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Guinéennes et Guinéens,

Mes très chers compatriotes,

Lorsqu’il s’agit de parler de la jeunesse guinéenne, ou de parler au nom de la jeunesse guinéenne, ce ne sont pas les porte-paroles qui manquent. Chaque parti politique a une branche jeunesse. Un Conseil National de la Jeunesse dont les jeunes des quartiers n’ont jamais entendu parler verra bientôt le jour. Et il y a même un ministère de la jeunesse en Guinée chargé de gérer les affaires des jeunes. Comme si cela ne suffisait pas, désormais la jeunesse est devenue un slogan : chacun y va des promesses les plus folles aux promesses les plus fausses.

Mes très chers compatriotes,

L’adresse d’aujourd’hui est d’abord un témoignage, celui d’un rescapé de sa génération. Il s’agit d’un citoyen guinéen qui est né à l’avènement du régime militaire, qui a grandi sous le règne du Général Lansana Conté, et qui vit aujourd’hui sa trentaine sous le régime civil de monsieur Alpha Condé. Du simple fait d’être né sur le sol et sur le sous-sol de la Guinée, ce citoyen guinéen avait théoriquement, à sa naissance, toutes les promesses de bien-être, d’enfance joyeuse, d’éducation de qualité, d’accès à santé, et d’emploi garanti. Ce citoyen guinéen dont nous parlons mérite encore beaucoup plus que tout cela car il est né à Kamsar, dans la région de Boké qui renferme les premières réserves mondiales d’une bauxite de première qualité.

Pourtant, comme tous ceux de sa génération, ce citoyen guinéen n’a cessé d’étudier dans des conditions de plus en plus précaires. Il a obtenu son baccalauréat au lycée en révisant à la bougie par défaut d’électricité. Et il a étanché sa soif en puisant et buvant l’eau impropre des puits du quartier à défaut d’une eau potable au robinet. À défaut de bibliothèques et de centres de récréation juvéniles, il a fait les quartiers avec ses amis. Dans ces quartiers, il a vécu pour une part et à vu pour l’autre part la violence de la misère sociale. Dans cette misère des quartiers de Conakry où le vice et le trafic font la loi, il vaut mieux être vachement fort. Le désespoir était ci-immense sous la chape de plomb du régime militaire qu’en janvier et février 2007 les jeunes de sa génération ont affronté à mains nues les chars et les canons du régime militaire pour réclamer le Changement. Sous le régime civile actuel, alors que les générations se succèdent, la paupérisation s’accentue. Le système éducatif est en faillite. La santé publique est en faillite avec au passage le virus Ébola qui a fait des ravages inestimables. Désormais, les jeunes guinéens fuient désespérément la misère locale pour aller se noyer en méditerrané lointaine à la quête d’un meilleur avenir. Celles et ceux qui n’ont d’autres choix que de rester au pays vivent aux rythmes des manifestations politiques et des grèves où ils côtoient les balles de fusils d’une répression impitoyable. Nous sommes donc très très loin des promesses théoriques de bien-être auxquelles l’ensemble de ces jeunes guinéens avaient droit à leur naissance.

Mesdames et messieurs,

Ce citoyen guinéen rescapé de sa génération qui est né sur la bauxite de première qualité à Boké, c’est moi. Certes, je fais encore partie de cette jeunesse guinéenne, cependant, je ne prétendrai aucunement parler en son nom. Ce que je peux revendiquer aujourd’hui, c’est la forte légitimité que j’ai, pour avoir vécu la même réalité que ces jeunes, de mieux les connaître, de mieux comprendre leurs aspirations et leurs besoins, et d’être le mieux placé pour apporter les solutions les plus concrètes qui changerons leur sort. À ce titre, je peux donc vous dire que la première chose qu’il faut à la jeunesse guinéenne, ce n’est ni des tablettes encore moins du flanage politicien, mais plutôt un travail rémunéré. Un job.

En effet, des travaux réalisés par « les Réseaux d’Information Régionaux Intégrés (IRIN) » arrivent à sortir un taux de chômage de 60% pour les jeunes guinéens. Même si la réalité pourrait être pire, cependant, déjà avec un taux de chômage persistant de 60% chez les jeunes, il apparaît clairement que la grande majorité de cette jeunesse reste exclue de la création et de la redistribution de la richesse nationale. Pourtant, le travail est un élément fondamentale pour rendre à ces jeunes, ainsi qu’à leur famille, leur dignité. Un jeune sans emploi est un jeune déprimé et exposé à tous les maux sociaux. L’emploi est le moyen le plus sûre pour les jeunes de réaliser leur autonomie et leurs rêves. Avec le travail, c’est toutes les parties qui sont gagnantes : les jeunes, leurs familles et leurs communautés.

 

Guinéennes et guinéens,

Mes très chers compatriotes,

Au sein de la LDRG, certes nous sommes convaincu de l’importance et de la nécessité d’une amélioration du climat des affaires afin d’attirer des capitaux privés et encourager l’investissement privé en Guinée. En temps normal, c’est incontestablement la bonne politique à poursuivre. Cependant, en période de profonde crise du chômage des jeunes comme celle que nous connaissons depuis plusieurs années en Guinée, pour booster l’emploi des jeunes il est impératif de mettre parallèlement en œuvre un gigantesque plan d’initiative publique. C’est cela aussi le rôle et la justification d’un gouvernement.

Le PLAN TRAVAIL POUR TOUS de la LDRG est ce gigantesque plan d’initiative publique qui est destiné à conjoncturellement booster l’emploi des jeunes le temps que le développement du tissu industriel Guinéen vienne reprendre le relai de la création d’emploi en Guinée. Ce plan comporte deux principaux volets : le volet travaux publics et le volet micro-finance-jeunes.

1-Le volet Travaux publics : ce premier volet a pour principaux objectifs de réhabiliter et entretenir les infrastructures locales, de créer des opportunités d’emploi et transférer du revenu aux jeunes des quartiers et en milieu rural, et de développer des habiletés techniques qui permettront aux jeunes d’arriver à l’autonomie financière. Plus concrètement, ce volet propose aux jeunes des travaux sur des projets d’infrastructures communautaires, notamment l’assainissement et la distribution en eau aux ménages, le boisement, la protection de l’environnement, le terrassement des voies, la construction d’irrigation, de parques, de salles de classe, de centres culturelles locaux, de bibliothèques locales, de voies d’accès, ainsi que la maintenance de toutes ces infrastructures locales. En plus de présenter des avantages pour les jeunes, le volet « travaux publics » de ce plan bénéficiera également à l’ensemble des communautés où vivent ces jeunes.

 

L’identification des projets et l’organisation du travail : techniquement, l’ensemble de ces projets seront identifiés par les populations à l’échelle locale à travers leurs collectivités décentralisées, notamment les Quartiers et les CRD. Les Quartiers et les CRD auront la charge de faire remonter chaque année les projets locaux prioritaires identifiés par les populations locales. Ces projets seront intégrés au plan de développement du gouvernement à l’échelle nationale.

 

Quant à l’organisation du travail, les recrutements interviendront au niveau des collectivités locales et des sites de travail. Seuls les jeunes d’un âge compris entre 18 ans et 39 ans seront éligibles. Pour les travaux de construction, les travailleurs seront organisés en « Cellules de travail ». Chaque cellule de travail comptera 25 travailleurs sous le contrôle d’un Chef de cellule. Au-dessus du Chef de cellule, il y aura le Superviseur. Chaque Superviseur aura en charge 2 Cellules de travail, soit 50 travailleurs. Au-dessus de chaque Superviseur il y aura un Assistant technique. Chaque Assistant technique veillera à son tour sur 6 Superviseurs, soit 150 travailleurs.

 

Les projets du volet « travaux publics » n’ont pas vocation à offrir des emplois permanents à leurs participants. Pour favoriser le roulement et la participation d’un maximum de jeunes, ce volet ne garantira que 6 mois de travail par année à chaque participant. Les travailleurs devront recevoir en argent comptant leur rémunération chaque deux semaines (2 fois par mois). La rémunération en argent comptant aura des avantages considérables en milieu rural qui connaît souvent une rareté d’argent.

 

2-Le Micro-finance-jeunes: ce deuxième volet du Plan vient compléter le premier. Il constitue la phase ultime qui permet aux bénéficiaires du volet « Travaux publics » de graduer de l’assistance sociale pour devenir financièrement autonome. Au bout de leur 6 mois de service au sein des travaux publics, les jeunes qui n’ont toujours pas retrouvé un emploi sur le marché du travail en Guinée seront encouragés à opter pour le volet micro-finance-jeunes. L’objectif de ce volet est d’améliorer l’accès aux services financiers pour les jeunes et de proposer des services de microcrédit en vue de promouvoir l’entreprenariat des jeunes.

 

Les principes de fonctionnement : techniquement, le volet « Micro-finance-jeunes » se composera de deux éléments : le prêt et la formation. Les prêts attribués dans le cadre du volet « Micro-finance-jeunes » doivent répondre aux caractéristiques suivantes:

  1. Aucune garantie en nature ou en argent ne sera requise pour les demandes de prêt;
  2. Les demandeurs d’un prêt doivent soumettre au Comité d’évaluation présent dans leur Quartiers ou CRD le projet d’affaires qu’ils veulent faire financer;
  3. Le Comité d’évaluation analyse les projets soumis, fait des propositions d’améliorations, et transfert les projets finaux pour approbation par la Coordination centrale du volet « Micro-finance-jeunes » ;
  4. Les bénéficiaires signent l’accord de prêt et les fonds sont alors transférés en compte bancaire, ou déboursé en argent comptant, au niveau des Quartiers et CRD;
  5. Finalement, tous les bénéficiaires de prêts doivent obligatoirement suivre une formation trimestrielle dispensée par une équipe de formation au niveau de leur Quartiers ou CRD. Au cours de ces sessions de formation, ils auront l’occasion de partager les problèmes qu’ils rencontrent et d’avoir des conseils.

Mes très chers compatriotes,

En mettant en œuvre les deux volets du « PLAN TRAVAIL POUR TOUS », non seulement nous offrons du travail à tous et nous nous attaquons de manière concrète aux causes profondes de la misère et du désespoir des jeunes, mais de plus, nous offrons à toutes les familles guinéennes une dignité humaine indispensable pour tout épanouissement social.

Tel qu’indiqué dans le Rapport publié par la LDRG en Septembre 2015 sur la mise en œuvre d’un système de protection sociale en Guinée, le coût du PLAN TRAVAIL POUR TOUS s’élève à $44 millions par an. Un fonds spécial financé par la diaspora guinéenne, le fonds minier guinéen, et les sommes mobilisées dans la lutte contre la corruption devra être dédié à ce GIGANTESQUE PLAN qui est appelé à mobiliser toute la nation.

Guinéennes et guinéens,

Tout au long de cette adresse, j’ai d’abord partagé avec vous le témoignage poignant d’un citoyen qui a vécu et continu à vivre les rudes réalités de la jeunesse guinéenne. Puis, je vous ai présenté le PLAN TRAVAIL POUR TOUS destiné à relever le gigantesque défi du chômage des jeunes en Guinée. C’est un plan composé de deux volets : le volet travaux publics et le volet micro-finance-jeunes. J’ai détaillé techniquement la mise en œuvre et le financement de ce PLAN. Finalement, il ne reste plus que sa mise en œuvre.

La mise en œuvre de ce PLAN ne dépend pas seulement de la LDRG, mais surtout de chacun d’entre vous. Ce plan ne nous appartient pas. Nous invitons le gouvernement et l’opposition à s’en saisir. S’ils ne sont pas capables de le mettre en œuvre, alors vous savez au moins désormais que la solution pour l’emploi de masse en Guinée existe. Elle s’appelle : La Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée (LDRG).

Je vous remercie de votre aimable attention.

Mamadou Oury Diallo

Président de la LDRG

Tag(s) : #Société-Guinée, #Economie-Guinée, #Guinée, #Afrique, #Africa