et 2 membres pour la société civile. Il n’y a aucune raison que le MATD soit représenté dans la structure décisionnelle de la CENI. Les commissaires de MATD sont des agents du gouvernement, donc du parti au pouvoir. Pour éviter tout déséquilibre ou soupçon de connivence, il y a lieu d’exclure les commissaires du MATD du « comité décisionnel » de la CENI. Cela n’aura aucun impact sur la capacité de collaboration des deux entités dans la mesure où cette collaboration est purement logistique et technique. Les commissaires du MATD pourront prendre place au sein du « comité technique » de la CENI. De plus, le choix des commissaires provenant de la société civile doit désormais répondre à une procédure plus rigoureuse que celle qui existe jusqu’à présent. Les acteurs de la société civile pourront choisir les membres qui les représenteront au sein de la CENI. Mais pour que ces membres soient officiellement intronisés « commissaires », il faudrait qu’ils soient acceptés par une majorité de 2/3 des députés au sein du Parlement. Non seulement cette procédure amènera la société civile à choisir les meilleurs parmi eux, mais de plus, elle rétablira la confiance et ramènera de l’objectivité au sein des structures décisionnelles de la CENI.

Troisièmement, quant aux choix des commissaires des partis politiques, il y a lieu d’adopter une règle de « non-transhumance politique » qui interdit à toute coalition politique au Parlement d’inclure des députés ayant été élus sur la liste d'une coalition politique adverse. Les acteurs ayant migré d’un camp vers un autre devront attendre l’occasion de la prochaine élection législative pour constituer une nouvelle liste électorale avec leur nouvelle coalition politique. De même, tout acteur, en plein mandat de « commissaire » de la CENI, qui change de camp politique doit démissionner de son mandat de commissaire et être remplacé immédiatement par le camp politique auquel il appartenait.

Ce sont là les 3 mesures et règles de conduite qui peuvent, non seulement renforcer l’objectivité et la crédibilité du travail de la CENI, mais aussi, insuffler du dynamisme dans la capacité de la CENI à s’adapter aux changements politiques en Guinée. Cela évitera à l’avenir les crises de confiance permanentes au sein et envers la CENI.

3-Redéfinir la cartographie électorale et le processus de centralisation des données : suite aux élections législatives de 2013, il est apparu la nécessité fondamentale de rétablir l’équité du suffrage et l’égale représentation des populations guinéennes. De ce fait, la cartographie électorale des circonscriptions doit permettre une répartition des sièges en fonction du poids relatif du corps électoral de chaque circonscription. La cartographie électorale et celle des bureaux de vote ne doivent pas provenir d’une décision politique de haut niveau ni d’un quelconque camp politique. Elles doivent provenir de la réalité du terrain. Elle doit être arrêtée en concertation avec les démembrements de la CENI. Ce sont les démembrements de la CENI, en fonction de l’étendue de leur travail sur le terrain, qui proposeront une cartographie qui, non seulement servira pour les opérations de recensement et de délivrance des cartes d’électeurs, mais aussi, le jour du scrutin, permettra aux électeurs d’identifier clairement leur administration de référence et leurs bureaux de vote. En procédant ainsi, non seulement nous assisterons à un enrôlement beaucoup plus significatif des électeurs, mais aussi, à moins de confusions ou de contraintes pour les citoyens dans l’exercice de leur droit de vote. Quant à la centralisation des données, les élections législatives de 2013 ont démonté qu’il serait très risqué, pour la crédibilité du processus de centralisation, de se fier entièrement à la remontée de l’ensemble des bulletins de vote physique vers les comités de centralisation des données. Cela a coûté très cher au processus électoral en termes de délai de traitement. Pour prévenir ce genre de pratiques qui favorise la suspicion lors des prochaines échéances électorales, il est indispensable de prévoir parallèlement une centralisation dématérialisée des données. Comme le souligne la Mission d’observation de l’Union Européenne, cette centralisation dématérialisée (en ligne) permettrait d’identifier et de bloquer les erreurs arithmétiques à la source, d’améliorer le travail de réconciliation des commissions administratives de centralisation des votes, d’améliorer la traçabilité des résultats, et surtout de permettre à la CENI de gagner en temps et de respecter les délais légaux d’annonce des résultats provisoires. L’ensemble de ces changements en matière de cartographie électorale et de centralisation des données sont indispensables pour la réussite des prochaines échéances électorales. Ces changements ne seront possibles que si le calendrier électoral est repoussé d’au moins 3 mois, donnant ainsi un délai supplémentaire à la CENI pour apporter ces changements très importants avec l’appui des partenaires techniques de la Guinée.

4-Renforcer les moyens de recours : les moyens de recours contre les résultats annoncés par la CENI sont la dernière garantie pour un processus électoral qui se veut fiable et crédible. En matière de « recours », le système électoral guinéen a aussi montré ses limites lors des élections législatives de 2013. En effet, la loi électorale guinéenne ne stipule aucunement la possibilité de contester des décisions de l’administration électorale, à l’exception de l’enregistrement des candidatures et de la proclamation des résultats provisoires. De plus, confrontée à une série de recours biens documentés contre les résultats provisoires proclamés par la CENI lors des élections législatives de 2013, la Cour suprême guinéenne s’était alors volontairement déclarée incompétente pour connaître de ces recours. Ce dessaisissement de la plus haute instance judiciaire de la Guinée a jeté une nouvelle couche de défiance à l’égard du système électoral guinéen. En dépit du fait qu’une Cour Constitutionnelle a depuis lors été créée, cependant, la méfiance est toujours très importante à l’égard de ces institutions. Rétablir la confiance des citoyens et des acteurs politiques à l’égard de ces institutions prendra du temps. De ce fait, pour apporter une garantie supplémentaire aux résultats qui seront annoncés par la CENI, non seulement il y a lieu de solliciter la présence et l’implication des observateurs internationaux, mais de plus, une « certification onusienne » des résultats des prochaines élections fera une grande différence. Parce que ce sont là des garanties qui réduiront considérablement le risque de contestation des résultats des prochaines élections, alors elles favoriseront incontestablement la stabilité et le retour de la confiance envers le système électoral guinéen.

Conclusion

Alors que le contexte actuel nous prédit les pires scénarios pour la Guinée en vue des prochaines échéances électorales, ce sont là 4 principales propositions qui peuvent changer la donne. Ces 4 propositions ne sont pas faites pour faire gagner l’opposition ou pour plébisciter le pouvoir en place. Elles faites pour protéger le droit des citoyens à un suffrage équitable, transparent et crédible. Elles sont faites pour redonner aux votes des citoyens guinéens le pouvoir d’influer démocratiquement et pacifiquement sur l’avenir de leur pays. Elles sont faites pour réconcilier les populations avec les vertus de la politique. Elles sont faites pour ramener la confiance entre le pouvoir et l’opposition. Elles sont aussi faites pour préserver la paix et la stabilité en Guinée.

Pour décrisper la situation et ouvrir de nouvelles perspectives, chacun des camps doit, de bonnes foi, poser des actes. Le camp présidentielle ne peut pas continuer à évoquer la « légalité » comme seule raison pour le refus du rallongement du calendrier électorale. Si le camp présidentiel évoque la « légalité » comme seul principe, alors il est vrai que « légalement » les mandats des élus locaux et des délégations spéciales ont expiré. Dans tous les cas, l’argument sur la « légalité » n’est pas cohérent dans la logique du pouvoir. De même, l’opposition ne peut pas continuer à s’aveugler sur l’incapacité logistique et technique de la CENI de réaliser les élections communales avant le 11 Octobre 2015. Si les élus locaux doivent être renouvelés avant les élections présidentielles, alors il faut nécessairement repousser et inverser le calendrier électoral proposé par la CENI. L’inacceptable, c’est de vouloir généraliser la gestion exceptionnelle des collectivités locales en Guinée. Donc, en tout état de cause, l’idée de repousser et d’inverser le calendrier électoral est ce qu’il y a de plus sage à faire dans la marche pour la tenue d’élections paisibles, crédibles et transparentes.

De même, concernant le rétablissement de la « parité » au sein de la CENI, c’est une obligation dans le cas d’une CENI de type politique. Et chacun des camps doit se plier à cette obligation. La CENI n’est pas le Parlement. Au sein du Parlement, il peut y avoir une majorité et une minorité. Par contre, au sein de la CENI, c’est la « parité » qui est la règle de fonctionnement. Les recommandations faites dans ce document pour réformer la CENI sont essentielles pour rétablir la confiance et garantir la tenue d’élections paisibles, transparentes et crédibles. Le pouvoir doit nécessairement agir dans ce sens pour débloquer la situation. Quant à l’opposition, il lui revient de bien circonscrire son périmètre afin de s’assurer que le choix de ses commissaires répond aux critères de « non-transhumance politique ».

Pour ce qui est de la cartographie électorale et de la centralisation des résultats, les deux camps doivent être conscients du fait qu’il est très dangereux de jouer à ce jeu. Les élections législatives de 2013 ont révélé que les partis de la coalition au pouvoir comme les partis de l’opposition, chaque camp s’est essayé au jeu du bourrage des urnes. La stabilité politique et la paix sociale en Guinée ne tiennent aujourd’hui qu’à un fil très mince. Le jeu du bourrage des urnes est une lame de rasoir que chacun des camps cherche à agiter autour de ce fil très mince. Les meilleurs parmi les politiciens ne sont pas ceux qui auront le mieux réussi à bourrer les urnes. Il est préférable que chaque camp se détourne de ce jeu et se concentre à présent sur le message politique et les propositions concrètes à adresser aux populations guinéennes. La nouvelle CENI réformée est donc appelée à assumer ses responsabilités avec beaucoup de délicatesse. Quant aux acteurs politiques, chaque camp doit accueillir d’un bon œil les recommandations faites dans ce document en matière de cartographie électorale et la centralisation des résultats.

Finalement, en matière de « recours », c’est la communauté internationale qui est invitée à forcer la main à la Guinée comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire. Depuis les élections présidentielles de 2010 en Guinée, les cycles électoraux ont toujours été synonymes de violence en Guinée. Dans les deux camps, ont compte les morts par dizaines. Le cycle de violence et les tensions sociales sont arrivés à un niveau qui menace réellement la paix sociale en Guinée ainsi que la stabilité de la sous-région. La communauté internationale, à travers l’Union Africaine, la CEDEAO, l’Union Européenne et les Nations Unies ont toujours joué un rôle important pour la stabilité et le développement de la Guinée. Avec les prochaines échéances électorales, c’est la paix et la stabilité de la sous-région qui sont en jeux en Guinée. La communauté internationale ne doit aucunement manquer ce rendez-vous. Nous sollicitons la présence d’une Mission de « Certification des résultats » de l’ONU, à l’image de celle qui s’est illustrée lors des précédentes élections présidentielles en Côte d’Ivoire, aux côtés de la Mission d’observation de l’Union Européenne. De même, nous souhaitons la présence en Guinée d’une équipe de la Cour Pénale Internationale (CPI) durant toute la période des élections présidentielles.

Les élections sont avant tout l’affaire des citoyens, c’est à ce titre que la LDRG a produit ce document pour apporter des solutions qui favorise le respect du droit de vote et du suffrage universel des populations guinéennes. Ce document est aussi un appel à la mobilisation de la société civile indépendante en Guinée. Dans ce contexte de crise de confiance, en soutenant un camp contre un autre, nous alimentons la crise. En restant les bras croisés à ne rien faire, nous encourageons le conflit. Ce document est un moyen d’action qui peut nous rassembler au-delà des partis et des appartenances ethniques pour agir en faveur d’un processus électoral crédible, transparent et fiable. L’avenir de la Guinée et de la démocratie guinéenne en dépendent.

Mamadou Oury Diallo

Président de la LDRG

Courriel : ligue50@gmail.com

Website : www.guinee-plurielle.com

Tag(s) : #Politique-Guinée