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Il serait difficile de se reconnaître dans des assertions telles que “la colonisation est un mal nécessaire”, surtout lorsque nous avons suffisamment foi en la loi de la nature selon laquelle chaque communauté d’individu, non seulement, a sa propre définition de l’Évolution et du Bonheur, mais de plus, est en perpétuelle Adaptation et Mutation par rapport à son environnement. Cependant, je reconnais profondément que la colonisation a mis les communautés africaines devant un fait historique.

 

Ce fait historique est, tout d’abord, l’avortement d’une multitude de civilisations en herbe par les conquêtes impérialistes ; puis, la perturbation de l’ordre ancien et l’imposition d’un nouvel ordre par la colonisation ; et au final, l’obligation pour les communautés africaines de devoir réinventer des rapports sociaux nouveaux en vue de la pérennité des nations, hétérogènes pour les besoins de la colonisation, héritées.

 

Cinquante années après ce fait historique, c’est aussi, pour la Guinée, cinquante années de cohabitation, cinquante années de conscience collective, cinquante années d’auto-gouvernance et, encore aujourd’hui, la toute jeune nation guinéenne est Une et Indivisible. Rien d’extraordinaire en cela. Néanmoins, il serait utile de rappeler quand même que la cohabitation est un exercice laborieux de « tolérance » au sein d’un ensemble de communauté, ce qui est loin d’être donné à toute société.

 

Que ça soi le génocide Rwandais, l’Apartheid en Afrique du Sud ou même le cas du Kosovo, il apparaît clairement que la cohabitation est toujours sujet à des épreuves de résistance allant des pires crimes aux divorces des communautés cohabitantes.

 

En situation de cohabitation, le sort d’une nation n’est jamais scellée à moins que la tolérance soi érigée en symbole et valeur commune. En effet, malgré que même au sein d’un groupe généralement homogène la tolérance soit requise pour toute continuité en harmonie, cependant, il y a lieu de reconnaître que l’exercice de cohabitation s’avère logiquement plus aisé en face d’un groupe d’individu culturellement homogène qu’un ensemble de groupes culturellement hétérogène. 

 

Il n’est à rappeler à personnes que la Guinée telle que héritée de la colonisation se compose de quatre groupes de communautés et à chaque groupe est associé une région naturelle : les soussous en basse côte, les peulhs au fouta djallon, les malinkés en haute Guinée et les forestiers en Guinée forestière. Cela, tout en rappelant aussi que, non seulement chacun des groupes traîne ses propres caractéristiques culturelles, mais de plus, chaque groupe de communauté regorge aussi d’un certain nombre de sous-communautés.

 

Cinquante années après la reconnaissance de la Guinée comme nation à part entière dans ses frontières héritées de la colonisation, le constat a déjà été fait : la nation guinéenne est Une et Indivisible. Cependant :

 

  1. Il y a-t-il lieu d’affirmer que la cohabitation entre les différents groupes de communauté est totalement digérée ?

 

  1. Il y a-t-il lieu d’affirmer que les groupes cohabitants sont sur la bonne voie quant à « la culture de la tolérance ? »

 

  1. Au final, qu’est-ce qu’être guinéen pour chacun des groupes ?

 

1-La cohabitation est-elle digérée ? : Pour ce qui est de savoir si la cohabitation est digérée, tout d’abord il serait nécessaire de définir ce qu’est une cohabitation digérée. A mon sens, une cohabitation digérée est une cohabitation :

 

  • Au sein de laquelle aucun des groupes ne cherchent à se soustraire ;

 

  • Où chacun des groupes a accepté de connaître un destin commun avec les autres ;

 

  • Où chacun des groupes est conscient de ses propres caractéristiques par rapport aux autres.

 

Au regard de ces critères, il y a lieu de se féliciter que la nation guinéenne soi Une et Indivisible car, durant un demi siècle de cohabitation, aucun groupe de communauté n’a manifesté un signe de cessation, et l’idée d’avoir un destin commun est totalement partagé. Cependant, quant à savoir si chacun des groupes est conscient de ses propres caractéristiques par rapport aux autres, il serait hasardeux de répondre par l’affirmative car, s’il est possible pour un guinéen de connaître les caractéristiques de son propre groupe, les caractéristiques des autres groupes lui sont encore vagues et cette faute est imputable aux deux premières républiques, aux sociologues, géographes, politiciens, historiens ainsi qu’au système éducatif guinéen.

 

2- Les groupes cohabitants sont-ils sur la bonne voie quant à la « culture de la tolérance » ? : Pour ce qui est de savoir si les groupes cohabitants sont sur la bonne voie quant à « la culture de la tolérance », à ce niveau aussi il serait important de pouvoir définir auparavant ce qu’est la tolérance. A mon sens la tolérance exprime :

 

  • La disposition d’un groupe à accepter et respecter la différence ;

 

  • La disposition d’un groupe à faire des concessions ;

 

  • La disposition d’un groupe à reconnaître, à avoir la force de demander pardon et de pouvoir pardonner.  

 

Au regard de ces critères, il apparaît qu’en Guinée aussi, malgré une cohabitation digérée et la laïcité de l’Etat, la tolérance connaît de très rudes épreuves. En effet, durant les cinquante années de cohabitation, chacun des groupes à connu des exactions, les uns plus que d’autres, selon que le pouvoir politique est détenu par l’un ou l’autre des groupes.

 

Ainsi, quant à la disposition d’un groupe à accepter et respecter la différence, elle n’a pas toujours été de rigueur dans la mesure où la première république est sous accusation d’oppression envers les autres groupes, notamment les peulhs ; la deuxième république est sous accusation d’oppression envers les autres groupes, notamment les malinkés ; et encore aujourd’hui, le refus et le rejet de la différence est perceptible des plus petites structures aux plus grandes structures de la société guinéenne.

 

Pour un guinéen, nier cette réalité apparaîtra comme une tentative d’auto-thérapie psychologique de sa propre culpabilité.

 

Quant à la disposition à reconnaître cette réalité, à avoir la force de demander pardon et de pouvoir pardonner, voilà où nous en sommes aujourd’hui car des thèmes comme « Concertation Nationale, Réconciliation Nationale et Gouvernement d’Union Nationale » portent encore un grand intérêt pour l’ensemble de la nation.

 

Apparaît alors la difficulté d’affirmer que la nation guinéenne est sur la bonne voie quant à « la culture de la tolérance », dans la mesure où nous continuons à observer un dialogue intergroupe de sourds. Pendant que certains manifestent une fervente volonté à faire face à la vérité historique, d’autres pensent que ce n’est pas le bon moment. Pendant que certains réclament réparation, d’autres réhabilitent ce qui a été l’horreur pour ses cohabitants.

 

Après cinquante années de cohabitation, faut-il donc penser que la « tolérance » est encore un mot plus fort que le guinéen ?

 

Il ne serait pas fondé de répondre par l’affirmatif dans la mesure où la nation guinéenne toute entière, grâce à l’expansion des NTIC, à l’expérience de nos pays frontaliers et à la dégradation continue de ses conditions de vie, à accouchée douloureusement, en janvier 2007, d’une nouvelle société guinéenne consciente qu’il existe des vérités beaucoup plus objectives que celles que nous dictent nos instincts ethnocentriques.

 

Ce 17 janvier 2007, soussous, peulhs, malinkés et forestiers étaient tous d’accord sur « le même concept de changement et sur les moyens de l’apporter. » Si la nation guinéenne toute entière est capable de se mettre d’accord sur le même concept de changement en tant que moyen d’obtenir le bien être de l’ensemble, alors qu’est-ce qui l’empêcherait d’être d’accord sur des notions telles que “ Réconciliation Nationale ” et “Gouvernement d’Union Nationale” comme moyen d’obtenir le même bien être de l’ensemble.

 

Aujourd’hui, il apparaît nettement que seule la volonté politique, pour des raisons cruellement politiques, fait défaut à la culture de la tolérance, à la Réconciliation Nationale et au véritable changement telle que la population guinéenne l’a exprimée en janvier 2007. En effet, ce blocus de la classe politique s’exerce à deux niveaux : au niveau de l’Etat et du gouvernement, mais surtout au niveau de l’opposition politique guinéenne.

 

L’Etat et le gouvernement constituent un frein dans la mesure où, non seulement l’appareil étatique s’est reconverti en appareil répressif et dictatorial, mais de plus, le gouvernement s’emble plutôt se plaire dans l’exacerbation et la division ethnique, seul gage de son maintien au pouvoir ; 

 

Malgré que beaucoup d’opposants politiques scandent « Réconciliation Nationale », il n’en apparaît pas moins que l’opposition politique guinéenne constitue aussi, dans ses méthodes et fondements, un frein à la culture de la tolérance dans la mesure où, non seulement elle devrait être la mieux qualifiée pour exprimer et matérialiser l’opinion populaire, mais de plus, les formations politiques elles-mêmes sont ethnocentriques.

 

Cependant, aujourd’hui, la mode politique veut que soi blasphème toutes qualifications ethnocentriques sur les formations politiques. Alors, par peur de blasphémer, qu’on nous édifie sur les véritables démarcations et caractéristiques des différentes formations politiques guinéennes. Est-ce leur caractère libéral ou social ? Est-ce la personne de leur chef de parti ? Est-ce leur caractère régional ou ethnocentrique ? Qu’on nous en édifie par peur de blasphème.

 

On oubli souvent que l’opposition politique doit être une classe de rechange permanente du gouvernement. Elle doit avoir son point de vue sur tous les sujets de la société et proposer des solutions aux différents problèmes d’un pays. Il y a des actions si importantes, si urgentes et si nobles qu’on n’a vraiment pas besoin d’être chef d’Etat pour les engager, je pense notamment à la Réconciliation Nationale. Oui ! L’opposition politique guinéenne est à encourager dans le sens où elle à toujours privilégiée le dialogue et la cohabitation, mais au lieu de jouer au ridicule en scandant sur tous les toits « j’ai un peulh !j’ai un malinké !j’ai un soussou ou un forestier dans ma formation politique », pourquoi ne pas envisager le ralliement pur et simple des deux ou des trois principales formations politiques pour répondre aux aspirations de changement que la population à exprimée en janvier 2007 ?

 

Voilà la limite de nos politiques ainsi que toute leur responsabilité dans le danger qui guète la patrie aujourd’hui. Peut-être aussi que ce n’est que de la politique comme le Kenya à été, en janvier 2008, l’un des théâtres les plus abominables de l’exercice de la politique en Afrique : après avoir entraîné, pour des raisons cruellement politiques, les deux principales ethnies du pays dans un conflit portant un bilan de 1500 morts, les deux dissidents politiques ce partagent tranquillement le pouvoir aujourd’hui, l’un chef de l’Etat et l’autre premier ministre. Que deviennent les 1500 morts ? Cruelle politique !

 

En Guinée, heureusement que nous n’en sommes pas encore arrivé là, mais au niveau où nous en sommes aujourd’hui, la culture de la tolérance et la réconciliation nationale apparaissent d’ailleurs comme les meilleurs moyens d’obtenir le changement exprimé par la population guinéenne. Mais voyez-vous, envisager le ralliement de l’UFDG avec le RPG ou l’UFR ou l’UPG, c’est comme demander à un singe de traverser la rue et de s’embarquer pour le bureau : nous avons l’impression que ce monde n’existe pas dans leur dimension.

 

Ainsi, lorsque l’opinion publique parle de la nécessité d’émergence d’une nouvelle façon de concevoir et de faire de la politique dans nos cités, elle fait justement allusion à cette classe politique pour laquelle le ralliement d’un grand parti peulh avec un grand parti malinké ou soussou ou forestiers est non seulement envisageable, mais de plus, avant d’être accueilli comme acte politique en vue de la conquête d’un quelconque pouvoir politique, cella apparaîtra d’abord comme une participation directe à la Réconciliation Nationale et à la Culture de la Tolérance entre groupe de communautés cohabitantes. Que des militants peulhs, malinkés, soussous et forestiers se respectent et défendent un même projet : c’est déjà la réconciliation nationale que nos politiques redouteraient tant ! Il la redoute parce que tout simplement cela suppose « le tous pour Un et le Un pour tous » afin de vaincre le PUP. Le problème n’est pas “vaincre le PUP”, car c’est certainement l’objectif des principaux partis politiques guinéens, mais c’est surtout le fait de savoir qui sera ce “Un” ?

 

Cher(e)s compatriotes, autant il est facile de lire ce qui a été écrit il y a un siècle, autant il est difficile pour nous de lire ce que nous sommes entrain d’écrire. Cependant, les sociétés qui ont su donner un sens à leur histoire sont celles qui, à un moment donné, ont su leur mission et pu faire attention à ce qu’elles écrivaient.

 

Aujourd’hui, mise à part les rudes réformes économiques à engager, la problématique guinéenne devient de plus en plus complexe : Justice et réparation pour les victimes de la première république, justice et réparation pour les victimes de la deuxième républiques et fondation d’une troisième république assise sur des valeurs telles que « tolérance, solidarité, justice et travail ».

 

Pour ma part, je suis fermement convaincu que la nation guinéenne a suffisamment de ressources pour faire face à cette problématique, et encore plus, je suis certain que le moment est venu pour notre génération de faire face à l’histoire et d’accomplir sa mission. Notre mission n’est point d’édifier des buildings ou des gratte-ciels, notre mission principale est l’édification d’une république assise sur la justice, la tolérance, la solidarité et le travail. Le prix à payer est connu de tous : sacrifier l’intérêt personnel et donner jusqu’à sa vie pour l’édification de ce soubassement dont nos postérités devront hériter. Le choix est simple, soit nous nous sacrifions, soit nous sacrifions nos enfants.

 

Si le Gouvernement et la classe politique guinéenne continuent à privilégier les luttes ethniques et politico-politiciennes, il n’y a aucun doute que nous connaîtrons des expériences comme celles du Kénya, dans ce cas nous leur garantissons, non seulement qu’ils feront face demain à ce qu’ils ont consciemment ignoré aujourd’hui, mais de plus, contrairement au Kénya : Quelqu’un payera pour les crimes.

 

3-Qu’est ce qu’être guinéen pour chacun des groupes : Pour ce qui est de savoir ce qu’être guinéen pour chacun des groupes, je n’ai aucunement la prétention de m’arroger le droit de répondre à la place de mes consoeurs et confrères, mais je sais une chose : je suis guinéen.

 

Dédié à l’esprit de la négritude : Aimé Césaire

 

« Vive la voix de la jeunesse guinéenne, vive la tolérance, pour que vive une Guinée nouvelle »

 

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