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Esclavage en Mauritanie: sans Biram et ses compagnons, le modernisme africain est orphelin

Aujourd'hui, voilà un an que notre frère Biram Dah Abeid est emprisonné avec ses compagnons en Mauritanie pour la simple et unique raison d'avoir mené une campagne non-violente de lutte contre l'esclavage dans le Sud-est de ce pays. Nous ne sommes pas en Asie ni en Amérique ou en Europe. Nous ne vivons pas pas non plus au 17ème ni au 18ème ou au 19ème siècle. Nous sommes bien sur nos terres ancestrales Africaines et nous vivons au 21ème siècle: ceci est tout simplement invraisemblable! À ce stade, il est important de faire la nuance: des violations de droits humains existent encore sur tous les continents, surtout en Afrique d'ailleurs où des dictatures et des régimes oppriment leurs peuples. Il faut combattre comme il se doit, partout où elles se manifestent, les violations des droits de l'homme. Mais l'esclavage n'est pas qu'une simple violation de droits humains. L'esclavage est une totale négation de l'humanité. Et lorsqu'il s'agit de l'esclavage de l'homme noir sur le continent Africain, ça devient une injure à l'histoire et à la dignité de tout un continent. C'est insupportable! Il est plus que jamais le temps de mettre un terme définitif à l'esclavage de l'homme noir en Mauritanie. Il faut immédiatement libérer notre frère Biram Dah Abeid et ses compagnons.

Le plus insupportable n'est cependant pas de voire l'esclavage de l'homme noir perdurer en Mauritanie. Le plus insupportable est d'observer cette immense indifférence de l'Homme noir africain face à l'esclavage institutionnalisé d'un pays africain (la Mauritanie) contre la catégorie noire africaine de son peuple. Cette indifférence dénote tout simplement la dépravation et le déracinement morale, culturelle, intellectuelle et idéologique de l'homme africain de ce début du 21ème siècle. À toutes fins utiles, il faut rappeler que l'homme noir africain n'est pas moralement, culturellement, intellectuellement et idéologiquement orphelin. Nous ne sommes pas des orphelins. Certes nous embrassons la démocratie libérale, nous sommes socialistes ou libéraux, et nous adhérons au système international. Mais nous sommes avant tout et après tout, des PANAFRICANISTES.

La Panafricanisme semble être devenu un gros mots pour les élites intellectuelles et dirigeantes africaines de ce début du 21ème siècle. Pour ces élites arrivistes, le modernisme africain exige l'abandon du panafricanisme. Quelle inculture! Je tiens à rappeler aux moins jeunes de notre époque, parce qu'il semble encore utile de le rappeler, que le Panafricanisme se définit d'abord comme une prise de conscience de l’homme noir de sa condition de dominé et de ségrégué; ensuite, le Panafricanisme est une sorte d’autodéfense de l’homme noir contre les préjugés raciaux; et enfin, le Panafricanisme est un mouvement philosophique, culturel et politique qui prône la défense du droit des peuples noirs du monde, la restauration de la personnalité noire, l’union des peuples noirs de la diaspora et ceux de l’Afrique, et la construction d’une PUISSANTE nation noire en Afrique. C'est de cette profonde démarche philosophique, culturelle et politique que naîtront la maison d'édition "Présence Africaine" en 1947, l'Organisation de l'Union Africaine (OUA) en 1963 et le Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou (FESPACO) en 1969. Au nom du Panafricanisme, l'OUA fera de la lutte de libération coloniale du continent Africain son cheval de bataille. Et permettez-moi de vous dire qu'avec des leaders comme Kwamé Kourouma, Ahmed Sékou Touré, Telli Diallo, Modibo Keita, Patrice Lumumba, Gamal Abdel Nasser, Robert Mugabé, Amilcar Cabral, Mathieu Kérékou, Thomas Sankara..., avec de tels leaders le mouvement Panafricaniste porté par l'OUA a engendré des succès historiques. En matière de Panafricanisme, ces grands hommes doivent à jamais rester une référence inoxydable pour l'homme noir africain d'aujourd'hui. Si ces grands hommes existaient de nos jours, ils auraient sans aucun doute fait de notre frère Biram Dah Abeid et ses compagnons des citoyens d'honneur de la Guinée, du Mali, du Ghana, du Congo, du Zimbabwé, d'Égypte, du Burkina Faso, de la Tanzanie, de la Guinée-Bissau, du Cape-vert, etc. La Mauritanie n'aurait jamais siégé au sein de l'OUA. L'isolement économique et diplomatique de la Mauritanie, comme ce fut le cas pour régime de l’apartheid en Afrique du Sud, aurait été entier. Ils auraient croisé le fer avec le régime Mauritanien pour une fin immédiate de l'esclavage de l'homme noir africain sur les terres ancestrales africaines. Et sans aucun doute, sans aucun doute, ils auraient réussi à libérer les populations noires africaines de l'esclavage.

Aujourd'hui donc, j'en appel à tous les peuples du monde, aux peuples noirs africains en particulier, à joindre leur signature à la PÉTITION qui en appelle à l'UNION AFRICAINE et qui exige la libération de notre frère Biram Dah Abeid et ses compagnons, ainsi que la fin immédiate de l'esclavage du peuple noir de Mauritanie. Pour signer la Pétition, suivez ce lien: http://www.gopetition.com/petitions/free-biram-and-end-slavery-in-mauritania.html Nous nous devons de sortir pour un moment de notre petit confort personnel et d'agir ensemble. Chaque geste compte pour Biram et ses compagnons.

En guise de conclusion, il faut dire que tout modernisme culturel, intellectuel et politique africain qui prétend s’affranchir du Panafricanisme perd tout son sens. L'histoire de l'homme noir exige de lui qu'il brille de tous les feux, qu'ils recouvrent sa dignité, qu'il contribue à nouveau à l'avancement de la civilisation universelle, et qu'il bâtissent, dans l'union, une véritable PUISSANCE NOIR AFRICAINE en Afrique. Cette ambition n'est ni une injure aux anciens maîtres ou aux élites arrivistes africaines, encore moins une fiction. C'est tout simplement une ambition légitime et c'est avant tout l'histoire et la marche du peuple noir. On peut ne peut y croire, mais il faut s'efforcer de l'admettre comme tel.

Mamadou Oury Diallo

Président de la LDRG

Tag(s) : #Afrique