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CNP-Montreal1Comme prévu depuis de longues dates, le Samedi 29 Septembre 2012, il s’est tenu à Montréal la 3ème édition de la Concertation Non-Partisane de la communauté Guinéenne. Le thème de la Concertation à principalement porté sur « La lutte contre la corruption et la promotion de la bonne gouvernance en Guinée ».

 

I-LES INTERVENTIONS

 

Le Président de la LDRG : Après le mot de bienvenue et les remerciements à l’encontre des compatriotes qui ont effectué le déplacement, le Président de la LDRG à exposé brièvement sur le rôle de la société civile en cette période de crise socioéconomique, politique et démocratique en Guinée. Toute la candeur de ce discours se résume en « la nécessité urgente pour la société civile guinéenne de retrouver ses vertus de neutralité et d’indépendance, et de se mobiliser fortement pour contraindre les acteurs politiques à faire la politique de manière responsable et utile à la nation ». Finalement, le Président à invité l’ensemble des participants à aborder avec gravité les sujets qui seront abordés lors de la Concertation car c’est au nom de la grande majorité des populations guinéennes qui souffrent des conséquences de la corruption et qui ne savent plus à quel saint se vouer que la Concertation à lieu.

 

Vice-président Québec du Conseil Canadien pour l’Afrique : Suite au discours d’ouverture, la parole est revenue à Mr Karl Miville-de Chêne, Vice-président Québec du Conseil Canadien pour l’Afrique, de prendre la parole pour aborder le sujet de la lutte contre la corruption et la promotion de la bonne gouvernance. Mr Karl Miville-de Chêne a défini le phénomène de la corruption comme « la perversion d’un processus ou d’une interaction avec une ou plusieurs personnes dans le dessin, pour le corrupteur, d’obtenir des avantages particuliers ou, pour le corrompu, d’obtenir une rétribution en échange à sa bienveillance ». Avec des exemples nourris de sa longue expérience dans le monde des affaires en Afrique, Mr Karl Miville-de Chêne a su illustrer de manière pratique la manière dont la corruption se manifeste dans toute sa subtilité. Mr Karl Miville-de Chêne à par ailleurs replacé la corruption dans un contexte global et à relativisé l’importance de la corruption d’un pays à un autre. Mr Karl Miville-de Chêne a également dévoilé les opportunités d’affaires qui échappent à l’Afrique du fait de la lourde bureaucratie due à la corruption. Après des illustrations vidéo et après avoir mis l’accent sur la transparence, sur l’État de droit et sur la bonne gouvernance, Mr Karl Mivile-de Chêne a conclu en invitant l’ensemble des participants à la Concertation à agir dans le sens de la lutte contre la corruption, de la bonne gouvernance et de l’ouverture économique.

 

Consultant et expert international en droit et administration publique : Suite à cette introduction générale, la parole est revenue est Mr Ibrahima Touré, Consultant international en administration publique, pour replacer le sujet de la lutte contre la corruption dans le contexte guinéen. De manière très pédagogique, Mr Touré a d’abord défini les échelles de l’indice de perception de la corruption de l’organisation Transparency International. Mr Touré a présenté un tableau concis qui retrace l’historique des notations de la Guinée sur l’indice de perception de la corruption. Mr Touré à expliqué et commenté année par année la place occupée par la Guinée sur cet indice. Par la suite, il a axé sa présentation sur la corruption dans l’administration publique guinéenne. Sur ce volet, Mr Touré a encore une fois, de manière très pédagogique, d’abord expliqué la différence entre fonction publique et administration publique. Il a défini l’agent public avant tout comme un professionnel, permanent et titularisé qui est recruté et payé pour servir les usagers (les citoyens). Mr Touré à par la suite rappelé l’exigence d’intégrité des agents publics dans l’exercice de leur fonction. Mr Touré à introduit à ce niveau deux notions essentielles : « l’imputabilité et la responsabilité des agents publics ». Avec des exemples guinéens concrets, Mr Touré à illustré la défaillance en matière de responsabilité et d’imputabilité dans la gestion publique guinéenne. Et lorsque l’imputabilité existe, Mr Touré affirme que c’est l’abus de pouvoir qui prévaut. Mr Touré à lancé la formule selon laquelle « les agents publics souhaitent monopoliser le pouvoir, mais ne souhaitent pas être imputable des résultats de leurs fonctions ». Pour remédier à la corruption dans l’administration publique, Mr Touré à évoqué la nécessité de la mise en place d’un code d’éthique et de bonne conduite de l’administration publique. Mr Touré à cependant clairement souligné le fait que ce code d’éthique ne doit pas être mis en place de manière isolée. Il a notamment souligné la nécessité de rajouter des mesures d’accompagnement, notamment l’adoption de la « loi sur la fonction publique et la création de la commission de la fonction publique ». Mr Touré a également mis l’accent sur le niveau précaire de la rémunération des agents de la fonction publique comme étant l’une des causes de la corruption dans l’administration publique guinéenne. Avant de conclure, Mr Touré à clairement expliqué que la lutte contre la corruption ne peut être efficace que lorsqu’elle est menée de manière proactive et conjointement sur ses dimensions économiques, sociales et institutionnelles. Mr Touré a conclu en affirmant que la corruption n’est pas une fatalité en soi, en adoptant les bonnes mesures, nous réussirons à inverser la tendance.

 

II-LE DÉBAT : la qualité du débat fut à la hauteur des enjeux. Chacun des participants a pris la parole pour donner son avis et poser des questions. Ci-dessous les commentaires les plus pertinents :

 

·         Mr Yaya Diallo a pour sa part évoqué deux points essentiels qui expliquent le phénomène de la corruption en Guinée. Il s’agit de la culture de médiocrité dans la gestion publique guinéenne et du manque d’un leadership exemplaire. Mr Diallo a également abordé la question de la sécurité sociale. À ce sujet, il a souligné la nécessité de se doter d’un système de sécurité sociale efficace de telle sorte que les agents publics guinéens puisse bénéficier d’une retraire digne. Cela éviterait l’agrippement à la fonction publique et l’incitation à l’accumulation illicite des richesses dans la gestion publique.

 

·         Mr Traoré à pour sa part axé son intervention sur le volet de la corruption dans le secteur privé. Mr Traoré à pris des exemples d’actualités, notamment l’étude sur l’impact environnemental du projet Simandou en Guinée. Mr Traoré a évoqué la nécessité, non seulement d’amender le code d’investissement guinéen afin que les populations locales puissent bénéficier de l’exploitation des ressources minières, mais surtout, d’avoir des consultations citoyennes systématiques avant l’octroi de chaque concession minière. Le débat sur cette intervention a conduit à une proposition qui a été retenue par la concertation : « il s’agit de la nécessité d’établir une liste noire des entreprises qui auront violé le code des investissements ou qui auront procédé à des pratiques de corruption pour obtenir un contrat public ». Toute entreprise inscrite sur cette liste noire devant être d’avance exclue pour les prochaines soumissions aux appels d’offres publiques en Guinée.

 

·         Mr Baldé a quant à lui évoqué l’influence négative de la division ethnique dans la réussite de la lutte contre la corruption en Guinée. Mr Baldé a affirmé qu’il ne croyait pas possible de lutter efficacement contre la corruption si la nation est divisée. Les réactions furent nombres à cette question. Deux réponses pertinentes furent apportées : premièrement, la Concertation admet que des divisions ethniques existes, mais ces divisions ne sont que temporaires parce qu’elles sont voulues et entretenues par certains leaders politiques. Deuxièmement, la lutte contre la corruption étant un sujet transversal, en se saisissant de ce sujet avec conviction, la société civile réussira à rassembler les populations au-delà des partis et des ethnies pour obtenir des résultats concrets au bénéfice de l’ensemble des populations guinéennes.

 

·         Mr Camara a quant est lui intervenu pour témoigner de la corruption dans la passation des marchés au niveau du gouvernorat de la ville de Conakry. Les pratiques auxquelles se prêtent le gouverneur de la ville de Conakry ont été bien exposées et la Concertation à jugée utile la nécessité de rendre public ce genre de pratiques afin que chaque responsable public sachent qu’il n’est plus possible d’agir à l’abri des yeux et des oreilles du peuple.

 

·         Mr Maka Barry a pris la parole pour affirmer que c’est le manque de sanctions qui encourage la corruption en Guinée. À ce titre, l’exemple de l’ex-président du Ghana, Mr Rawlings, qui n’a pas hésité à commencer par pendre ses propres parents à la place public pour ramener la raison dans la gestion publique ghanéenne a plusieurs fois été cité. La Concertation s’est fortement indignée que des personnalités inculpées et coupables de criminalités économiques en Guinée puisse encore occuper les plus hautes fonctions publiques.

 

Bien d’autres participants ont intervenu et proposé des solutions autant pertinentes que celles citées précédemment.

 

III-LA RÉSOLUTION FINALE DE LA CONCERTATION DE MONTRÉAL : suite à cette première partie du débat, c’est en se rafraichissant dans un bon état d’esprit que la seconde partie a débuté. Il s’agit de plancher sur les propositions à adopter pour la Résolution finale de la Concertation Non-Partisane de Montréal. Les participants se sont donné une semaine pour arriver à adopter la résolution finale. Le projet de résolution sera amendé des nouvelles propositions faites lors de la Concertation. La Concertation Non-Partisane a décidé de soumettre la résolution finale à la société civile guinéenne et à la promulguer auprès des citoyens guinéens.

 

La Concertation de Montréal a également décidé de doter la société civile et les citoyens d’un outil de communication et d’actions contre la corruption en Guinée : ça sera un site internet accessible à tous. La proposition est venue de Mr Diallo. En effet, après un témoignage concret sur la spoliation orchestrée par les faux recouvreurs d’impôts auprès des marchants au marché de « Madina » à Conakry, Mr Diallo à proposé la création d’un site internet qui servirait de base de données et qui exposerait les coupables de ce genre de pratiques. Cet outil servira également aux enquêteurs pour les investigations de cas de corruption. La Concertation planche déjà sur la réalisation de cet outil et une étude de faisabilité complète sera soumise aux participants avant la prochaine Concertation Non-Partisane.

 

IV-CLÔTURE : c’est sur ces notes d’espoirs et après un tour de table complet sur les impressions de chacun des participants que la Concertation Non-Partisane de Montréal sur la lutte contre la corruption a baissé les rideaux. Rendez-vous est pris pour la 4ème édition. La date et le lieu de la 4ème édition sera annoncée ultérieurement.

 

Ottawa, 30 Septembre 2012

Tag(s) : #Société-Guinée