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Ce 22 septembre 2022 à New York, après un compte-rendu sur l’état de la transition présenté par le Médiateur désigné pour la Guinée, la CEDEAO a décidé d’adopter les sanctions suivantes envers la République de Guinée :

  1. Le rappel pour consultations par les États membres de la CEDEAO de leurs ambassadeurs accrédités auprès de la République de Guinée ;
  2. La suspension de toute assistance et transaction financière en faveur de la Guinée par les institutions financières de la CEDEAO, notamment la BIDC; et
  3. Des sanctions ciblées à l’encontre des hautes autorités de la transition (le gel des avoirs financiers, et l’interdiction de voyager).

Suite à cette autre vague de sanctions de la CEDEAO envers la Guinée, c’est d’abord un sentiment d’incompréhension qui nous anime au sein de la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée (LDRG). 

Tout d’abord, depuis l’avènement de la transition en Guinée le 5 septembre 2021, Conakry n’a jamais adopté une attitude de défiance envers la CEDEAO. Tout au contraire, non seulement les autorités de la transition se sont employées à l’ouverture des frontières terrestres avec les pays voisins de la Guinée; mais de plus, elles ont maintenu les engagements de la Guinée partout où la CEDEAO a besoin d’aide pour garantir la paix et la sécurité dans la sous-région, notamment dans le pays frère du Mali. De plus, depuis le 5 septembre 2021 la Guinée a adopté une galanterie diplomatique irréprochable en accueillant toutes les missions de la CEDEAO dans le respect et la dignité. Ce sont là les raisons pour lesquelles nous sommes animés d’un sentiment d’incompréhension car le régime qui prévalait en Guinée avant le 5 septembre 2021 violait, entre autres, le Traité de la CEDEAO pour la libre circulation des personnes et des marchandises ainsi que la Charte Africaine des droits de l’homme et des peuples. Pourtant la CEDEAO n’avait jamais songé à imposer des sanctions à la Guinée à l’époque. Est-ce à dire que la CEDEAO préfère que prévale pour toujours en République de Guinée des régimes voyous?

Lorsque la CEDEAO avait accédé le 3 juillet 2022 à la demande des autorités de la transition en Guinée de changer et désigner un nouveau Médiateur pour la Guinée, plusieurs observateurs à l’époque avaient estimé que la CEDEAO avait finalement adopté une ligne de « compréhension et d’accompagnement » en lieu et place de la traditionnelle ligne de « réaction et sanctions systématiques ». Il est évident que l’épidémie de changements non-constitutionnels de pouvoir qui s’est abattu dans la région ces dernières années n’est pas venue de l’appétit au pouvoir de quelques jeunes officiers. En décidant d’adopter une nouvelle vague de sanctions envers la Guinée, la CEDEAO démontre à nouveau sa déconnection réelle par rapport aux réalités sociologiques dans la sous-région : 

  • Pourquoi sanctionner des jeunes officiers qui luttent courageusement contre la criminalité économique dans le pays réputé être le plus corrompu de la sous-région? 
  • Pourquoi sanctionner des officiers qui cherchent à mettre fin à l’impunité dans un pays qui n’a jamais connu d’État de droit? 
  • En demandant aux Nations Unies de sanctionner la Guinée, est-ce que la CEDEAO veut inviter le Procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI) à ne plus effectuer le déplacement pour assister à l’ouverture du procès des crimes contre l’humanité de Septembre 2009 en Guinée? Pourtant c’est bien sous ce régime de transition en Guinée que les décisions politiques de tenir le procès des crimes contre l’humanité et des crimes économiques a lieu. 

Le retour à l’ordre constitutionnel n’est qu’un volet parmi tant d’autres de la transition en Guinée. Nous ne parlons pas ici de la transition au Tchad, au Burkina Faso ou au Mali. Nous parlons ici de la transition en République de Guinée car chaque pays à ses propres réalités. Mais selon toute vraisemblance, la CEDEAO continue son aliénation des réalités sociologiques propre à chaque pays, au risque de devenir elle-même un facteur d’instabilité et de crise dans la sous-région. C’est donc un sentiment de déception qui vient se rajouter au sentiment d’incompréhension qui nous anime aujourd’hui.

Qu’à cela ne tienne, tout en gardant une attitude courtoise et galante envers les pays frères de la sous-région, cependant il est utile de rappeler chacun à sa place et à ses limites. En s’attaquant ainsi de façon aussi vulgaire aux plus hautes autorités de la transition en Guinée, on s’attaque au peuple de Guinée et à sa dignité. Ceci n’est pas tolérable. La République de Guinée est un pays souverain qui n’a aucune vocation à tolérer des injonctions extérieures qui ne vont pas dans l’intérêt supérieur de ses populations. Ce n’est ni en 1960 ni en 1974 que la République de Guinée a acquis son indépendance, mais plutôt en 1958. Depuis 1958 la République de Guinée établit des relations de coopération d’égale-à-égale avec l’ensemble des nations libres de ce monde. Il s’agit là de relations beaucoup plus anciennes que celles avec la plus part des pays de la sous-région. Subir une vague de sanctions incompréhensibles de la part de la CEDEAO n’altèrera donc en rien les liens et les relations qui existent entre la République de Guinée et les autres pays libres de ce monde. Cette vague de sanctions de la CEDEAO n’altèrera non plus en rien l’ouverture de la Guinée envers la CEDEAO et l’Union Africaine, toutes deux des institutions dont nous sommes membres fondateurs.

En guise de conclusion, la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée (LDRG) recommande :

Aux autorités de la transition en Guinée : 

  1. À garder la sérénité dans la conduite de la transition et dans le déroulement des dix points prévus dans le calendrier du retour à l’ordre constitutionnel;
  2. À considérer la brouille avec la CEDEAO comme étant une brouille temporaire tout en gardant la même attitude courtoise et galante envers les pays frères;
  3. À renforcer la coopération bilatérale et multilatérale tous azimuts avec l’ensemble des pays membres des Nations Unies; et
  4. À garantir l’apaisement, la paix et la sécurité pour le peuple de Guinée.

Aux acteurs sociopolitiques guinéens :

  1. À rejoindre le nouveau cadre de concertation inclusif;
  2. À privilégier des solutions guinéennes aux problèmes guinéens; et
  3. À soutenir les réformes engagées par les autorités de la transition.

À la CEDEAO :

  1. À reconsidérer sa position sur la Guinée; et 
  2. À soutenir les efforts des autorités de la transition en République de Guinée pour mettre fin à la criminalité économique et à l’impunité, ainsi que pour le retour à l’ordre constitutionnel. 

Mr Mamadou Oury Diallo
Président de la LDRG

 

Tag(s) : #Guinée, #Afrique de l'Ouest