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Dans une rupture spectaculaire avec ses prédécesseurs, Donald Trump a reconnu mercredi 6 décembre Jérusalem comme capitale d’Israël, suscitant la colère des Palestiniens et une vague de réprobation au Proche-Orient et bien au-delà.

Avec cette décision historique qui marquera son mandat, le 45e président des Etats-Unis tient l’une de ses promesses emblématiques de campagne. Mais il s’isole sur la scène internationale et prend le risque de saboter les timides espoirs de reprise des négociations, au point mort depuis trois ans.

« Nouvelle approche » américaine
« L’heure est venue pour les Etats-Unis de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. Alors que les présidents précédents avaient fait cette promesse de campagne, ils ont échoué à l’honorer. Aujourd’hui, je l’honore », a-t-il déclaré lors d’une brève allocution au cours de laquelle il a revendiqué « une nouvelle approche » sur ce dossier épineux et la nécessité de « reconnaître une réalité ».

« Les Etats-Unis restent déterminés à aider à faciliter un accord de paix acceptable pour les deux parties », a-t-il martelé, s’efforçant d’adopter une tonalité conciliante après cette décision extrêmement controversée. « J’ai l’intention de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour aider à sceller un tel accord », a encore dit, debout devant un portrait de George Washington, l’ancien homme d’affaires de New York qui vante régulièrement ses qualités de négociateur.
Il a aussi ordonné de préparer le transfert de l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem. Il n’a pas fixé de calendrier pour ce processus, qui pourrait durer entre trois et quatre ans. Pour l’heure, le président américain devrait signer un texte, valable six mois, maintenant provisoirement à Tel-Aviv l’ambassade américaine, faute de bâtiment disponible pour l’accueillir à Jérusalem.

Critiques de la communauté internationale
Les réactions internationales n’ont pas tardé. Le président palestinien Mahmoud Abbas a vivement réagi, jugeant que les Etats-Unis sapaient « délibérément tous les efforts de paix » et abandonnaient leur rôle historique de « sponsor du processus de paix ». Le mouvement islamiste palestinien Hamas de son côté a jugé que cette annonce ouvrait « les portes de l’enfer » pour les intérêts américains dans la région. Les dirigeants palestiniens revendiquent Jérusalem-Est, occupée puis annexée par Israël en 1967, comme la capitale de l’Etat auquel ils aspirent.

Le président français, Emmanuel Macron, a de son côté qualifié cette décision de « regrettable » : « La France n’approuve pas et qui contrevient au droit international et aux resolutions du conseil de sécurité de l’ONU. » Lors d’une conférence de presse à Alger, il a rappelé « l’attachement de la France et de l’Europe à la solution de deux Etats, Israël et la Palestine vivant côte à côte en paix et en sécurité dans des frontières internationalement reconnues avec Jérusalem comme capitale des deux Etats ».

Le gouvernement allemand « ne soutient pas cette position car le statut de Jérusalem ne peut être négocier que dans le cadre d’une solution de deux Etats », a déclaré de son côté la chancelière Angela Merkel, citée dans un tweet de son porte-parole Steffen Seibert.

Le ministère iranien des affaires étrangères a dénoncé dans un communiqué une « provocation et une décision insensée de la part des Etats-Unis (...) qui va provoquer une nouvelle Intifada et pousser à des comportements plus radicaux et à davantage de colère et de violence ». Le porte-parole du gouvernement jordanien, Mohammed Moumenié a lui estimé que «la décision du président américain (...) constitue une violation des décisions du droit international et de la charte des Nations unies ».

Netanyahou salue un jour « historique »
Le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou, à la tête du gouvernement considéré comme le plus à droite de l’histoire d’Israël, a lui salué un jour « historique » réaffirmant par ailleurs l’engagement israélien à maintenir le « statu quo » sur les lieux saints à Jérusalem. « Israël veillera à toujours faire respecter la liberté de culte des juifs, des chrétiens et des musulmans » a-t-il assuré.

M. Nétanyahou tâchait ainsi de dissiper les inquiétudes, notamment des musulmans, de voir Israël exercer son contrôle sur les lieux saints à la faveur de l’annonce de M. Trump. Jérusalem abrite des lieux sacrés pour les juifs, les chrétiens et les musulmans, dont le troisième lieu saint de l’islam, l’esplanade des Mosquées.

Jérusalem « est la capitale du peuple juif depuis 3 000 ans, c’est la capitale d’Israël depuis presque 70 ans », a par ailleurs souligné le premier ministre israélien. « Le peuple juif et l’Etat juif seront à jamais reconnaissants », a-t-il dit dans un enregistrement vidéo diffusé immédiatement après la déclaration de M. Trump. Cette décision « est un important pas vers la paix », a-t-il ajouté.

M. Nétanyahou a appelé les autres pays à suivre l’exemple des Etats-Unis et à reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et à y transférer leurs ambassades. Aucun pays n’a son ambassade en Israël à Jérusalem.

Drapeaux américains brûlés
Dans la bande de Gaza, des centaines de Palestiniens en colère ont brûlé des drapeaux américains et israéliens et des portraits de Donald Trump. Un rassemblement est prévu jeudi à Ramallah en Cisjordanie, territoire occupé par l’armée israélienne depuis 50 ans.
Reconnaissant que son annonce était loin de faire l’unanimité, M. Trump a lancé un appel « au calme et à la modération », espérant que « les voix de la tolérance l’emportent sur les pourvoyeurs de haine ».

La cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini a elle aussi appelé mercredi les Palestiniens à la « retenue ». Lors d’une conversation téléphonique avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, Mme Mogherini a toutefois réitéré la « position ferme » de l’UE selon laquelle « le statut final de Jérusalem comme future capitale d’Israël et d’un Etat palestinien doit être réglée à travers des négociations qui répondent aux aspirations des deux parties », selon un communiqué.


Réunion d’urgence du Conseil de sécurité demandée
Huit pays, dont quatre européens, deux sud-américains et deux africains, ont en outre demandé mercredi une réunion d’urgence du Conseil de sécurité.

« Les missions de Bolivie, d’Egypte, de France, d’Italie, du Sénégal, de Suède, du Royaume-Uni et d’Uruguay demandent à la présidence » japonaise du Conseil de sécurité « d’organiser une réunion d’urgence du Conseil, avec un exposé du secrétaire général, avant la fin de la semaine », indique un communiqué de la mission suédoise. Le Conseil de sécurité de l’ONU compte 15 membres. Mercredi après-midi, la présidence japonaise du Conseil n’avait pas officialisé de date pour cette réunion d’urgence.

Le statut de Jérusalem ne peut être résolu que par une « négociation directe » entre Israéliens et Palestiniens, avait martelé aussitôt après l’annonce américaine le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres en rappelant avoir toujours été « contre toute mesure unilatérale ». « Il n’y a pas d’alternative à la solution de deux Etats » avec « Jérusalem comme capitale d’Israël et de la Palestine », a-t-il ajouté.

La cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini a elle aussi appelé mercredi les Palestiniens à la « retenue ». Lors d’une conversation téléphonique avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, Mme Mogherini a toutefois réitéré la « position ferme » de l’UE selon laquelle « le statut final de Jérusalem comme future capitale d’Israël et d’un Etat palestinien doit être réglée à travers des négociations qui répondent aux aspirations des deux parties », selon un communiqué.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/12/06/statut-de-jerusalem-trump-juge-qu-une-decision-aurait-du-etre-prise-depuis-longtemps_5225798_3218.html#pZHVOsgKYZDvXU6e.99

Tag(s) : #Moyen et Proche Orient, #Amérique du Nord