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afrique1Au sud du Sahara, le risque de voir une élection présidentielle se tenir dans l'indifférence générale est proche du zéro absolu. Les taux de participation, sauf exception, sont à la mesure des espoirs suscités par l'usage de la démocratie. Avec des présidents qui ont tendance à s'attarder au pouvoir, et des taux de croissance élevés (près de 6 % en moyenne) qui peinent à avoir un impact sur le niveau de vie des populations, le désir de changement, dans un continent abonné il y a encore vingt ans aux pouvoirs autoritaires, s'accomplit en priorité dans les urnes.

Ces scrutins, parfois, s'accompagnent de violences. Ces cas sont minoritaires. Pour une crise postélectorale sanglante comme en Côte d'Ivoire (3 000 morts), près d'une dizaine de présidentielles ont lieu sans encombre chaque année. Toutes, cependant, déclenchent des passions. 2012 ne fera pas exception. Même dans les pays les plus stables où les scrutins, dans le passé, ont déjà permis des alternances démocratiques dans des conditions respectées par l'ensemble des candidats, l'approche des élections fait monter la tension.

C'est le cas au Sénégal, où la présidentielle du 26 février 2012 est déjà l'objet de délicates questions. Abdoulaye Wade (85 ans), au pouvoir depuis 2000, veut se présenter pour un troisième mandat, en s'appuyant sur la lecture que fait son parti de la Constitution (qui limite à deux le nombre de ces mandats, sans que soit clairement expliqué à partir de quel moment cette disposition entre en jeu), contrairement à l'avis de l'opposition.

Au Mali voisin, en revanche, le chef de l'Etat, Amadou Toumani Touré ("ATT"), 63 ans, quittera le pouvoir après la présidentielle d'avril sans chercher à tordre le cou aux textes fondamentaux. Pour prix de cette autodiscipline, "ATT" devrait entrer dans le groupe des "sages d'Afrique", ces chefs d'Etat qui ont accepté de s'incliner sans s'accrocher au pouvoir, pour le bien de leur pays, et qui se voient confier des missions de médiation à travers le continent, où campagnes tendues et scrutins contestés ne disparaîtront pas en 2012.

Certains pays demeurent des zones d'ombre électorales. En Angola, où Jose Eduardo Dos Santos, 69 ans, est au pouvoir depuis 1979 - mais le pays n'est en paix que depuis 2003 -, une présidentielle est envisagée en 2012. Se tiendra-t-elle ?

Au Zimbabwe, une présidentielle pourrait être organisée au premier trimestre. C'est du moins ce que le président, Robert Mugabe, 87 ans, a promis, en affirmant qu'il prendrait bientôt la décision d'en fixer la date, sans consulter ses partenaires de l'opposition dans le gouvernement de coalition. Pour que les choses soient claires, le chef de l'Etat, au pouvoir depuis 1980, a déclaré : "Dès que j'aurai annoncé cette date, tout le monde suivra." L'accord de partage du pouvoir avait été instauré après le gigantesque fiasco de la dernière élection présidentielle, où l'opposition avait boycotté le second tour suite aux violences infligées à ses sympathisants par les services de sécurité.

Autre pays où les processus électoraux riment avec violence, le Kenya retourne aux urnes pour des législatives et une présidentielle, fin décembre 2012, avec de nombreuses incertitudes. Ce pays d'Afrique de l'Est a beau en être à son cinquième scrutin depuis le retour au multipartisme, en 1991, la politique y reste une affaire ethnique et après la dernière présidentielle, des violences ont fait 1500 morts. Les poursuites engagées contre des responsables politiques, qui pourraient comparaître devant la Cour pénale internationale (CPI) avant le nouveau scrutin, auront peut-être un effet calmant sur une classe politique qui n'hésite pas à créer des troubles pour pousser ses intérêts.

Cela ne garantit pas qu'un scrutin de "transition" assure l'avenir. Exemple en Sierra Leone, qui a déjà voté depuis la fin d'une guerre civile infiniment plus meurtrière que toutes les élections (50 000 morts de 1991 à 2002). Comment le scrutin présidentiel, qui devrait avoir lieu en novembre, va-t-il se dérouler ? De septembre à décembre 2011, les rassemblements politiques avaient été interdits dans le pays en raison de violences survenues entre partisans de différents partis. La Sierra Leone, qui vient d'exporter sa première cargaison de minerai de fer, va voir ses ressources minières décoller dans l'année (électorale) à venir. La croissance attendue du pays est évaluée à 51 % en 2012, le record mondial. Or, la prospérité en marche, en raison des ressources liées à l'exploitation des mines, au gaz et au pétrole peut s'avérer une menace pour les processus électoraux, y compris dans les pays cités en modèle.

Au Ghana, où une élection présidentielle a été annoncée pour décembre, les tensions entre partis politiques pourraient connaître un pic.

Il n'empêche : l'onde de choc des "printemps arabe" n'a pas traversé le Sahara, en partie en raison du bouillonnement des scrutins engagés au début des années 1990 après la vague politique qui a mis fin aux régimes de parti unique des décennies précédentes. Les risques induits par ce mouvement de démocratisation sont connus : la fraude accompagne encore de nombreux scrutins. En 2010, l'élection présidentielle qui a eu lieu au Congo-Kinshasa en est l'illustration.

Par ailleurs, une vague de corrections apportées aux Constitutions afin de permettre à des présidents de rester au pouvoir s'est répandue. Encore ces pays ont-ils la chance de pouvoir organiser un scrutin.

En Somalie, une alternance devrait en théorie avoir lieu en août 2012, mais elle ne devrait pas impliquer de consultation nationale. La période de transition, instaurée dans le cadre d'un processus de paix porté à bout de bras par la communauté internationale, n'a jamais mis fin à un cycle d'insurrections et de combats dans de nombreux points du pays.

Jean-Philippe Rémy

Source: http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/01/02/afrique-vent-democratique-en-2012_1622426_3212.html

Tag(s) : #Afrique de l'Ouest