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1- La Pagaille ad hoc

Pour taire les querelles entre fauves, suffirait-il de leur jeter un os prématurément fossilisé ?

Je crois que le but de cette commission, et partant sa raison d'être, est d'évaluer en toute objectivité l'état d'avancement des travaux de mise en application du chronogramme devant aboutir aux élections en fin d' année 2009. Si l'on peut, à juste raison, remettre en cause son utilité en ce sens, il faut lui reconnaitre le mérite de s'être trouvé une autre vocation : celle de réconcilier pour l'intérêt supérieur de la nation. Et Dieu sait que je ne fais pas allusion à celle entre forces vives et Dadis.

Non mais, vous imaginez-vous, nous aurions bien pu transporter les querelles du net au sein de cette «noble pagaille» que les adversaires du Keyboard Boxing d'autrefois auraient transformé en ring de Kick Boxing, puisqu'étant physiquement (et non virtuellement) face à face cette fois. Un siège! C'est tout ce qu'il fallait pour oublier les promesses de règlement de compte qui nous ont laissé sur notre faim, nous les curieux.

Disons donc merci à la commission ad hoc pour avoir réussi cette réconciliation aussi superficielle que les intentions des réconciliés. Quelqu'un qui déclare, publiquement, soutenir un autre (qu'il reniera aussitôt que ce dernier est déchu) à cause de son patronyme, peut-il être capable d'objectivité? Ou alors un autre qui ne veut rien savoir du chronogramme pourrait-il l'évaluer objectivement? Mais il y'a pire : peut on représenter ceux avec lesquels l'on ne s'entend pas? Internet ou ailleurs, si l'on ne peut parler au nom de ses propres amis (ou ex-amis), peut -on représenter des inconnus qui se trouvent à l'autre bout de la planète ?

Bon je n'aime pas colporter des rumeurs, ceux qui veulent plus de détails ou qui auraient manqué des épisodes légendaires du net peuvent toujours fouiller dans les archives de certains sites Guinéens (période de référence Février 2007 - Juin 2009) vous y découvrirez des gracieusetés inoubliables de certains de «nos représentants» qui ont installé M.Tall. Ah oui ! Il faut reconnaitre qu'ils ont d' abord « discuté » (ce qui est très surprenant) pour obtenir le siège, bien entendu. Nous guinéens qui ne comptons pas pour beaucoup, qui valons un siège de temps à autre, nous les guinéens étrangers partout, pouvons effectivement pousser ensemble un gros ouf de soulagement (de désolation pour être réaliste). Ne connaissant pas M. Tall qui va occuper le siège vide pour nous, je me permets de l'encourager à se cramponner à ce siège comme nous le faisons si bien au pays. Autrement, vive la guerre ad hoc ! Et nous allons perdre la face devant les vrais guinéens. Ne laissez pas le fauteuil vous échapper, encore moins la commission mourir !

2- Encore des Audits.

« Tous ceux qui ont géré les biens de l'État pendant les 24 ans du régime de feu président Lansana Conté et les six mois de CNDD au pouvoir passeront devant la commission d'Audit. Cette opération sera sanctionnée par des décisions administratives et juridiques »

Serait-on en train de nous dire que le CNDD attendra les résultats de ces audits pour sanctionner les coupables. En supposant qu'un mois suffirait pour auditer chaque année Conté, cela prendrait 24 mois pour 24 ans ainsi le CNDD devrait rester au minimum deux autres années au pouvoir sinon, elle ne peut prétendre que l'opération sera sanctionnée par quelque décision car rien n'engage ceux qui lui succéderont (éventuellement), après les élections, à le faire.

En tout cas si l'idée de relancer les audits avait pour motivation de diviser les guinéens (un peu plus) et de donner un nouveau souffle aux inconditionnels du CNDD, l'on peut dire que c'est réussi.

Combien de temps cela va durer ? C'est çà la question!

Nul ne peut remettre en cause l'importance de ces audits dans la dynamique du changement en cours à plus forte raison prétendre qu'ils ont inutiles. C'est un passage incontournable et obligatoire pour la construction d'une Guinée nouvelle. Cependant, si ces audits doivent être menés comme les précédents, en faisant défiler des personnes devant une certaine commission, alors que l'on parle clairement d'enquêtes sur des personnes bien déterminées. À moins que cela n'aie une autre signification en Guinée, un audit consiste en règle générale à diagnostiquer un processus, un programme, un système, des méthodes de gestion etc. En vue d'en dégager les déficiences, dysfonctionnements et autres insuffisances. C'est au terme de cet exercice, que l'on essaie de situer les responsabilités des uns et des autres, notamment les gestionnaires, et l'on s'intéresse habituellement au niveau d'autorité des uns et des autres et des politiques mises en place par eux.

En Guinée-Conté, l'autorité se résumait pratiquement à sa personne, la notion de contrôle (interne ou externe) n'a jamais fait partie du langage administratif. Tous les gestionnaires rendaient compte, essentiellement, au chef et non au peuple à travers l'assemblée nationale qui, de toutes les façons était aussi à la merci de l'exécutif. Il serait donc une erreur monumentale que de vouloir résumer ces audits à une campagne de recouvrement des ressources volées à la population sans apporter les correctifs qui s'imposent aux insuffisances qui ont favorisé ces pratiques que nous connaissons tous. Le CNDD a certes recouvré d'importantes sommes d'argent à travers la première vague d'«audits» mais les tares de l'administration Guinéenne ont-elles été corrigées pour autant?

Souaré disait qu'à la découverte de fonds dormants aux USA, la seule utilité qu'il leur avait trouvée, après consultations avec ses pairs et les cadres du ministère, consistait en l'Achat d'une soixante de véhicules dont une douzaine fut remise à Conté qui, en retour, lui en a offert deux. Ceci n'étant qu'un exemple entre autres bien évidemment, l'on doute des compétences et de la probité morale de ce cadre mais, dans le cadre strict des audits et abstraction faite de l'éthique en gestion de la chose publique, que pourrait-on reprocher à Mr Souaré ?

- De n'avoir pas investi ces fonds dans un projet d'intérêt national ?
- D'avoir remis douze véhicules à Conté et d'avoir accepté un cadeau en retour ?
- D'avoir volé l'argent?
- D'avoir désobéit aux instructions qui lui ont été données, pour s'offrir deux véhicules?

À quelle autre instance devait-il rendre compte? Autrement dit, de Souaré et Conté qui devrait être audité? En vertu de quelle loi et pour quelle infraction ?

Ceci pose encore une fois la question d'autorité, de responsabilité, de contrôle et de loi?
Après les grands scandales financiers, notamment celui d'Enron, les USA, grâce aux lois SOX (Sarbannes et Oxley) entres autres, ont réglé le problème une fois pour toute. En rendant responsable et comptable devant la loi, toute personne, de par son rôle ou ses fonctions, impliquée dans un processus de traitement de l'information financière et ce pour toute malversation qui impliquerait sa part des tâches dans ce processus. Ainsi, le programmeur qui bâtit le système informatique, le coursier qui achemine le courrier etc... sont aussi comptables que les dirigeants d'une organisation donnée. D' où l'obligation, pour les organisations américaines, de mettre en place des mécanismes de contrôle interne rigoureux afin de définir et délimiter les responsabilités ainsi que l'autorité (pouvoir) de chacun au sein du tout.

Chez nous, il y' avait des DAF (directeur administratif et financier) qui rendaient directement compte au président de la république sur des dossiers auxquels leurs ministres de tutelle n'étaient pas associés, certains directeurs de cabinets avaient pour rôle essentiel la surveillance de leur ministres au compte de la présidence ou de leur bienfaiteur dans le gouvernement. Peut-on ainsi tenir pour unique responsables les individus qui ont été à la tête des départements visés par les audits sans s'intéresser à la présidence de la république et aux autres paliers de l'administration?

Par ailleurs, vouloir user des audits comme moyen de disqualification d'anciens gestionnaires dans la course au pouvoir, c'est vouloir les réduire à la simple expression : d'outils de règlements des comptes. Au finish, l'on ne fera que remplacer certains par d'autres qui ont gouté à la même pourriture.

Autre exemple : lorsque vous faites la demande d'un document administratif ou judiciaire, disons un passeport ou un certificat de résidence, l'agent de l'état conserve une bonne partie sinon l'essentiel des frais payés pour usage personnel. Il s'agit ici de faibles montants comparativement à ceux détournés des grand projets d'investissement mais le principe demeure le même et la pratique est générale. La chèvre broute au pied de l'arbre auquel elle est attachée (c'est de culture guinéenne).

Faudrait-il sanctionner et disqualifier tous les fonctionnaires guinéens?

Outre l'humiliation et l'argent (qu'ils continuent de verser) de certains individus, quel est l'impact des premiers audits sur l'administration, quels sont les leçons qui ont été tirées? Certains de nos compatriotes sont simplement déçus de n'avoir pas été conviés à un certain spectacle à l'issu de la première vague d'audit. L'on peut lyncher ou griller tous les voleurs de la nation tel que suggéré par Tiégboro, c'est un choix qu'il faut faire ! C'est certainement avec ce genre d'attitude que nous réussirons à bâtir une nation de surcroit démocratique.

Autrement, les audits ne doivent donc en aucun cas servir de prétexte pour repousser les élections. S'il faut attendre que le CNDD sanctionne tous les voleurs, autant lui demander de rester, au bas mot, pour vingt cinq autres années.

3- Mon plaidoyer (ou proposition de solutions concrètes, par respect pour les douaniers du net)

L'institutionnalisation d'un Organe autonome, chargé des audits -J'en avais parlé dans un texte intitulé : « Audits Si, mais au nom de la patrie : arrêtons les calculs ».

Dans ce texte j'avais fais mention :
Des coûts de ces audits auxquels (plusieurs de nos compatriotes ont récemment fait allusion), du temps qu'ils allaient durer, du rôle du CNDD qui ne peut être juge et partie, même si l'on prétend de nos jours qu'appel sera fait à des firmes internationales, tous les comptables de formation ou de profession connaissent certainement l'expression : combien veux-tu que ça fasse. Comme pour dire que l'information est souvent présentée selon les besoins du client qui demeure le juge. Si les mois ou années CNDD doivent être audités ce dernier serait-il capable de sanctionner ses membres et partant d'auto-flagellation ?

C' est pourquoi j'avais plaidé pour l'institutionnalisation d'un Organe autonome, doté de tous les pouvoirs et moyens requis au même titre que le CNC ou La CENI et autres, afin de diligenter les audits.

Le CNDD et le gouvernement actuel peuvent obtenir l'engagement solennel et formel des forces vives (donc des partis politiques aussi) quant à la survie de cette institution, à son autonomie et son rattachement à la future assemblée nationale. Quitte à faire de cet engagement, devant le peuple, une condition pour aller aux élections. Dadis pourrait éventuellement occuper la tête de cette institution après les élections et ainsi continuer la moralisation de la chose publique qui semble lui tenir tant à cœur. Et peut être que la présence de membres du CNDD au sein de cet organe permettrait de s'assurer du soutien des forces de sécurité et de l'armée afin de pallier à toute tentative de boycott de la part des nouveaux gouvernants.

La création d'un tel organe qui sera doté d'un budget de fonctionnement (renouvelable périodiquement) nous évitera aussi d'engager des sommes colossales à court ou moyen terme dans une campagne d'audit qui, outre l'utilité sociopolitique qu'elle revêt, risque de s'avérer un autre gouffre financier pour la nation. Il pourra négocier des contrats dont les échéances s'étaleront sur plusieurs périodes en tenant compte de son budget. Ceci nous pouvons l'exiger tous ensemble, Dadis peut le faire s'il est sérieux, les forces vives (ou ce qui en reste) peuvent le proposer comme ils l'ont fait pour la commission ad hoc au lieu de déclarer en catimini que le CNDD veut jouer les prolongations.

Il faut se le dire, rien ne garantit que l'état sera en mesure de recouvrer les fonds détournés, certains cas remontant à il y' a très longtemps et les ressources dilapidées depuis belle lurette. Peut-être que, si nous sommes chanceux avec les recouvrements, nous pourrons à peine payer les honoraires des cabinets d'audits contractés.

Quoiqu' il en soit, nous Guinéens devrions accepter de nous soumettre à cet exercice d'arbitrage entre ce que nous voulons et la meilleure façon d'y parvenir. Nous avons cette manie d'observer les choses d'un seul bout de lorgnettes tout en accusant les autres de monophtalmie ou de mauvaise foi. L'on s'obstine à choisir entre peste et choléra alors que nous pouvons chercher des remèdes aux deux.

Les audits sont d'une nécessité vitale pour notre futur, reste à définir la meilleure façon de les mener. Parmi les solutions possibles, celles qui consistent à régler les comptes des anciens sont les moins utiles au peuple (économiquement et socialement); autant dire que toute personne ayant travaillé dans l'administration guinéenne ne peut prétendre à d'autres fonctions. La pourriture était générale et elle l'est toujours!

Je reste convaincu que ce sont des institutions qu'il nous faut en lieu et place d'instructions d'hommes, fussent-il des messies et quelque soient leurs bonnes intentions, aux allures de dictateurs. D' où, à mon avis, la nécessité d'aller aux élections afin que le peuple puisse choisir ses représentants et sanctionner ceux qui doivent l'être, d' une part, et parce que le CNDD semble plutôt préoccupé par le maintien de Dadis au pouvoir, en adoptant de mesures populistes, au lieu de chercher des solutions permanentes à certains des multiples problèmes guinéens, au moins en respectant ces engagements. Il est temps de passer à autre chose ne serait ce que pour alléger l'atmosphère, de crises récurrentes, qui règne sur le pays.

-L'assemblée (internationale) des guinéens vivants à l'extérieur

Face à cette prolifération de commissions et de clubs de négociation au pays, j'invite mes compatriotes, encore une fois, à taire leurs querelles improductives et à se mobiliser autour d'une structure crédible et représentative.

Nous devons absolument mettre en place une structure au sein de laquelle toutes les sensibilités politiques, associatives et autres, peuvent élire ou désigner des représentants. Une sorte d'assemblée qui, lorsque nécessaire, pourra choisir ceux et celles qui seront les interlocuteurs de Conakry, entant que dignes représentants des compatriotes vivant à l'extérieur au sein des commissions qui ne cessent de naître. Si nous ne pouvons y parvenir, alors arrêtons de nous plaindre d'être mal représentés puis souffrons que les médiocres et autres bouffons parlent en notre nom.

Le Guinéen, où qu'il soit, doit apprendre à choisir ceux qui le dirigent ou représentent, c'est à la fois un droit et un devoir.

Réfléchissons-y !
LA GUINÉE D'ABORD


Boubacar Barros Diallo
barrosdiallo@hotmail.com

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