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amnesty-international-1-.jpgLes forces du président ivoirien Alassane Ouattara et celles de l'ex-président Laurent Gbagbo ont commis des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité au cours des six mois qui ont suivi la présidentielle de novembre 2010, conclut un rapport publié mercredi par Amnistie internationale.

L'organisme de défense des droits de la personne dénonce notamment des exécutions sur la base de critères ethniques ou d'affiliations politiques réelles ou présumées, et des actes de violence sexuelle à l'endroit de femmes et d'adolescentes.

De l'aveu même des autorités ivoiriennes, près de 3000 personnes ont perdu la vie et un million d'autres ont dû fuir leur domicile en raison des violences qui ont éclaté lorsque le président Gbagbo a refusé de reconnaître la victoire de son rival Alassane Ouattara lors de la présidentielle du 28 novembre dernier.

Laurent Gbagbo a finalement été arrêté le 11 avril à Abidjan, à l'issue de plusieurs jours d'offensive des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI, pro-Ouattara) avec l'aide de soldats français et des Casques bleus de l'Organisation des Nations unies en Côte d'Ivoire (ONUCI).

Une femme raconte comment elle a été violée par des membres des forces de sécurité loyales à Laurent Gbagbo

« Le 19 décembre [2010], ils sont venus chez moi à Abobo au milieu de la nuit; je dormais avec mon mari et les enfants. Ils ont frappé à la porte. [...] On n'a pas ouvert. Ils ont cassé la porte. [...] Ils sont rentrés; ils étaient huit; quatre en civil et quatre corps habillés, en treillis foncés et cagoulés. Deux ont emmené mon mari dehors et six sont venus vers moi. Ils m'ont demandé de me déshabiller et lorsque je ne l'ai pas fait et ils se sont jetés sur moi. Ils m'ont tous violée à tour de rôle. Ils ont jeté les enfants par terre. Les enfants pleuraient. Moi je criais. Je ne sais pas ce qu'ils ont fait à mon mari. Après j'ai entendu deux coups de feu. Puis ils sont partis et j'ai trouvé mon mari couché dehors sur le ventre. Il était mort. Les gens qui m'ont violée m'ont dit que si je voulais me plaindre, je n'avais qu'à aller voir ADO [Alassane Dramane Ouattara]. »

Le rapport de 84 pages, écrit à partir de deux missions d'enquêtes sur le terrain entre janvier et avril 2011, note que les violations des droits et atteintes aux droits des Ivoiriens se sont poursuivies après cette arrestation.

« Une véritable chasse à l'homme a été lancée contre des partisans avérés ou supposés de l'ancien président et plusieurs hauts responsables très proches de l'ancien président ont été frappés ou maltraités pendant les heures qui ont suivi leur arrestation », peut-on y lire.

Dans l'ouest du pays, poursuit Amnistie internationale, des milliers de personnes appartenant à des groupes ethniques considérés comme favorables à Laurent Gbagbo ont fui leurs maisons et vivaient toujours dans la brousse à la mi-mai, par crainte de rentrer chez elles.

Le rapport d'Amnistie, intitulé Ils lui ont demandé sa carte d'identité et l'ont abattu, donne notamment la parole à des victimes et des témoins de massacres, de viols et de chasses à l'homme qui ont lieu en particulier à la fin de mars, dans la région de Duékoué, à près de 500 kilomètres d'Abidjan.

Une résidente de Duékoué raconte une opération des FRCI

« Le lundi [28 mars 2011], les FRCI ont eu facilement le dessus sur les FDS [NDLR: forces de sécurité pro-Gbagbo] et leurs alliés, miliciens et mercenaires libériens. Ceux-ci ont vite déserté la ville en abandonnant les civils, nous étions sans aucune protection. Le lendemain, les FRCI et les Dozos [NDLR: chasseurs traditionnels] ont pénétré dans le quartier Carrefour, ils sont entrés dans les cours et ont chassé les femmes. Puis, ils ont demandé aux hommes et aux jeunes de s'aligner et leur ont demandé de décliner leurs prénoms et noms et de présenter leur carte d'identité. Puis, ils les ont exécutés. J'ai assisté au tri qu'ils opéraient, trois jeunes hommes, dont un âgé d'une quinzaine d'années, ont été tués par balle devant moi. »

Des centaines d'hommes auraient été tués à cet endroit par les FRCI sur la base de considérations politiques et ethniques. « Avant de les tuer, ils ont demandé à leurs victimes de donner leur nom et de montrer leur carte d'identité. Certaines de ces cartes d'identité ont été trouvées à côté des corps », indique le rapport.

L'organisation critique d'ailleurs « l'inaction » de l'ONUCI, qui était « basée à seulement un kilomètre du principal lieu des tueries commises à Duékoué ».

Les forces et les milices fidèles à Laurent Gbagbo ne sont pas épargnées pour autant. L'organisation soutient notamment que des personnes ont été « brûlées vives parce qu'elles étaient musulmanes » et critique les bombardements du quartier populaire d'Abobo à Abidjan.

Un témoin raconte le bombardement d'Abobo, dans la nuit du 11 au 12 mars

« Soudain, au milieu de la nuit, vers 23 h 30, nous avons entendu un grand bruit. Un obus est tombé dans la cour d'un voisin. Une adolescente de douze ans qui dormait est morte sur le coup. Koné Toumoutou, âgée de 6 ans, et Bakary Koné, âgé de 2 ans, ont été mortellement touchés et sont décédés après avoir été transférés dans un centre de soins. Deux autres enfants de la même famille ont été blessés. Plusieurs adultes, dont la grand-mère âgée de 53 ans, ont été blessés. »

Les recommandations d'Amnistie

Amnistie internationale demande à M. Ouattara et à son premier ministre Guillaume Soro :

  • de mettre immédiatement fin aux violations des droits et atteintes aux droits de la personne commises actuellement à l'endroit de partisans supposés ou avérés de Laurent Gbgabo;
  • de rétablir l'état de droit et d'ordonner aux forces de sécurité de protéger toutes les populations, quelle que soit leur affiliation politique ou appartenance ethnique, notamment les populations déplacées et réfugiées afin que celles-ci puissent rentrer chez elles et récupérer leurs biens et leurs terres;
  • et d'enquêter de manière impartiale sur les violences commises par toutes les parties au conflit depuis décembre 2010.

L'ONG salue la décision de M. Ouattara d'inviter le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) à enquêter sur les exactions commises dans le pays.

Il rappelle toutefois « qu'aucune réconciliation ne peut être possible en Côte d'Ivoire sans que justice et réparation ne soient rendues à toutes les victimes des terribles massacres et autres violations des droits de la personne commis non seulement depuis décembre 2010, mais également durant toute la décennie passée ».

Amnisite internationale demande aussi à l'ONUCI de dépêcher des troupes dans l'ouest du pays, notamment dans les régions de Duékoué et de Blolequin, afin d'y protéger adéquatement les civils.

Source: http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2011/05/25/005-cote-ivoire-amnistie.shtml

Tag(s) : #Afrique de l'Ouest