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COLOMBIA-SANTOS_0.JPGCe samedi 7 août a lieu à Bogota l'investiture du nouveau président colombien. Juan Manuel Santos a été élu sur un score historique, avec 69% des suffrages. Mais le nouveau chef de l'Etat arrive au pouvoir en pleine crise régionale. Une nouvelle fois, la Colombie est confrontée à son voisin, le Venezuela.

Ce n'est pas la première fois que le ton monte entre Bogota et Caracas. Ces dernières années, les relations entre la Colombie et le Venezuela, et surtout entre leurs deux présidents Alvaro Uribe et Hugo Chavez, ont été plus que tendues. A peine élu, Juan Manuel Santos avait déclaré vouloir sortir de ce conflit latent et faire de la diplomatie « la maîtresse des relations internationales » de la Colombie.

« Je veux travailler main dans la main avec les pays voisins afin de mettre en place un agenda conjoint de coopération et d'intégration sur tous les dossiers », avait-il lancé devant une foule en liesse le soir de son triomphe électoral, le 20 juin. « Dans des relations conflictuelles il y a toujours deux possibilités : soit regarder le passé avec amertume, soit ouvrir des chemins de coopération en regardant l'avenir. J'invite à bâtir ces chemins pour le bien de nos peuples ».

Hugo Chavez : « La menace de guerre est plus réelle que jamais »

Ces intentions du futur président colombien ont certes été accueillies favorablement à Caracas. Elles n’ont cependant pas empêché Hugo Chavez de déployer entre temps 20 000 soldats à la frontière.

Tout commence fin juillet quand la Colombie accuse le Venezuela de tolérer sur son territoire au moins 1500 combattants de la guérilla des Farc. Bogota présente même des preuves, comme par exemple des images satellite et des coordonnées GPS, devant l'Organisation des Etats américains. A Caracas, la réaction ne se fait pas attendre : Hugo Chavez nie toutes les accusations en bloc et rompt immédiatement les relations diplomatiques avec la Colombie. Le chef d’Etat vénézuélien déploie des unités d'infanterie et d'aviation à la frontière car il estime «la menace de guerre plus réelle que jamais ».

La manœuvre du président sortant Alvaro Uribe

Cette nouvelle crise diplomatique est intervenue à quelques jours seulement de l'investiture de Juan Manuel Santos ce samedi 7 août. Quand le président élu est interrogé à ce sujet lors d'une conférence de presse, il préfère se taire. « En ce qui concerne nos relations avec le Venezuela, je pense que la meilleure contribution que nous pouvons faire est de ne pas nous prononcer, car le président Uribe est encore en fonctions jusqu'au 7 août », expliquait Juan Manuel Santos lors d’une visite au Mexique, le 22 juillet.

Mais pour quelle raison Alvaro Uribe a-t-il lancé cette polémique juste avant de quitter le siège présidentiel ? A Bogota et ailleurs, les spéculations vont bon train. Certains pensent que le président sortant a voulu consciemment raviver les tensions avec Hugo Chavez afin de limiter la marge de manœuvre de son successeur qui voudrait normaliser les relations entre Bogota et Caracas.

Ce n'est pas l'avis de Stephen Launay. Le maître de conférence de l'université Paris Est et spécialiste de la Colombie voit dans cette manœuvre « une stratégie qui a été assez finement agencée », entre le président sortant et le président élu. « Uribe s'en va avec l'image de celui qui a de nouveau provoqué des problèmes dans la relation avec le Venezuela. Evidemment, il n'a pas créé l'existence des groupes armés criminels colombiens qui se réfugient au Venezuela. C'est un fait que tout le monde connaît parfaitement. Mais a mon avis, il a provoqué l'incident diplomatique à ce moment-là afin de laisser la voie libre à Santos pour développer sa propre stratégie diplomatique d'une certaine manière beaucoup plus ouverte ».

Juan Manuel Santos est un personnage ambigu. S’il tend la main à Hugo Chavez aujourd'hui, il est aussi l'héritier d'Alvaro Uribe, dont il a été ministre de la Défense. Par conséquent c’est lui qui a appliqué la politique de la main de fer contre les Farc et ceux qui les soutiennent.

Le président Santos va développer son propre style politique

Pour Alvaro Uribe, la sécurité était la priorité absolue du gouvernement. Juan Manuel Santos reste sur cette ligne mais veut ouvrir son champ de vision sur d'autres domaines, comme l'éducation et tout ce qui concerne les politiques sociales.

« Juan Manuel Santos devra très rapidement prendre ces distances avec Alvaro Uribe, notamment par rapport à des dossiers épineux comme la corruption, les services secrets ou encore le clientélisme dans certains secteurs de l'Etat », explique Luis Guillermo Perez, le directeur de la Fédération colombienne des droits de l'homme. « Pour Santos, il y a une seule perspective : son ambition de se faire réélire dans 4 ans. Et le programme d'unité nationale qu'il a présenté vise avant tout à renforcer le pouvoir qu'il souhaite prendre sur l'Etat et la société. Santos doit prendre ses distances avec Uribe s'il veut se faire réélire dans quatre ans ».

Juan Manuel Santos prend officiellement le pouvoir ce samedi. La cérémonie a lieu en présence de nombreux représentants de la communauté internationale et de chefs d'Etat.

Avant la nouvelle crise avec le Venezuela, le futur président de la Colombie avait invité son homologue Hugo Chavez à son investiture.

« Chavez est imprévisible », estime Stephen Launay. « Mais on pourrait parier qu’il va se rendre à Bogota ne serait ce que pour embêter une dernière fois Alvaro Uribe ».

Source: http://www.rfi.fr/ameriques/20100807-investiture-president-santos-pleine-crise-regionale

Tag(s) : #Amérique du Nord