Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Depuis le 1er février, le syndicat des enseignants en Guinée  a amorcé une grève liée principalement au recrutement d'enseignants contractuels et à la revalorisation du traitement des enseignants. Le dialogue de sourd et le pourrissement de la crise entre le gouvernement et le mouvement syndicale a fait dégringoler un système éducatif totalement à la remorque. Les jeunes élèves et étudiants sont abandonnés à eux-mêmes depuis plusieurs semaines. La vie sociale et économique s'en retrouve paralysée. Et le tragique a fini par arriver. Ce lundi 20 février, les manifestations populaires et les affrontements avec les forces de l'ordre ont fait officiellement 5 morts, une trentaine de blessés, et des dégâts matériels considérables.

 

Aujourd'hui donc, au nom de la LDRG, je tiens d’abord à adresser mes plus sincères condoléances à l'ensemble des familles éplorées. Il est d’une souffrance infinie que de perdre un proche dans de telles conditions. Nous prions pour le repos de l’âme de nos cinq compatriotes. Nous prions que la paix revienne dans le cœur des familles éplorées. Et nous souhaitons que tous les blessés s’en remettent le plutôt possible.

 

Des manifestations populaires de ce genre sont toujours un grand défi pour nos forces de l’ordre. Mais, comme plusieurs de mes concitoyens, j’ai aussi vu l’image de ce jeune homme mort touché par une balle de fusil à la poitrine. Il n’y a aucune justification à l’emploi d’armes létales pour encadrer aujourd’hui une manifestation populaire en Guinée, quel que soit la nature de cette manifestation. C’est donc avec la plus grande fermeté que je condamne la violence des forces de l’ordre envers les jeunes manifestants. Nous réclamons une enquête rapide et indépendante, et comparution des agents coupables de ces violences devant la justice. Nous réclamons justice pour toutes ces pauvres victimes. Et nous ne ferons pas qu’attendre. Si justice n’est pas rendue, nous agirons!

 

Il y a une année, notamment en Avril 2016, la LDRG saluait le regain d’intérêt affiché par le Président de la République lors de l’une de ses conférences de presse par rapport à l’éducation nationale en Guinée. Vous pouvez accéder à cet article sur ce lien : Regain d’intérêt d’Alpha Condé pour l’Éducation nationale. Parce que l’éducation est un domaine où il est possible d’arriver à un consensus, la LDRG avait alors invité l’ensemble des acteurs politiques à travailler ensemble pour une véritable réforme du système éducatif guinéen. Nous avions même invité l’ensemble des parties prenantes à s’inspirer de la réforme complète de l’éducation publiée par la LDRG depuis le 07 février 2011. Cette réforme est accessible sur ce lien : Réforme de l’Éducation nationale. Cependant, une année après, il apparaît que c’est la sainte pagaille qui règne dans le système éducatif guinéen. Et lorsque l’opposition politique fait remarquer que le budget de l’éducation nationale en Guinée s’élève à peine à 13% du budget de l’État, cela dénote du désintérêt total du Président de la République pour l’école guinéenne et pour l’avenir de la nation. Il est vrai que dans les conditions actuelles de nos finances publiques, tout homme d’État responsable est dans l’obligation de reconnaître l’absence de marge de manœuvre budgétaire pour faire face à toutes les urgences du pays. Mais il va aussi de soi que ce n’est pas dans le budget de l’éducation nationale qu’un gouvernement responsable doit couper pour retrouver des marges. Lorsqu’on apprend par exemple que le budget de la primature rivalise avec celui de l’éducation nationale, on s’en retrouve encore plus bouleversé. Dans tout pays normal, le budget de l’éducation avoisine 30 à 35% du budget total de l’État. En Guinée, le Président de la République et son gouvernement ont fait le choix d’attribuer à l’éducation nationale 13% du budget de l’État. Au sein de la LDRG nous qualifions ce choix de cynique et d’irresponsable. Oui, cynique et irresponsable!  La LDRG joint sa voix à celles des enseignants et des jeunes élèves et étudiants pour réclamer une nouvelle politique de l’éducation nationale. Cela suppose la démission des ministres actuels en charge des différents portefeuilles de l’éducation et la mobilisation des ressources nécessaires pour faire redémarrer le système éducatif guinéen.

 

Par ailleurs, autant nous l’avions annoncé lors du discours du nouvel an sur l’état de la nation et de la démocratie, la LDRG met à nouveau en garde le gouvernement guinéen : « il serait une grosse erreur de considérer que la colère populaire qui vient de se manifester ce lundi en Guinée est un évènement isolé. Cet évènement est la révélation d’un ras-le-bol généralisé qui invite le gouvernement guinéen à prendre des actions sociales d’urgence qui vont bien au-delà du secteur éducatif ». La gestion d’un pays ne se résume pas à la gestion de l’appareil d’État. Il faut des actions sociales exclusivement destinées aux populations les plus vulnérables. Le gouvernement actuel, comme les gouvernements précédents en Guinée, ont péché par manque de politique de protection sociale efficace. Depuis 2015, la LDRG a également produit une politique de protection sociale complète pour la Guinée. Nous invitons le Président de la République à s’en inspirer fortement car l’obstination à la stabilité macroéconomique d’un pays mène très souvent à l’aveuglement des réalités sociales qui déterminent in fine le succès ou l’échec des gouvernements. Pour accéder à la politique de protection sociale de la LDRG, suivez ce lien : Définition d’un système de protection sociale pour la Guinée.

 

Mamadou Oury Diallo

Président de la LDRG

LDRG - Communiqué: Dégénération de la grève des enseignants et des élèves en Guinée
Tag(s) : #Société-Guinée, #Politique-Guinée