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Joyeux anniversaire à vous aimables lectrices et chers lecteurs. Vous vous demanderez certainement que vous valent ces vœux ? Pour tout vous dire, il est très probable que je ne connaisse pas le jour de votre anniversaire, mais permettez moi quand même de vous souhaiter un joyeux anniversaire.

 

En effet, vous n’y avez certainement pas pensé, mais c’est l’année de votre cinquantenaire ; vous aurez 50 ans au cours de cette année 2008. Waooh !

 

Voilà cinquante ans que la Guinée indépendante vie, n’est ce pas formidable de commencer dès maintenant, avec vous, à fêter ce cinquantenaire ? Se raconter les gaffes de l’enfance, les troubles de la jeunesse et les soucis de la maturité.

 

Voilà que les prochaines lignes de ce petit texte promettent, et sachez que c’est un grand honneur pour moi de fêter ce cinquantenaire, particulièrement avec vous.

 

A l’époque de l’enfance (1958-1984) : nous étions ci beaux, ci innocents et ci fiers car nous venions d’arracher, de la manière la plus respectable,  notre indépendance longtemps confisquées par ces messieurs qui n’arrêtaient pas de nous réduire, à chaque fois que l’occasion se présentait, à des sujets. 

 

Te rappelles-tu encore de ce jour, le 02 octobre 1958, lorsque nous avons proclamé au maître cette légendaire phrase : « Nous préférons la liberté dans la pauvreté, à l’opulence dans l’esclavage ». Le maître, en rentrant à Paris,  tellement qu’on l’a décoiffé, a oublié son chapeau à Conakry. Partout où on parlait de liberté, partout où il fallait défendre des droits, partout où il fallait défendre des peuples colonisés : nous étions là.

 

Oh ! Reconnais-le, à l’époque tout cela était vraiment amusant.

 

J’allais oublier, te rappelles-tu également de cette époque sombre, à l’enfance, où la confiance n’existait plus entre nous ? Le « Camp Boiro » fut bâti et chacun de nous y a passé un sale petit instant. En fait, ce qui m’a beaucoup gêné à cette époque, c’est le fait qu’on ai commencé à découvrir nos différences.

 

Tu te rappelles certainement de nos quatre meilleurs amis : l’un s’appelait « Peul », on le qualifiait de traître et on l’a même attribué un complot à la suite duquel beaucoup de membres éminents de sa famille furent condamnés ; le second s’appelait « Soussou » et il n’a non plus échappé ; le troisième quand à lui, tellement qu’il était malin, on l’a appelé « Malinké », mais malgré tout il n’a pas échappé ; et même « Forestier », notre ami qui était très sérieux, y passa.

 

Franchement, pour tout te dire, je n’ai pas du tout aimé cette époque sombre de notre enfance, mais je suis prêt à demander pardon et je te prie d’accepter mes excuses pour tous les tors que j’ai commis et tous les dommages que je t’ai causés. Et toi ?

 

Puis, l’époque de la jeunesse arriva (1984-2007) :

Un monsieur armé est devenu président et nous étions content de sortir de cette enfance qui pesait beaucoup sur nous, on n’arrivait même plus à s’amuser. Puis, te rappelles-tu, c’était en 1990, nous avons voté une loi fondamentale qui garantissait nos libertés et droits fondamentaux ? Rappelles toi bon sang ! C’était à cette époque précise que nos frères ont commencé à former des associations qu’on appelle partis politiques et qui était interdites à l’époque de notre enfance. Je vois que tu te rappelles. Nous chantions, dansions et fleuretions comme bon nous semblait. On appelais cela « le Vent de la Démocratie ».

 

Je me rappelle encore des élections présidentielles de 1994-1999, nos quatre amis « peuls », « soussous », « malinkés » et « forestiers », chacun avec sa famille, voulait prendre le siège du monsieur armé qui était président. C’était vraiment un jeu dangereux, car il y avait des insultes et des bagarres à tout moment.  Mais il paraît que c’est comme ça qu’on apprend la « Démocratie ». Et bizarrement, lors des présidentielles de 2003, nos amis n’ont même pas fait bagarre pour le siège du monsieur armé, il paraît que ça aussi c’est la Démocratie.

 

De toute façon, comme on venait de sortir de l’enfance et du camp Boiro, sincèrement, moi je m’en foutais éperdument, pourvu qu’on me laisse frimer et faire mon petit commerce tranquillement, et toi ?

 

Je ne sais pas si c’est pareil pour toi, mais au fur et à mesure de notre jeunesse nous avons commencé à remarquer une dégradation des voies et moyens de communications, de nos hôpitaux, de nos écoles et universités qui étaient tant réputées. Je me rappel à cette époque que nous avons effectué une sortie nocturne avec une torche pour éclairer la rue, tellement l’électricité faisait défaut. Pire que tout, je me rappel lors d’un certain vendredi, il était l’heure de la prière et j’ai voulu prendre mes ablutions pour me rendre à la mosquée implorer le Tout Puissant sa clémence, mais il n’y avait aucune goûte d’eau au robinet. A cette époque, la jeunesse commença à devenir un vrai enfer pour moi, et toi ?

 

Je me rappel, à cette époque, à chaque fois qu’on se retrouvait pour une bouffée d’aire, tu t’interrogeais :

 

  • Pourquoi les 500 Fg qui étaient considérés comme beaucoup d’argent ne valaient plus rien ?

 

  • Pourquoi le prix du carburant qu’on mettait en voiture pour aller danser était de plus en plus cher ?

 

  • Pourquoi le prix du sac de riz, principal aliment de base à l’époque, dépassait le salaire de certains fonctionnaires ?

 

  • Pourquoi la tonne de ciment pour construire nos maisons était intouchable ?

 

  • Pourquoi, à chaque fois qu’il fallait se rendre à l’administration publique, il fallait apporter un gros pot de vin ?

 

  • Pourquoi nos amis étaient tous devenus des drogués et des alcooliques ?

 

  • Pourquoi c’est seulement les plus riches qui avaient raison ?

 

  • Pourquoi, malgré la bauxite, l’or, le diamant, l’uranium, le fer, l’ardoise, les cours d’eau, …, pourquoi malgré toute ces richesses la Guinée n’avançait pas ?

 

Bizarrement, à chaque fois que nous avons voulu chercher des réponses à ces interrogations, le monsieur armé qui est président disait a ses amis, tous armées jusqu’aux dents, de nous chasser de sa porte. Je me rappelle encore de nos frères qui ont reçus des balles à Télémélé, le 25 novembre 2005, pour avoir manifesté contre la dégradation de leurs établissements scolaires ; de même, beaucoup de nos frères et sœurs ont été abattu en juin 2006 pour les mêmes raisons. 

 

A cause de toutes ces galères et répressions répétitives, nos amis sont tous partis, au risque de leur vie, à l’aventure dans la sous-région, pour l’Europe ou les USA. Ils m’ont beaucoup manqués, pas toi ?

 

Notre jeunesse c’était tout cela, et c’est en ce moment que nous avons commencé à comprendre qu’il fallait que ça change, qu’il fallait quelqu’un de plus responsable à la place du monsieur armé qui était président. Puis le 17 janvier 2007 arriva, c’était à la veille de notre maturité, alors nous avons tous réclamé le départ du monsieur armé qui était président. Même nos amis « peuls », « soussous », « malinkés » et « forestiers » qui se battaient entre eux ce sont joints à nous pour chasser le monsieur armé du siège de président.  Mais hélas ! Le monsieur armé a laissé froidement ses amis, tous armés jusqu’au dents, tirer à balles réelles sur nous. Nous avons perdu plus de 180 des nôtres dans cette réclamation de nos droits, ce fut un véritable massacre. Te rappelles-tu de nos voisins qui ont été violé chez eux cette nuit ?

 

Le monsieur armé qui est président, pour calmer le jeu à changer son gouvernement d’alors et nous a demandé de faire le choix de celui qui va travailler avec lui. Nous avons accepté, mais sans véritable choix. Depuis lors, rien n’a changé et le gouvernement que nous avons choisi n’arrivait même pas à signer un petit décret, les massacreurs de nos amis se moquent de nous dans la rue, les voleurs circulent en grande pompe et le prix du sac de riz n’a pas baissé. C’est dans ce contexte que nous avons atteint l’âge de la maturité.

 

L’âge de la maturité (2008):

A présent, tu ne peux tout de même pas me dire que notre enfance et notre jeunesse ne nous ont pas suffisamment appris. Ça y est ! Nous sommes enfin matures, nous allons souffler nos bougies du cinquantenaire le 02 octobre 2008. Vois-tu combien l’école de la démocratie est longue et semée d’embûche. Pourtant, selon un vieux sage de l’Asie, Mao, c’est cela la logique des peuples : « lutte, échec ; nouvelle lutte, nouvel échec ; nouvelle lutte encore, et cela jusqu’à la victoire finale ».

 

  • Oh Reconnais-le ! quand nous étions enfants, nous pensions qu’il fallait juste proclamer « Indépendance » pour l’être réellement ;

 

  • Oh Reconnais-le ! quand nous étions jeunes, nous pensions qu’il suffisait de voter une « Loi fondamentale » pour voire nos droits fondamentaux garantis ;

 

Au moins nous aurons compris, comme André Fontaine, que : « la Liberté et la Démocratie sont aussi fragiles que rares ; elles sont à la merci du premier viol. Elles ne seront sauvées que s’il se trouve assez de démocrates pour en mesurer le prix et accepter de le payer ».

 

Alors, à présent j’aimerais te poser quelques questions :

 

·        As-tu compris ce qu’est la Démocratie ?

 

·        As-tu compris que pour qu’on n’abuse pas du pouvoir, il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête  le pouvoir ?

 

  • As-tu bien mesuré le prix de la Démocratie, ou est-ce qu’il faut d’autres carnages humains pour t’en persuader ?

 

  • Es-tu prêt(e) à payer le prix qu’il faut, ou alors préfères-tu laisser cette tâche à tes enfants ?

 

  • Es-tu prêt(e) à conquérir tes droits fondamentaux, ou alors préfères-tu vivre exilé en esclavage ?

 

  • Es-tu prêt(e) à te battre pour la justice, ou alors préfères-tu que la loi du plus fort soi règle dans ta patrie ?

 

  • Es-tu prêt(e) à conquérir ton indépendance, ou préfères-tu continuer à subir la mondialisation ?

 

  • Es-tu vraiment prêt(e) à reprendre, oui ! à reprendre la lutte ?

 

Moi, oui ! car, aujourd’hui,  j’ai suffisamment d’engrais pour planter l’arbre sacré de la justice, de la réconciliation nationale, de la solidarité, de l’amour d’autrui et de la démocratie, cet arbre sacré dont l’ombre profitera à nos postérités le jour de la délivrance.

 

Crois-tu que j’y arriverai ? En tout cas ton aide me sera fort utile où que tu sois….

 

Encore une fois, Joyeux Anniversaire mon ami(e) et saches que je suis pressé de te revoir après tant d’années de séparation.

 

Fraternellement !

 

« Un bâton est facile à casser. Dix bâtons sont durs comme fer »

 

« Vive la voix de la jeunesse guinéenne, vive la sauvegarde de l’indépendance, pour que vive la République de Guinée »

 

Mamadou Oury Diallo

Tag(s) : #Société-Guinée