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crimea.jpgLa difficulté pour les analystes politiques de tous les bords d'appréhender la crise Ukrainienne jusqu'à présent résidait au fait que nul n'est encore très sûr de la part de "real-politique" dans les réactions internationales. La Russie est tellement bien intégrée dans les relations et le commerce international que l’irréalisme des sanctions occidentales envers la Russie n’a d'égale que l'invasion de la Crimée par la Russie. Cependant, à présent que le président Vladimir Putin ait lui-même pris l'initiative d'appeler son homologue de la Maison Blanche pour parler de Solutions, je crois qu'il est désormais possible d'analyser la situation.

 

La crise Ukrainienne est sans aucun doute un événement majeur de ce début du XXIème siècle. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, mais surtout depuis la fin de la première guerre froide dans les années 90, l'autodétermination des peuples et l’intangibilité des frontières sont LES principes majeurs au cœur des relations internationales. En considérant la fin de la seconde guerre mondiale comme le début du décomptage, alors il est bien de souligner que c'est le respect de ces deux principes, rajouté à l'équilibre des forces, qui ont garanti une paix relative, mais mondiale, de près de 70 ans à l'humanité. Dans l'histoire du 19ème et du 20ème siècle, les changements de frontières en Europe comme la Russie vient de le faire avec l'Ukraine, notamment avec des velléités nationalistes et expansionnistes, ont souvent été des signes précurseurs de grands conflits mondiaux. On a encore en mémoire le déclencheur de la première guerre mondiale qui fut l'agression de l'Autriche-Hongrie contre le Royaume de Serbie. Encore plus fraîche, nous avons en mémoire le déclencheur de la seconde guerre mondiale qui fut l'agression de l'Allemagne contre la Pologne.

 

Avec la crise en Ukraine, il est désormais évident que "ce n'est pas la fin de l'histoire" comme le théorisait ci-bien le politologue américain Francis Fukuyama dans son analyse de la chute du mur de Berlin. Cependant, toute la question qui se pose est désormais de savoir: sommes-nous entrain d’assister à une reconstitution des grands empires? Est-ce que la nostalgie de l'URSS est aussi forte pour amener la Russie du XXIème siècle à vouloir reconquérir les pays de l'ex-URSS? Par rapport à ces deux questions, il y a une part d'irréalisme et une part de réalisme qui se joue. La part d’irréalisme consiste à se demander si la Russie est capable de reconquérir les pays de l'ex-URSS. Cela est tout simplement impossible, non seulement parce que parmi ces pays de l'ex-URSS certains ont déjà scellé leur avenir en rejoignant l'Union Européenne, mais de plus, quelques soient la renaissance de la puissance Russe, la Russie ne possède pas encore les ressources économiques nécessaires pour reconquérir et supporter le coût d'une reconstitution de l'URSS. Par contre, il n'y a aucun doute, nous assistons à une reconstitution des grands empires. L'empire Chinois se réveille et revendique un rôle de plus en plus important dans la marche du monde. L'empire Américain est encore au cœur des relations internationales. Un nouvel empire en état d'édification cherche à trouver sa place en conciliant ces contradictions internes: c'est l'Europe. C'est dans cet élan de réveil des empires que la Russie cherche aussi à s'imposer comme une puissance mondiale et à réoccuper le rang qu'il a historiquement occupé dans la marche du monde. Il n'y a rien de malsain pour un grand pays à vouloir être reconnu à la hauteur de son poids, de son histoire et de son rôle dans le monde. Même le continent Africain, la puissance le plus faible aujourd'hui, viendra le moment où, au sommet de son progrès et de sa puissance, elle revendiquera un rôle majeur dans la marche du monde en s'inspirant du rôle historique qu'il a pu jouer à un moment donné de l'histoire de l'humanité. Toute la question qui se pose désormais est de savoir par quels moyens un grand pays peut-il reconstituer sa puissance en ce XXIème siècle. Plus concrètement: est-ce que l'annexion de la Crimée fait partie de la stratégie et des plans de reconstitution de la puissance Russe?

 

À mon avis, le rattachement de la Crimée à la Russie et l'annexion des ex-pays de l'URSS ne sont aucunement dans le plan de reconstitution de la puissance Russe. Les stratèges Russes sont assez intelligents pour savoir que cela ne donnera aucun résultat positif à court, moyen et long terme pour la Russie. D'ailleurs, les pays de l'ex-URSS ne se laisseront de toute façon plus jamais dicter leur destin national. Par exemple, on imagine très mal la Russie annexer la Pologne. En réalité, l'annexion de la Crimée dévoile l'échec de la véritable stratégie de reconstitution de la puissance Russe. La reconstitution de la puissance russe telle que pensée par le Tsar Vladimir Putin repose sur son idée géniale de: l'EURASIA. Cette idée a été avancée par Vladimir Putin pour la première fois en 2011. À l'image du projet d'intégration de l'Union Européenne, l'EURASIA est un projet d'union douanière de la Biélorussie, du Kazakhstan, du Kirghizistan, de la Russie, du Tadjikistan et d'autres États qui ont fait partie de l'Union soviétique. Avec ce projet, la Russie de Putin cherche à reconstituer la puissance Russe en misant sur l'élargissement de sa sphère d'influence et en s'imposant comme le centre politique et économique des pays de l'ex-URSS. Il n'y a donc aucune velléité de la part de la Russie à annexer des pays, mais plutôt à étendre sa sphère d'influence comme le fait aujourd'hui la France avec ses ex-colonies. L'Ukraine fut donc une cible logique pour la Russie dans son projet Eurasiatique. Dans les plans de Putin, l'Ukraine occupe déjà une place considérable pour le projet de l'EURASIA. Cependant, Vladimir Putin a vue s'étioler son cher vœux de voire l'Ukraine adhérer à l'Eurasia alors que ce pays était sur le point de signer des accords de rapprochement avec l'Union Européenne et de procéder à des réformes économiques et politiques qui remettraient en cause l'influence de la Russie dans sa zone historiquement naturelle. Alors que la révolution de Maïdan s'imposait de fait, la Russie à tout de suite cherché à défendre son positionnement stratégique, plus précisément sa base navale en mer noire: c'est l'annexion de la Crimée. Ainsi, il faut voire en l'annexion de la Crimée beaucoup moins un acte glorieux comme le présente les médias et le régime Russe que, non seulement comme un premier aveu d'échec pour le projet Eurasiatique, mais aussi, une stratégie défensive de la Russie. Avec cet acte, Vladimir Putin compromet totalement le projet EURASIA car désormais les pays potentiellement membres savent la menace que représente une quelconque association avec la Russie. La crise Ukrainienne nous réserve encore bien des surprises. Et que nul ne soi étonné si un jour, après le retour de la stabilité politique à Kiev, que la Russie accepte de rende la Crimée à l’Ukraine sous la forme d’un État fédéré ou d’un État autonome.

 

Par ailleurs, la crise Ukrainienne met cependant en avant un fait nouveau à surveiller de très prêt.  En effet, il est connu que les lignes de démarcation entre les grandes puissances du monde ne sont plus en termes d'idéologies. En ce début du XXIème siècle, le libéralisme et le capitalisme sont les moteurs d'économies aussi variées que les économies Russes et Chinoises, autrefois sanctuaires communistes. Cependant, les lignes de démarcations qui semblent s'imposer sont de plus en plus de natures identitaires, culturelles et historiques. Que ça soi les tensions entre Sunnisme/Chiisme dans le monde arabe, ou les tensions en mer de Chine, ou encore les tensions entre la Russie et l’occident, toutes ces tensions ont en toile de fond la revendication de l'une des ex-puissances d'un territoire qui lui est historiquement propre, ou le rattachement de populations revendiquant une identité culturelle qui lui est propre. Le précédent de la Crimée, où une population à majorité russophone décide d’organiser unilatéralement un référendum pour se rattacher à la Russie, risque d’avoir des répercussions aux conséquences fâcheuses pour la Russie, l’Union Européenne et les relations internationales en général. Ces conséquences risques d’être fâcheuses pour la Russie dans la mesure où le Kremlin continue à sur-jouer la « real-politique » et à présenter en grande pompe l’annexion de la Crimée comme une victoire alors qu’elle s’avère être en réalité une cuisante défaite. Le référendum unilatéral en Crimée et la « real-politique » sur-jouée du Kremlin donne déjà des idées à toutes les populations russophones des pays de l’ex-URSS. Voilà une autre raison qui me suggère qu’il n’est pas exclu, après le retour de la stabilité politique en Ukraine, que la Russie accepte de rendre la Crimée à l’Ukraine sous une forme d’État fédéré et autonome pour freiner cet élan de référendum unilatéral qui n’apportera à la Russie que des ennuis, d’autant plus que des populations musulmanes autochtones de la Crimée réclament déjà à leur tour l’autonomie.

 

Mamadou Oury Diallo

Président de la LDRG

Tag(s) : #International