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Guinéennes et guinéens,
Mes très chers compatriotes,
Alors que notre nation est sur le point de célébrer ses 63 années d’indépendance, le moment est plus que jamais à la rétrospection collective afin de bien nous rassurer, à l’occasion de la transition ouverte depuis le 5 septembre 2021, de tirer toutes les leçons utiles de nos déboires des 63 dernières années caractérisées par des régimes politiques tyranniques, une prédation sans limite de nos ressources publiques, et une ethnicisation à outrance de la vie politique. Le résultat est sous nos yeux : précarité, extrême pauvreté, défaillance du système de santé publique, défaillance du système éducatif, défaillance des infrastructures de base, paralysie de l’État, et accroissement phénoménal des inégalités entre les élites corrompues et le peuple opprimé. Après 63 années d’indépendance, c’est à cela que nous sommes arrivés en tant que nation. Cela n’honore aucun guinéen, surtout pas nos devanciers ayant choisi la liberté en misant gros sur les prochaines générations que nous sommes pour les honorer. 

Mes très chers compatriotes,
Je suis cependant convaincu qu’il n’y a point de mal dont il ne naisse un bien. À condition qu’on accepte enfin de reconnaître que le problème sous-jacent à tous les échecs de notre nation est la « personnalisation » et « l’ethnicisation du pouvoir politique ». Au fil des années, la personnalisation et l’ethnicisation à outrance du pouvoir politique ont fini par transformer les luttes politiques en luttes ethniques, ne laissant plus aucune place à la raison, la solidarité et l’intérêt général, qui sont le firmament du progrès de toute société. Des camps politico-ethniques se sont constitués, et chaque camp joue le tout pour le tout à chaque élection car, notre système politique est tel que, quiconque gagne les élections aura tout gagné ; et quiconque les perd, n’aura rien et ne sera rien. Alors le sang ne cesse de couler, les morts se comptent par centaines, et les opprimés continuent à souffrir dans leur âme et dans leur chair. Au sortir de onze années d’un autre régime ethnocentrique voyou et prédateur, nous voilà donc convoqué à nouveau par le destin, depuis le 5 septembre 2021, à une transition où la seule véritable question consiste à savoir « est-ce que nous sommes enfin prêts à en finir avec ces querelles ethnico-politiques stériles de pouvoir ? ».

Guinéennes et guinéens,
Au sein de la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée (LDRG), non seulement nous avons toujours eu la conviction qu’aucun guinéen ne mérite de mourir pour le pouvoir parce qu’en réalité « le pouvoir se partage » ; mais de plus, nous avons mené durant plusieurs années des travaux de recherches approfondis afin trouver le système politique de partage de pouvoir qui correspond exactement à une nation caractérisée par une formidable diversité ethnique et linguistique comme la nôtre. Aujourd’hui donc, avec cette Déclaration numéro 5 de la LDRG, je me fais le devoir de partager à nouveau avec vous nos propositions pour le contenu d’une Constitution qui dotera notre pays d’un système de partage de pouvoir où chaque composante de notre nation sera associée, du niveau local au niveau central, aux processus de décision et de gestion de notre pays. 

Tout d’abord, il est important de lever quelques équivoques. Contrairement à ce que pensent plusieurs acteurs, le partage du pouvoir ne veut pas dire d’avoir un Gouvernement d’union nationale d’acteurs politiques pour se partager le gâteau comme nous avons l’habitude de le voir souvent en Guinée. Il ne s’agit pas non plus de dire « on donne l’Assemblée nationale à la forêt, on donne la Primature à la Basse-Côte, etc ». Ceux qui pensent que c’est cela le partage du pouvoir se trompent. En effet, pour un pays comme la Guinée, composé de plusieurs communautés ethniques, le partage du pouvoir doit se manifester à quatre (4) niveaux :

• Premièrement, au niveau régional : il s’agit non seulement de transférer des pouvoirs et des ressources additionnelles aux régions, mais de plus, de faire en sorte que les gouverneurs de chacune des 8 régions administratives du pays soient désormais élus par les populations de leurs régions respectives. Avec ce schéma, les populations locales ont une première garantie que ce sont elles qui décident des politiques locales qui impactent directement leur quotidien quel que soit celle ou celui qui sera à Sékoutoureya. De même, un Président de la République sera constitutionnellement contraint de tenir compte de cette réalité régionale pour diriger le pays. Le Rwanda par exemple a un système de ce genre.

• Deuxièmement, au niveau du code électoral : il s’agit de modifier le mode de scrutin pour les élections présidentielles afin que ne puisse être élu comme Président de la République que le candidat du parti politique ayant obtenu au second tour de la Présidentielle, non seulement plus 50% des voix au niveau national, mais aussi, un quota minimum de 10% des voix dans chacune des 8 régions administratives du pays. Dans un scénario où le candidat ayant obtenu plus de 50% des voix ne remplit pas le critère des 10% dans chaque région, son adversaire sera déclaré Président élu si ce dernier rempli le critère de 10% dans chaque région. Finalement, dans le scénario où aucun des candidats ne remplit le critère de 10% dans chaque région, la Cour Suprême invalidera le second tour des élections et un nouveau scrutin sera organisé dans un délai de 90 jours. Avec cette clause, non seulement les partis politiques d’envergure nationale seront dans l’obligation d’avoir des représentants dans toutes les régions, mais de plus, il y aura peu de chance que des candidats extrémistes qui prônent la division ethnique puissent accéder à la Magistrature Suprême de notre pays. Le Nigéria par exemple a un mode de scrutin de ce genre.

• Troisièmement, au niveau du pouvoir législatif : il s’agit d’introduire une seconde Chambre au sein de l’Assemblée nationale. Au sein de cette seconde Chambre y siégera des Sages. Contrairement au Parlement qui sera composé de députés élus au suffrage direct, les Sages seront élus par les Conseils des collectivités locales. Chacune des 8 régions administratives du pays devra fournir le même nombre de Sages au sein de cette seconde Chambre de l’Assemblée nationale. Ça sera donc une Chambre à composition équitable. Cette seconde Chambre de l’Assemblée nationale aura un rôle important à jouer dans la validation de la nomination des Juges de la Cour Suprême, du Chef d’État-major général des armées, du Gouverneur de la Banque centrale, du Président de la Commission électorale nationale indépendante, et de l’éventuel Directeur général de l’Organe national anti-corruption. C’est toujours le Président de la République qui nommera ces hauts commis de l’État, cependant ils devront désormais être approuvés par les Sages. De même, cette seconde Chambre de l’Assemblée nationale sera consultée en seconde lecture de tous les projets de lois référendaire, de découpage des circonscriptions électorales, et du code électoral. Ainsi, cette seconde Chambre à composition équitable sera une garantie additionnelle pour toutes les composantes de la nation quant à leur participation aux processus d’élaboration des lois et de nomination des plus hauts fonctionnaires de l’État quel que soit celle ou celui qui est à Sékoutoureya. Ce système existe dans plusieurs pays de la sous-région, y compris en Sierra-Leone, au Ghana et au Nigéria.

• Quatrièmement et finalement, au niveau du pouvoir exécutif : le Chef du parti politique majoritaire au Parlement devra obligatoirement et constitutionnellement devenir le Premier ministre. Si le parti politique majoritaire au Parlement est le parti du Président de la République, en ce moment le Président de la République nommera un premier ministre issue de son parti. De même, 60% des membres du Gouvernement devront obligatoirement et constitutionnellement provenir du Parti politique majoritaire au Parlement. Cependant, les 40% restant des membres du Gouvernement devront obligatoirement et constitutionnellement provenir par ordre de représentativité des partis politiques de l’opposition représentés au Parlement. Il s’agira donc d’un Gouvernement de grande coalition. Avec ce schéma, non seulement toutes les composantes de la nation seront représentées au sein du Gouvernement, mais de plus, une fois les élections terminées, les partis politiques seront contraints de travailler ensemble sur les projets qui les rassembles au bénéfice de l’ensemble de la nation. Nous ne connaîtrons quasiment plus de manifestations politiques intempestives dans les rues car tout le monde sera au travail jusqu’aux prochaines élections nationales. 

Guinéennes et guinéens,
Ce système politique de partage du pouvoir que je viens d’énoncer existe dans plusieurs pays et il fonctionne bien dans des sociétés comme la nôtre. Avec ce système de partage de pouvoir nous parviendrons à dépersonnaliser le pouvoir politique, car le pouvoir politique ne se concentrera plus aux mains de quelques-uns ; il sera plutôt dans les mains de plusieurs. Le partage du pouvoir est la solution pour notre nation. Pour ma part, depuis la période de transition de 2008, je n’ai jamais cessé de divulguer cette bonne nouvelle afin d’ouvrir les yeux, les oreilles et les cœurs de mes compatriotes sur sa véracité. J’ai notamment consenti 41 jours de jeûne, 215 km de marche, et j’ai récolté à ce jour 1629 signataires pour que cette nouvelle république de partage du pouvoir voit le jour sur nos terres de Guinée. 

J’ai consenti ce modeste sacrifice personnel parce que je suis très conscient que le partage du pouvoir va bien au-delà de règles constitutionnelles. Afin qu’un système de partage de pouvoir fonctionne correctement, il faut déjà que chacun de nous ai le cœur à vouloir partager. Car pour partager une chose, non seulement il faut savoir se reconnaître en l’autre; mais aussi, il faut vouloir pour l’autre le même bien-être que l’on désir pour soi-même. Aujourd’hui donc, en ce moment décisif de notre histoire, j’exhorte encore une fois chaque composante de notre nation à dompter ses doutes et ses craintes pour faire place au pardon et à la bonté. Les fruits du pardon et de la bonté seront une abondance de bénédictions pour notre nation toute entière.

Je conclurai cette adresse aujourd’hui en vous invitant à méditer sur une citation de l’écrivain et philosophe Français Ernest Renan. Il a dit « ce qui constitue une nation, ce n’est pas de parler la même langue ou d’appartenir à la même ethnie ; c’est d’avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore ensemble dans l’avenir ».

Je vous remercie de votre aimable attention. Et bonne fête nationale!

Mamadou Oury Diallo
Président de la LDRG

Tag(s) : #Afrique de l'Ouest, #Guinée