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Publication: Projet de mise en oeuvre d'un Système de Protection sociale en Guinée

Ce 28 Septembre 2015 est un jour comme nous les aimons bien au sein de la LDRG. En ce jour, nous vous présentons notre tout nouveau joyau, notre plus récente proposition de réforme : il s’agit du Projet de mise en œuvre d’un SYSTÈME DE PROTECTION SOCIALE en Guinée.

La protection sociale désigne l’ensemble des mécanismes destinés à apporter un appui aux personnes les plus vulnérables de notre société, tout en permettant à l’ensemble des populations en générale à faire face aux conséquences financières des risques sociaux. Par risques sociaux, il faut entendre par exemple la maladie (qui entraîne la nécessité de souscrire à des services médicaux), la naissance (qui entraîne l’accroissement des consommations courantes des ménages), aller à l’école (qui est synonyme de frais de scolarité), la vieillesse (qui est synonyme de perte de productivité), l’invalidité, le décès ou le chômage. Tous ces risques sociaux occasionnent pour les ménages de fortes pressions financières qui les amènent quotidiennement et sans cesse à choisir entre amener les enfants à l’école ou se soigner, entre se soigner ou nourrir sa famille, entre nourrir sa famille ou rembourser ses petites dettes, entre rembourser ses petites dettes ou perdre sa petite dignité. Bref, l’enfer de la pauvreté.

Cette pauvreté qui a pris des allures d’extrême pauvreté ces dernières années en Guinée est la vie et le monde qu’a connu et que connaît encore aujourd’hui l’écrasante majorité de nos populations. Si rien n’est fait, il y a fort à parier que plusieurs générations à venir ne connaîtront que ce sors sur nos terres de Guinée. C’est le refus catégorique de céder à cette fatalité et de se soumettre à ce sors qui a amené la LDRG à se pencher sur des solutions concrètes face à la situation de l’extrême pauvreté en Guinée.

La mise en œuvre d’un SYSTÈME DE PROTECTION SOCIALE dans un pays comme la Guinée qui est caractérisée par la mauvaise gouvernance et la rareté des ressources publiques n’est pas un projet facile. Ce n’est pas un projet facile sur le plan technique, sur le plan de la gestion, et sur le plan politique. La preuve en est que depuis 57 années d’auto-gouvernance, non seulement aucun gouvernement n’a réussi à doter la Guinée d’un système de protection sociale, mais de plus, aucun acteur politique n’en a même fait une priorité. Au sein de la LDRG, nous avons la conviction que ce n’est pas parce que c’est difficile qu’il faut abandonner un projet aussi important pour notre nation. Un gouvernement dont la principale priorité n’est pas la lutte contre la pauvreté et l’amélioration du bien-être de ses populations n’a aucune raison d’être aujourd’hui en Guinée. Voilà pourquoi, au cours des trois dernières années, nous nous sommes creusés les méninges, nous avons fait appel à toutes notre imagination, nous avons fait des consultations, nous avons observé comment des pays qui ont les mêmes caractéristiques sociales que la Guinée ont réussi à s’en sortir, et nous avons trouvé des solutions concrètes adaptées aux réalités de la Guinée.

Aujourd’hui donc, au bout de 3 années de recherches, nous venons très humblement devant vous, non seulement pour vous annoncer que nous avons déniché les solutions, mais surtout, pour vous présenter le Projet de mise en œuvre d’un SYSTÈME DE PROTECTION SOCIALE en Guinée. Ce projet consigné dans un document de 45 pages comprend 3 principales parties :

A-La première partie - L’état des lieux de la pauvreté en Guinée : pour dresser l’état des lieux de la pauvreté en Guinée, nous avons fait usage du rapport le plus détaillé jamais réalisé sur l’état de la pauvreté en Guinée : il s’agit du Questionnaire des Indicateurs de Base du Bien-Être (QUIBB) réalisé en 2003 en Guinée. Nous avons également fait usage du rapport sur la prospérité en Afrique publié en novembre 2014 par le LEGATUM INSTITUTE. Finalement, nous avons observé et analysé le rang occupé par la Guinée au sein de l’Indice de Développement Humain (IDH) des Nations Unies ainsi que l’Indice Multidimensionnel de la Pauvreté (IMP) du PNUD. De cette recherche documentée, nous avons analysé des indicateurs aussi variés que l’état sanitaire de la population, le rapport à l’eau et aux toilettes, les avoirs et conditions de vie des ménages, l’éducation de la population et l’emploi. Nous avons analysé chacun de ces indicateurs de manière comparative avec la situation au Sénégal et au Rwanda. Le verdict de cette analyse documentée comparative est sans appel : non seulement les populations du Sénégal et du Rwanda connaissent un bien-être et un niveau de vie supérieur aux populations guinéennes, mais de plus, alors que la pauvreté recule dans ces deux derniers pays, la situation de la pauvreté n’a jamais cessé de s’aggraver d’année en année en Guinée. Par exemple, en 2004 la Guinée occupait le rang de 160ème pays sur l’Indice de Développement humain des Nations Unies, et en 2014 la Guinée occupait la place de 179ème sur le même indice de mesure du bien-être. Donc, en l’espace de 10 années, en termes de bien-être des populations, la Guinée a reculé de 19 places (près de deux places par année). De même, en 2013, selon l’Indice Multidimensionnel de la Pauvreté (IMP), 83% des populations guinéennes vivaient en dessous du seuil de pauvreté. Pour connaître les détails de cette analyse comparative documentée, et découvrir à quels points la pauvreté est une réalité cruelle pour l’écrasante majorité des populations guinéennes, je vous invite à vous procurer dès maintenant à consulter le Projet que nous venons de publier. Il est gratuitement consultable sur le blog de la LDRG (guinee-plurielle.com), dans la rubrique Force de proposition.

B-La deuxième partie - Les politiques de protection sociale : pour permettre aux populations de voir le bout du tunnel et de bénéficier du petit coup de pouce leur permettant de recouvrir un minimum de dignité, d’avoir une chance de s’en sortir, et de pouvoir contribuer par leur travail à la création de la richesse nationale, nous avons produit dans ce document trois principaux programmes de protection sociale :

1-Le Programme « Santé universelle » : il est utile de rappeler ici qu’il existe déjà quelques régimes d’assurance maladie en Guinée, notamment la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) ainsi que quelques assureurs privés qui ne couvrent que le secteur formel. Pourtant, le secteur informel qui représente 95,2% de la population active en Guinée ne bénéficie d’aucune couverture maladie. Les frais de santé coûtent très cher aux populations. Cela explique pourquoi les populations guinéennes connaissent une situation sanitaire aussi précaire. Cela explique pourquoi les populations n’ont pas accès aux soins de santé. Cela explique pourquoi des maladies aussi primaires que la diarrhée, le choléra et le paludisme perdurent et font chaque année des milliers de morts en Guinée. Cela explique aussi pourquoi l’épidémie d’Ébola a connu une ampleur aussi importante que celle qui ravage nos populations depuis 2 années.

L’objectif du Programme « Santé Universelle » n’est ni plus ni moins que de garantir la couverture santé universelle à toutes les populations guinéennes, plus particulièrement le secteur informel, les populations rurales, et toutes celles et ceux qui ne bénéficient d’aucune couverture maladie. Le moyen d’atteindre cet objectif de santé universelle sera les MUTUELLES DE SANTÉ. La mutuelle de santé vise à garantir un accès aux services de santé aux travailleurs du secteur informel et à la population rurale, en particulier aux personnes les plus pauvres et vulnérables. Les mutuelles de santé couvriront tous les services de traitement et les médicaments au niveau des Postes de santé et des Centres de santé. Elles couvriront tous les services au niveau des hôpitaux de référence. Pour connaître les traitements médicaux et les services de santé qui seront couverts par les Mutuelles, je vous invite à consulter le document Projet. L’objectif sera, en trois années, d’établir une mutuelle de santé dans chacune des 71 préfectures, dans chacune des communes urbaines, et dans chacune des 5 communes de Conakry.

Toute personne qui désire souscrire aux mutuelles de santé n’aura qu’à acheter un « ticket de participation » de 20,000.00GNF par an. L’adhésion peut se faire sur une base individuelle ou familiale. Afin de pouvoir bénéficier des soins de santé, quelques soient les niveaux des opérations et de soins requis, les participants n’auront qu’à payer un « ticket de service ». Le ticket de service vaudra 5,000.00 GNF au niveau des Postes de santé, 10,000.00 GNF au niveau des Centre de santé, et de 8% du coût des hospitalisations au niveau des hôpitaux de référence. Le reste des frais de traitement seront entièrement couverts par les Mutuelles de santé et le Fonds de Solidarité pour la Santé Universelle (FSSU).

Pour avoir les détails du fonctionnement et du financement des mutuelles de santé, ainsi que le ciblage des participants, je vous invite à télécharger gratuitement le document Projet qui est disponible sur le blog de la LDRG (guinee-plurielle.com) au niveau de la rubrique « Force de proposition ». La première conséquence du « Programme Santé universelle » sera la diminution du taux de morbidité en Guinée qui s’élevait à 28,3% de la population en 2003. Puis, l’accès aux soins de santé pour les populations les plus vulnérables contribuera à la réduction des risques d’exclusion dus à des dépenses liées aux soins de santé. Finalement, un large accès aux services de santé contribuera de manière déterminante à la croissance économique et au développement de l’ensemble du pays.

2-Le Programme « Éducation pour tous » : L’éducation est le moyen de l’épanouissement personnel ainsi que la clé de l’ascension sociale des individus et du développement de tout pays. L’éducation doit donc être un devoir fondamental pour l’État et un droit essentiel pour tout citoyen guinéen. Pourtant, il apparaît que le taux d’alphabétisation en Guinée ne s’élevait qu’à 29% en 2003. De même, seulement 54,1% des enfants en âge de fréquenter l’école primaire y vont réellement, et seulement 20,1% des enfants en âge de fréquenter le collège et le lycée y vont réellement. Finalement, il apparaît que, au primaire, les principales causes d’abandon sont : le travail, le coût des études, et la distance. Quant au secondaire, il apparaît que les principales causes d’abandon sont : le travail, l’échec aux examens, et le mariage ou la grossesse.

L’objectif du programme « Éducation pour tous » n’est donc autre que de rétablir l’égalité des chances en matière d’éducation, notamment en supprimant toutes les barrières qui empêche les enfants issus de milieux pauvres d’aller à l’école, et à permettre à ces enfants de poursuivre leurs cursus académique jusqu’au bout. Ce programme comprendra 3 principales branches :

  • Le plan « École gratuite » : grâce à une subvention du gouvernement envers les écoles concernées, ce plan garantira la gratuité d’une éducation de base à tous les enfants issus des catégories sociales les plus pauvres. Cela permettra de baisser la barrière à l’entrée et de garantir l’accès gratuit aux 10 premières années d’enseignement à tous les enfants en Guinée.
  • Le plan « Enveloppe parentale pour l’école » : ce plan consiste à rémunérer mensuellement tous les parents d’élèves issus des catégories sociales les plus pauvres afin qu’ils laissent leurs enfants aller à l’école. Au sein de chaque école concernée, il y aura un commissaire chargé de faire le suivi des enfants concernés. La rémunération sera de 20,000 GNF par mois pour chaque enfant. Le plafond mensuel qu’une famille pourra recevoir dans le cadre de ce plan étant de 80,000.00 GNF.
  • Le plan « Repas à l’école » : la malnutrition est l’une des manifestions les plus frappante de la pauvreté. En matière d’éducation, la malnutrition entraîne un faible taux de scolarisation, une absence fréquente des enfants à leurs cours, une faible habileté à l’apprentissage, et de mauvais résultats académiques. Le plan « Repas à l’école » intervient à ce niveau pour les familles de catégories sociales les plus pauvres. Ce plan poursuit 3 principaux objectifs : accroître le taux de scolarisation, réduire la faim et la malnutrition chez les enfants, et booster la production alimentaire locale. Ainsi, non seulement toutes les écoles primaires identifiées à l’échelle nationale bénéficieront de subventions pour réhabiliter leurs infirmeries et se doter de cantines scolaires respectant les normes de salubrité, mais de plus, tous les enfants issus des catégories sociales les plus pauvres bénéficieront d’un repas servi à midi dans les cantines scolaires. Les repas servis dans les cantines des écoles seront exclusivement faits à base de produits agricoles locaux. Un comité de parents d’élève sera chargé, entre autres tâches, de superviser la cuisson et la conservation des aliments et des repas.

Pour connaître les détails du Programme « Éducation pour tous », ainsi que le ciblage des ménages concernés, je vous invite à télécharger gratuitement le document Projet sur le blog de la LDRG (guinee-plurielle.com), au niveau de sa rubrique « Force de proposition ». Avec le programme « Éducation pour tous », l’objectif d’une scolarisation universelle sera à la portée de la Guinée au bout de 6 années. Ce programme composé des plans École gratuite, Enveloppe parentale pour l’école, et Repas à l’école sera financé par un fonds spécialement dédié à cette fin : le Fonds de Solidarité pour l’Éducation Universelle (FSEU).

3-Le Programme « Travail et Dignité pour tous » : avec un taux de chômage des jeunes de plus de 60%, l’emploi constitue l’un des plus grands défis socioéconomiques pour la Guinée. Pour faire face à ce grand défi, il est indispensable d’initier de grandes réformes économiques structurelles. En attendant l’aboutissement des grandes réformes économiques structurelles, le programme « Travail et Dignité pour tous » sera quant-à-lui une réponse conjoncturelle face au grand défi du chômage de masse en Guinée. Le principal objectif du programme est non seulement d’empêcher les ménages de tomber en dessous du seuil de pauvreté, mais aussi, de les sortir de l’extrême pauvreté. Le programme comportera 3 volets : les travaux publics, le minimum social et le micro-financement.

  • Les travaux publics : cette première branche du programme « Travail et Dignité pour tous » a pour principaux objectifs de réhabiliter et entretenir les infrastructures locales, de créer des opportunités d’emploi et transférer du revenu aux populations les plus pauvres, et de développer des habiletés techniques qui permettront aux bénéficiaires de sécuriser leur autonomie financière. La branche « travaux publics » propose des travaux sur des projets d’infrastructure communautaire, notamment l’assainissement et la distribution en eau aux ménages, le boisement, la protection de l’environnement, le terrassement des voies, la construction d’irrigation, de parques, de salles de classe, de centres culturelles locaux, de bibliothèques locales, de voies d’accès, ainsi que la maintenance des infrastructures locales. En plus de présenter des avantages pour les ménages, la branche « travaux publics » bénéficiera également à l’ensemble de la communauté du fait de la valeur accrue des actifs locaux. L’ensemble de ces projets seront identifiés par les populations à l’échelle locale à travers leurs collectivités décentralisées, notamment les Quartiers et les CRD. Les Quartiers et les CRD auront la charge de faire remonter chaque année les projets locaux prioritaires pour leur communauté. Ces projets seront intégrés au plan de développement à l’échelle nationale. Quant à l’organisation du travail, les recrutements interviendront au niveau des collectivités locales et des sites de travail. Seuls les populations cibles ayant 18 ans et plus seront éligibles. Les projets de travaux publics n’offrent cependant pas d’emplois permanents à leurs participants. Pour favoriser le roulement et la participation d’un maximum de ménage et d’individus, la branche « travaux publics » ne garantira que 180 jours de travail par année à chaque participant. Le niveau de rémunération versée aux participants sera uniforme à l’échelle nationale quelques soient le type de travail, la localisation du travail et les caractéristiques personnelles des travailleurs (âge, sexe, éducation, expérience, etc.). Le niveau de rémunération sera toujours inférieur au salaire minimum d’un emploi rémunéré sur le marché du travail en Guinée. La rémunération doit représenter au plus 80% du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) d’un emploi offert sur le marché du travail. Le niveau de rémunération ne devra jamais dépasser cette proportion, non seulement pour ne pas vider le secteur privé de sa main d’œuvre, mais aussi, pour encourager les bénéficiaires ayant une meilleure offre à graduer du programme.
  • Le minimum social : jusqu’à nos jours, pour les ménages vivant dans l’extrême pauvreté en Guinée, le seul moyen de s’en sortir consiste à mendier, quémander ou à vivre sous la bonne grâce des voisins et membres de la famille. Cette forme traditionnelle d’assistance sociale n’est certainement pas à remettre en cause dans la société guinéenne. Cependant, non seulement elle prive des centaines de milliers de foyers d’un élément essentiel à l’épanouissement social (la dignité), mais de plus, c’est une forme d’assistance qui ne couvre pas les besoins élémentaires vitaux des bénéficiaires. En réalité, ces ménages très pauvres ont surtout besoin d’une assistance qui leur permet à la fois de sauvegarder leur dignité et de retrouver le chemin de sortie de l’extrême pauvreté. Le « minimum social » est cette branche du programme « Travail et Dignité pour tous » destiné à garantir un revenu régulier à ces ménages, ce qui leur permettra de sortir de l’extrême pauvreté et de saisir des opportunités de devenir financièrement autonome à moyen et long terme. Le « Minimum social » sera un montant à transférer aux ménages les plus pauvres. Le montant du minimum social doit respecter deux principes : tout d’abord, il doit être suffisamment important pour garantir aux bénéficiaires de vivre au-dessus du seuil de l’extrême pauvreté; puis, il doit être établi de telle sorte qu’il encourage les bénéficiaires à graduer du « minimum social » pour s’engager dans une activité rémunérée. Le « minimum social » doit impérativement être perçu par les bénéficiaires comme un soutient temporaire leur permettant de sauvegarder leur dignité et trouver une activité rémunérée. Le montant maximal auquel aura droit un ménage sera de 450,000.00 GNF par mois, soit : un montant de 150,000.00GNF par mois pour le premier chef de famille; un montant fixe pour le second chef de famille de 90,000.00GNF par mois; et un montant fixe pour trois membres additionnels de la famille de 60,000.00GNF par mois.
  • Le Micro-financement : ce volet du programme « Travail et Dignité pour tous » vient compléter les deux premiers volets du programme. Il constitue la phase ultime qui permet aux bénéficiaires des volets « Travaux publics » et « Minimum social » de graduer de l’assistance sociale pour devenir financièrement autonome. Avec le micro-financement, l’objectif est d’améliorer l’accès aux services financiers pour les personnes pauvres, d’encourager l’épargne et de proposer des services de microcrédit en vue de promouvoir l’entreprenariat.

Pour avoir plus de détails sur le programme « Travail et Dignité pour tous », vous êtes vivement invité à consulter le Projet sur le blog de la LDRG (guinee-plurielle.com) au niveau de la rubrique « Force de proposition ». En mettant en œuvre les trois volets du programme « TRAVAIL ET DIGNITÉ POUR TOUS », non seulement nous offrons du travail à tous et nous nous attaquons de manière durable aux causes profondes de la pauvreté en Guinée, mais de plus, nous offrons à toutes les familles guinéennes une dignité humaine indispensable pour tout épanouissement social. Le financement de ce programme sera entièrement supporté par le « Fonds Travail et Dignité (FTD) ».

C-La troisième partie - Le financement du système de protection sociale : les politiques de protection sociale définies dans ce document Projet sont composées de programmes dont l’exécution requiert une bonne capacité administrative, une efficience dans la gestion des programmes, mais surtout suffisamment de ressources humaines et financières. La particularité d’un pays comme la Guinée est justement l’absence de tous ces prérequis. L’arbitrage entre l’investissement public et les politiques de protection sociale dans la gestion du budget public laisse une marge de manœuvre très maigre pour mettre en œuvre des politiques sociales ambitieuses. L’alternative n’est cependant pas d’abandonner la mise en œuvre des programmes de protection sociale indispensable pour éradiquer l’extrême pauvreté, relancer la consommation privée, réduire les inégalités sociales, favoriser une croissance économique inclusive, garantir la cohésion sociale, et assurer la dignité de chaque guinéen. Tout au contraire, ces fortes contraintes appellent à une totale mobilisation de l’ensemble des ressources nationales, à l’imagination pour créer des mécanismes de financement innovant, et à une planification minutieuse de la mise en œuvre des différents programmes en fonction de l’évolution des capacités financières, humaines et administratives.

Il ressort de nos estimations que le coût total de mise en œuvre du système de protection sociale définit dans ce document Projet vaut environ $67,83 millions (USD). Pour un pays qui n’est pas assez doté en richesses naturelles, le financement de son système de protection sociale repose quasi-exclusivement sur des mécanismes fiscaux. Par contre, pour un pays qui est doté en richesses naturelles, la question du financement de son système de protection sociale se pose en d’autres termes : faut-il dédier directement les ressources provenant des richesses naturelles au financement du système de protection sociale ? Ou alors, est-il préférable de financer la protection sociale à travers les allocations provenant des excédents budgétaires du gouvernement?

La Guinée est un pays qui est doté d’innombrables richesses naturelles, dont les deux-tiers des réserves mondiales connues de bauxite, ainsi que des gisements de diamants, d'or, de fer et bien d'autres minerais. À ce jour, la bauxite, l’or et le diamant sont les deux principaux produits d’exportation du pays. De plus, l’exploitation d’autres ressources minières s’annonce pour les prochaines décennies, notamment le fer de Simandou et du mont Nimba, ainsi que du pétrole off-shore. La Guinée possède également un important potentiel hydroélectrique autour du massif du Fouta-Djalon. On estime qu’il existe environ 8000 sources d’eau dans ce massif considéré comme le Château d’eau de l’Afrique de l’Ouest. Il ne faut pas non plus oublier de mentionner parmi cet éventail de richesses naturelles, les innombrables ressources aloétiques, le potentiel agricole ainsi que les réserves forestières qui bordent la Guinée. La Guinée est donc incontestablement un pays suffisamment doté en termes de richesses naturelles. Cependant, cette énorme dotation naturelle n’est en aucune manière un avantage comparatif par rapport à des pays comme le Sénégal ou le Rwanda. La preuve la plus évidente de cette constatation est le fait que ces deux derniers pays ont pu se doter de systèmes de protection sociale qui offrent un bien-être plus élevé à leurs populations que la Guinée.

Généralement, selon l’expérience internationale, il apparaît que les pays dotés en richesses naturelles sont souvent caractérisés par des institutions faibles et une mauvaise gouvernance. En effet, le principal facteur qui incite les acteurs publics à adopter une éthique de « bonne gouvernance » est le « citoyen qui est attentif » à la manière dont les taxes que le gouvernement prélève de ses poches sont dépensées. Cependant, vue que l’abondance de richesses naturelles réduit considérablement les besoins du gouvernement en ressources provenant de la taxation sur les citoyens, alors cette abondance contribue à l’affaiblissement de la culture de reddition-de-comptes dans les pays dotés en richesses naturelles. En Guinée, alors que les recettes fiscales provenant des impôts et taxes sur les citoyens ne représente que 10% des recettes de l’État, celles provenant des ressources minières comptent pour plus de 68% dans le budget du gouvernement. C’est donc ce double effet qui fait que, non seulement le gouvernement se passe de toute éthique de bonne gestion des ressources provenant des richesses naturelles, mais aussi, que les citoyens détournent complètement leur regard sur la manière dont ces ressources publiques sont dépensées. Ce désintéressement mutuel a permis d’ériger la corruption, le clientélisme et les réseaux de patronage comme les principales grilles de redistribution de la rente provenant de l’exploitation des richesses naturelles. Cette expérience de la gestion publique en Guinée prouve à suffisance que les multiples gouvernements qui se sont succédé au cours des 30 dernières années ont été incapables de traduire les innombrables richesses naturelles du pays en bien-être pour l’ensemble des populations.

Cela nous a donc amené à considérer l’idée d’une redistribution directe des ressources en provenance des richesses naturelles vers les populations les plus pauvres du pays. Les populations guinéennes ne devront donc plus attendre que l’État guinéen dégage un excédent budgétaire pour bénéficier de services sociaux de base. Les différents programmes sociaux compris dans le système de protection sociale défini dans ce document rapport ne seront plus considérés comme les dividendes d’un hypothétique excédent budgétaire, mais plutôt comme des charges d’exploitation courantes, au même titre que le salaire des fonctionnaires et des ministres, dans le budget de l’État. En redistribuant directement les ressources en provenance des richesses naturelles vers les populations, nous poursuivons à la fois 3 principaux objectifs :

  • Premièrement, contraindre le gouvernement, dont la première vocation en matière fiscale est sa capacité à taxer, à se doter d’une administration fiscale suffisamment robuste lui permettant de maximiser ses recettes fiscales non-minières;
  • Deuxièmement, contraindre le gouvernement à miser sur l’efficience dans sa gestion publique et à réduire les attentes de tous les rentiers qui considéraient l’État comme une niche intarissable; et
  • Troisièmement, inciter le gouvernement à la transparence dans sa gestion et à la reddition-de-comptes car les citoyens seront désormais beaucoup plus vigilant sur la manière dont les ressources dont dépendent leurs prestations sociales sont gérées.

C’est pour toutes ces raisons que, dans le cadre du système de protection social défini dans ce document Projet, nous optons pour une redistribution directe des ressources en provenance des richesses naturelles guinéennes pour le financement des différents programmes sociaux destinés à lutter contre la pauvreté. Dans le rapport publié en 2012 par la branche guinéenne de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE), il apparaît que les compagnies minières ont versé au gouvernement guinéen un montant de $222,39 millions (USD) en recettes minières. Par ailleurs, il se trouve que 87% de ces recettes minières sont transférées vers un fonds dit « Fonds d’Investissement Minier (FIM) », soit une cagnotte de $193,47 millions (USD).

En additionnant le Fonds de Solidarité pour la Santé Universelle (FSSU), le Fonds de Solidarité pour l’Éducation Universelle (FSEU) et le Fonds Travail et Dignité (FTD) nous arrivons à un montant total annuel de $59,29 millions (USD). Ce montant ne représente que 26,6% de l’ensemble des recettes minières et 30,64% du Fonds d’Investissement Minier (FIM) du gouvernement. Donc, pour financer le Système de protection sociale compris dans ce rapport, chaque année, nous n’avons besoin que de 30,64% du FIM. Pour minimiser le risque et préserver leur pérennité, ces trois différents fonds prélevés du FIM seront gérés par trois entités différentes dont la mission sera de préserver et fructifier ces fonds destinés à financer le système de protection sociale en Guinée. Quant à l’argument selon lequel une réduction des recettes minières de 30,64% aura un gigantesque impact dans la capacité du gouvernement à assumer ses prérogatives régaliennes, nous opposons le chiffre de $1,160 milliard (USD) qui est le montant qui s’évapore chaque année des circuits de la corruption en Guinée selon le rapport « S’engager contre la corruption » publié en 2012 par la LDRG. Donc, pour un gouvernement qui fait de la lutte contre la corruption une priorité politique de haute importance, les $59,29 millions (USD) prélevés chaque année du FIM n’auront aucun impact négatif sur son fonctionnement.

D-Conclusion : en guise de conclusion, il faut d’abord souligner que le système de protection social défini dans ce document Projet est certes nouveau dans le cas de la Guinée, cependant, ce n’est pas un système de protection sociale aussi ambitieux que celui développé par des pays comme le Rwanda. Les trois programmes compris dans ce document Projet vise simplement à jeter un filet de sécurité sociale de base susceptible de permettre à l’écrasante majorité des populations guinéennes de voire le bout du tunnel après 57 années d’auto-gouvernance calamiteuses. La mise en œuvre de ces trois programmes fera appel à une forte mobilisation nationale car les contraintes sont nombreuses. Ces contraintes sont d’ordre administratives, organisationnelles, physiques, budgétaires et humaines. Cependant, quelques soient l’importance de ces contraintes, pour un gouvernement qui choisit de lutter avec conviction contre l’extrême pauvreté, il est tout à fait possible de mettre en œuvre ce modeste système de protection sociale qui ne requiert qu’un financement de 30,64% du fonds d’investissement minier.

Le système de protection sociale défini dans ce Projet va totalement changer la vie des populations guinéennes. Il va révolutionner la société et jeter les jalons d’un progrès considérable dans tous les domaines de la sociale et économique de la Guinée. Il émergera de ce système de protection sociale une croissance économique inclusive, durable et au bénéfice de toute la nation. Au sein de la LDRG, nous sommes convaincus que le peuple de Guinée ne mérite pas moins.

Mamadou Oury Diallo

Président de la LDRG

Tag(s) : #Société-Guinée