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1. La hausse du prix du carburant: le mardi 3 août, le Gouvernement guinéen a pris la décision d’une augmentation du prix du carburant à la pompe de 9,000 GNF à 11,000 GNF par litre. Si cette décision suscite à juste titre des commentaires, cependant ce n’est quand même pas une surprise dans la mesure où depuis le début de l’année elle était annoncée. Dans ce concert de commentaires et de critiques souvent populistes, il est important de savoir apprécier de manière objective cette décision du Gouvernement guinéen. 

  • Premièrement, la démarche. Alors que nous sortons d’une longue période où le dialogue social était quasiment inexistant dans le pays, il est donc important d’apprécier la démarche du Gouvernement qui a consisté à associer les partenaires sociaux dans le processus qui a mené à cette décision. C’est une démarche à encourager par rapport à tous les sujets d’intérêt national. Cependant, est-ce que cette approche participative est une garantie que les prix du transport ne vont pas augmenter sur les routes du pays? Rien n’est moins sûr. De la même manière, rien n’est garanti que les policiers ne vont pas percevoir des pots-de-vin car même s’ils décident de ne pas en prendre, c’est aussi souvent les conducteurs n’ayant pas des papiers en règle qui offrent le pot. Donc, il est évident que cette démarche, aussi participative soit-elle, ne peut pas garantir que les prix des produits de premières nécessités n’augmenteront pas. 
  • Deuxièmement, est-ce que la décision d’augmenter le prix du carburant à la pompe se justifie? Sur le plan du contexte international, étant donné que le Gouvernement opte pour la flexibilité des prix des produits pétroliers, alors l’augmentation des prix du pétrole à la pompe est justifiée car les cours du baril ont augmenté relativement vite comparé à l’année dernière où le prix du baril avait chuté à cause de la pandémie.  
  • Ensuite, sur le plan socio-économique interne à la Guinée: depuis le début de la pandémie, nous avons quand même observé l’intervention du Gouvernement pour soutenir tant bien que mal les populations et les entreprises les plus vulnérables. Naturellement, pour un pays ayant des ressources très limitées, cette intervention du Gouvernement ne peut non seulement pas être de long-terme, mais de plus, une austérité budgétaire s’impose immédiatement pour maîtriser les dépenses publiques. Parmi ces dépenses publiques, il y a naturellement la subvention aux hydrocarbures qui doit aussi diminuer. Donc, sur le plan socio-économique interne, cette augmentation des prix à la pompe est aussi justifiée. 
  • Finalement, sur le plan strictement budgétaire, est-ce que l’augmentation du prix du carburant à la pompe est justifiée? Au regard du Budget de l’année 2021 de l’État Guinéen, la première observation qui s’impose est le fait que la plupart des ministères, y compris la Primature, ont fait des efforts de réduction de leurs dépenses. Des ministères aussi importants que ceux de l’Agriculture, de l’Énergie, et de la Santé ont vu leur budget diminuer drastiquement. À la seule exception des ministères de la Défense, de la Sécurité, et de l’Administration du territoire, pratiquement tous les autres importants ministères ont connu une baisse de leur ligne budgétaire. Donc, il est approprié d’affirmer que le Gouvernement s’est lui-même inscrit sur une logique d’austérité budgétaire pour donner l’exemple. Ainsi, si malgré cette austérité budgétaire le Gouvernement enregistre des pertes de 140 milliards GNF par mois à cause des subventions aux hydrocarbures, alors, oui, l’augmentation des prix à la pompe est justifiée. 

Pour conclure sur ce point, il apparaît donc de manière très objective que, de la démarche participative du Gouvernement à l’austérité budgétaire, en passant par le contexte international et le contexte socio-économique interne, l’augmentation du prix du carburant à la pompe est justifiée en Guinée. Naturellement, non seulement ce n’est pas une décision populaire, mais de plus, mon analyse ici n’est pas une analyse politique. Je n’analyse pas ici ce qui a conduit le pays à la situation actuelle. C’est une analyse d’une décision politique en fonction des faits actuels et immédiats. Le seul grand défis du Gouvernement sera, non seulement de maintenir un dialogue social de qualité, mais aussi, d’offrir des mesures d’accompagnement à faible portée budgétaire aux populations et aux secteurs d’activités qui souffriront de cette décision.

2. La résurgence des cas de Covid-19 et les nouvelles mesures gouvernementales: suite à la résurgence des cas graves de Covid-19 dans la sous-région, et en Guinée, le Président de la République a annoncé de nouvelles mesures restrictives, y compris le couvre-feu et les rassemblements de plus de 50 personnes. Avec la disponibilité des vaccins anti-Covid-19, il est évident que nous ne sommes plus dans le même scénario que l’année dernière. Cependant, non seulement la Guinée ne produit pas de vaccin, mais de plus, la situation est urgentissime. C’est dans ce sense qu’il faut apprécier la promptitude de la réaction du Président de la République dans la gestion de cette crise sanitaire. C’est une énorme vague qui est en train de s’abattre sur l’Afrique parce que, à cause de l’insuffisance des vaccins dans nos pays, nous sommes encore très loin de l’immunité collective. Il est donc très important de re-actualiser toutes les mesures de distanciation sociale en fonction de la capacité à se procurer et à vacciner massivement nos populations. Naturellement, dans cet effort, c’est toute les couches sociales et économiques du pays qui doivent à nouveau se remobiliser. Cette situation est beaucoup plus grave et urgente que l’augmentation des prix du carburant à la pompe. Quoique, cela aussi est important.

Ceci est une analyse la plus objective possible de ces deux nouvelles. Nos sympathisants nous font confiance parce que justement nous avons toujours su garder cette capacité à démêler le vrai du faux et à dire la vérité lorsque l’opinion se demande où se donner la tête.

M.O.D

Tag(s) : #Economie-Guinée, #Politique-Guinée, #Afrique de l'Ouest