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afrique1Malgré tous les maux qui l'accablent encore, le lion africain s'est mis en mouvement et ose de plus en plus se comparer aux fameux tigre chinois et éléphant indien.

Tim Turner ne sait que trop bien que chaque fois qu'il commence à parler de l'Afrique à un public non averti, il éveille des images de pauvreté, de famines, d'épidémies, de guerres, de corruption, de dictature et d'exploitation par des puissances étrangères. «Tout cela est vrai et le restera probablement encore longtemps, malheureusement», a admis d'emblée, en entrevue au Devoir, cette semaine, le directeur du secteur privé et de la microfinance à la Banque africaine de développement (BAD). «Mais il y a aussi une autre histoire qu'on entend rarement raconter: celle du vent de développement qui a commencé à souffler sur le continent.»

Qui sait, en effet, qu'avec un taux de croissance moyen de presque 5 % par année, de 2000 à 2008, l'Afrique s'est classée troisième région au monde pour son dynamisme, derrière les fameux pays émergents d'Asie (8,3 %) et ceux du Moyen-Orient (5,2 %)? On aurait pu craindre que la Grande Récession vienne casser ce bel élan. Or, il n'en a rien été, note-t-il, d'une part parce que l'économie africaine restait moins connectée que les autres à l'économie mondiale, mais aussi parce que les forces en marche sont considérables.

Canadien d'origine, Tim Turner a d'abord été banquier d'affaires à New York et Londres avant de passer à la BAD il y a une quinzaine d'années. Il était conférencier à la 5e édition du Forum Africa, un rendez-vous biennal de quatre jours qui réunissait, jusqu'à hier, à Montréal, des investisseurs et des entrepreneurs de l'Afrique et du Canada.

La croissance économique des dernières années n'est pas seulement attribuable à l'exploitation des fabuleuses ressources naturelles dont regorge le continent, observe-t-il. Ces activités ne comptent que pour un quart du total, le reste étant bien distribué entre le commerce de gros et de détail, l'agriculture, le transport et les télécommunications, l'industrie manufacturière ou encore la construction.

Du pain sur la planche

Les possibilités de croissance restent immenses. Disposant déjà d'une population dépassant le milliard d'individus, jeunes pour la plupart, l'Afrique verra ce nombre continuer de grossir les prochaines années et dépasser l'offre de la main-d'oeuvre aussi bien chinoise qu'indienne. La moitié de cette population vivra dans des villes. Presque autant disposera d'assez d'argent pour pouvoir acheter autre chose que des biens de première nécessité. Outre ses ressources pétrolières et minières que l'on sait, l'Afrique abrite, entre autres, 60 % des terres arables inexploitées du globe, les meilleurs sites de développement de l'énergie solaire et les plus grandes ressources hydroélectriques inexploitées, fait valoir Tim Turner.

Ce développement requerra de l'énergie, des routes, des ports, des usines, des écoles... que de plus en plus d'investisseurs étrangers — notamment des pays émergents — s'offrent à construire et à gérer. Cette participation étrangère reste nécessaire parce que les gouvernements et investisseurs privés africains ne disposent souvent pas encore des fonds et de l'expertise pour mener des chantiers d'une telle ampleur, observe le banquier. De plus en plus de pays africains apprennent, cependant, comment négocier avec ces investisseurs étrangers afin de bénéficier du maximum de retombées économiques et sociales.

Le rythme de progression reste toutefois très inégal entre les pays africains et les obstacles au développement du continent restent nombreux, rappelle Tim Turner. Les infrastructures minimales sont souvent manquantes, l'inefficacité bureaucratique demeure rampante et il reste souvent plus compliqué de faire du commerce entre deux pays voisins qu'avec la Chine ou l'Europe.

Certains retards peuvent toutefois devenir des avantages, observe le banquier. Ils ont notamment permis aux Africains de faire l'impasse sur la construction de coûteux réseaux terrestres de télécommunication et de directement passer aux nouvelles technologies sans fil. Ils leur offrent aussi la chance de prendre directement le train du développement durable et des énergies vertes et de se catapulter ainsi du dernier rang au peloton de tête.

«L'Afrique a tout ce qu'il faut pour devenir le prochain grand pôle de développement sur la planète, conclut Tim Turner. Les défis seront nombreux, mais les possibilités sont immenses.»

Source: http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/330984/l-afrique-au-dela-de-la-misere

Tag(s) : #Afrique de l'Ouest