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kim-jong-un.jpgLe dirigeant nord-coréen Kim Jong-il, décédé en fin de semaine lors d'un déplacement, laisse à son fils et successeur Kim Jong-un un pays fermé sur le monde et ravagé par la famine.

Raymond Saint-Pierre, reporter de Radio-Canada, s'est rendu par deux fois en Corée du Nord, en 1997 et en 2001. Il a découvert un pays organisé comme une secte, un « village Potemkine » où tout est surveillé et contrôlé, jusqu'à l'image que le régime veut projeter à l'étranger.

Voyageant en compagnie d'un groupe d'aide internationale lors de sa première visite, Raymond Saint-Pierre s'est rendu dans un orphelinat où les responsables leur ont montré des enfants bien nourris et en bonne santé.

« Derrière les portes, on cachait les vraies victimes de la famine, des enfants faméliques », précise-t-il, ajoutant que dans les champs, les ouvriers mangeaient de l'herbe pour ne pas mourir de faim.

La Corée du Nord souffre d'une grave pénurie alimentaire depuis les années 1990, au cours desquelles plus d'un million de personnes sont mortes de faim. Kim Jong-il avait alors présenté cette situation comme une conséquence des inondations. Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM), un Nord-Coréen sur deux souffrirait toujours de malnutrition.

De cette situation troublante, personne n'a osé parler, pas même des étudiants d'anglais nord-coréens rencontrés dans une bibliothèque de la capitale. Ils étaient terrifiés à l'idée de discuter avec des étrangers que le régime a depuis toujours démonisés et décrits comme des espions, explique Raymond Saint-Pierre.

« La vie est propagande, les citoyens n'entendent rien d'autre. » — Raymond Saint-Pierre

Les ouvriers qui visitent la capitale, Pyongyang, doivent déposer des couronnes de fleurs au pied de la statue de Kim Il-sung, père de Kim Jong-il, mort en 1994, mais encore considéré comme le président du pays. Les affiches, la presse, la seule station de radio du pays, même la création artistique est vouée à la propagande, explique M. Saint-Pierre, comparant la Corée du Nord à la Chine des années 1950.

Selon lui, l'isolation de la population nord-coréenne a largement contribué à son endoctrinement. Kim Jong-il lui-même voyageait toujours en train par peur des avions.

Son fils Kim Jong-un, qui n'a pas encore 30 ans, a été présenté par son père comme son successeur désigné à l'automne 2010 et n'a donc eu que peu de temps pour préparer son arrivée au pouvoir. C'est le troisième et plus jeune fils de Kim Jong-il, les deux aînés ayant renoncé à succéder à leur père.

Il est jeune et inexpérimenté, d'autant plus que la Corée du Nord est un pays où l'on accorde beaucoup de respect en fonction de l'âge, souligne Raymond Saint-Pierre. Sa tante paternelle et l'époux de celle-ci, un haut gradé militaire dont l'influence est considérable au sein du régime, pourraient l'encadrer durant les premières années ou même former un triumvirat, explique-t-il.

Kim Jong-un a étudié en Suisse et est donc « sorti de la bulle » du régime, ce qui pourrait le pousser à apporter une certaine ouverture au pays. M. Saint-Pierre demeure toutefois sceptique face à la possibilité.

Une trop grande ouverture de la part d'un nouveau dirigeant pourrait effrayer les membres du régime qui sont extrêmement bornés, estime-t-il.

« Kim Jong-un ne serait alors qu'un président d'apparat avec une vraie machine derrière lui, ou sinon, on se débarrasse de lui. » — Raymond Saint-Pierre

Un modèle basé sur la Chine?

Raymond Saint-Pierre évoque aussi la possibilité que la Corée du Nord se lance sur une voie similaire à celle qu'a empruntée la Chine avec les réformes économiques du dirigeant Deng Xiaoping, dès les années 1980.

Le régime communiste pourrait décider de garder les rênes du pouvoir, mais ouvrir son marché au monde. De petits cultivateurs ont d'ailleurs commencé à vendre une partie de leur récolte, ce qu'ils n'étaient pas autorisés à faire auparavant.

Ce qui est certain, conclut-il, c'est que la Chine aura certainement son mot à dire puisqu'elle a activement participé à la guerre de Corée, dans les années 1950, pour préserver un régime communiste à ses portes.

« Les Chinois ne veulent pas que la Corée se réunifie comme l'Allemagne, parce que ça donnerait un allié américain aux portes de la Chine, conclut Raymond Saint-Pierre. Ils préfèrent avoir à leur porte un régime un peu intempestif par moments, mais qu'ils contrôlent un peu ».

Source: http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2011/12/19/005-avenir-coree-nord.shtml

Tag(s) : #Afrique de l'Ouest