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goran_Hadzic.jpgIl était le dernier criminel de guerre recherché par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). Goran Hadzic a été arrêté, ce mercredi 20 juillet 2011. Une information confirmée par le président serbe Boris Tadic lors d'une conférence de presse. Une arrestation qui intervient près de deux mois après celle d'un autre criminel de guerre recherché par le TPIY, Ratko Mladic, ancien chef militaire des Serbes de Bosnie.

Avec l’arrestation de Goran Hadzic, interpellé ce mercredi matin par les services secrets serbes dans des forêts de Voïvodine, plus aucun accusé du TPIY n'est encore en cavale. La Serbie peut se féliciter de ce succès : elle a intégralement rempli ses obligations envers la justice internationale. L’arrestation de Goran Hadzic, l’un des moins connus et des plus « discrets » des inculpés, pose néanmoins beaucoup de questions.

Dans une conférence de presse organisée à onze heures, le président Boris Tadic a précisé les conditions de l’arrestation de Goran Hadzic : le fugitif a été interpellé par les hommes de l’Agence d’information et de sécurité (BIA), ce matin à 8h24, dans des forêts de la Fruska Gora, une petite région vallonnée de Voïvodine, parsemée de nombreux monastères orthodoxes. Le président a immédiatement tenu à démentir les soupçons qui pèsent, une fois de plus, sur les services serbes. Suivaient-ils depuis longtemps le fugitif ? Étaient-ils informés des conditions de sa cavale, ou sont-ils effectivement tombés sur lui au terme d’une longue traque, comme l’a soutenu Boris Tadic ?

Il est encore trop tôt pour répondre à ces questions, mais le personnage de Goran Hadzic ne manque pas de susciter la curiosité. On a beaucoup dit qu’il se cachait à l’étranger, on a prétendu qu’il se livrait à du trafic d’œuvres d’art pour financer sa cavale… Le 30 décembre dernier, la police serbe avait perquisitionné la maison d’un ami du fugitif, à Novi Sad, saisissant 50 tableaux de grande valeurs volés à travers le monde. Ce trafic aurait servi à financer la fuite de l’inculpé.

Le politique

Le parcours « politique » et criminel de Goran Hadzic est bien documenté. Ce Serbe de Croatie est né en 1958, près de Vinkovci, en Slavonie orientale. Membre de la Ligue des communistes, il exerce les fonctions de magasiniers dans une entreprise locale. Dès 1990, il s’engage dans les rangs du nouveau Parti démocratique serbe de Croatie (SDS).

Ce n’est pas un militaire, pas un combattant, mais un cadre politique, qui se retrouvera pourtant dans tous les « mauvais coups » : les incidents des lacs de Plitvice, le 1er avril 1991, qui marquent le début de la guerre en Croatie, le massacre de Pakrac, et surtout le siège de Vukovar, à l’automne suivant. Il a été inculpé de crimes de guerre et crimes contre l’humanité pour son rôle décisionnaire dans le massacre des patients de l’hôpital d’Ovcara, après la chute de cette dernière ville, en novembre 1991.

Il a en effet donné l’autorisation aux milices serbes –notamment celle du redoutable commandant Arkan– d’extraire les prisonniers de guerre croates de cet hôpital. Par une étrange ironie de l’histoire, le principal exécutant de ce massacre, le colonel Sljivancanin a été libéré il y a une semaine, après avoir les deux-tiers de la peine de dix ans de prison que lui avait infligée le TPIY.

Par la suite, Goran Hadzic a assumé les plus hautes fonctions politiques, devant Premier ministre puis président de la République serbe de Krajina, l’entité sécessionniste des Serbes de Croatie, directement contrôlée par Belgrade. Goran Hadzic fut remplacé à cette fonction en 1994 par Milan Martic. Son implication personnelle dans les innombrables trafics qui faisaient la « fortune » de cette « République » est souvent évoquée.

La fuite

Après la chute de la Krajina, en août 1995, Goran Hadzic se réfugie en Serbie. Il possède une superbe demeure à Novi Sad, où il vit paisiblement jusqu’au 13 juin 2001. Le 4 juin, le TPIY avait dressé un acte d’accusation secret contre lui. Celui-ci a été transmis le matin du 13 au ministère des Affaires étrangères serbe. L’après-midi même, Goran Hadzic disparaissait.

Depuis, sa piste se perd. Contrairement aux autres inculpés, comme Radovan Karadzic ou Ratko Mladic, Goran Hadzic ne disposait pas de comité de soutien. Aucune déclaration prêtée au fugitif n’a jamais été rapportée par les médias serbes. Goran Hadzic semblait même bénéficier de son relatif « anonymat », par rapport aux inculpés plus célèbres. Seul son statut de « dernier fugitif du TPI » l’avait placé sous les feux de la rampe depuis l’arrestation de Ratko Mladic, le 26 mai dernier.

Avec cette arrestation, le dernier obstacle qui pouvait bloquer le rapprochement européen de la Serbie est levé, et le pays espère bien obtenir le statut officiel de candidat à l’intégration européenne dès l’automne prochain. De son côté, le TPIY voit sa légitimité pleinement confirmée, puisqu’il pourra juger toutes les personnes qu’il a inculpées. Exception faite, naturellement, de celles qui sont mortes au cours de leurs procès, comme Slobodan Milosevic, ou qui sont décédées avant d’être inculpées, comme l’ancien président croate Franjo Tudjman.

Source: http://www.rfi.fr/europe/20110720-serbie-le-criminel-guerre-presume-goran-hadzic-ete-arrete

Tag(s) : #Europe