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« ... Cher(e)s compatriotes, permettez-moi d’aborder la priorité de l’heure qui est celle de trouver une solution à la crise sociopolitique que traverse la Guinée aujourd’hui.

A ce niveau, la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée salue l’esprit de concorde qui a prévalu entre les politiciens guinéens lors de la première rencontre de Ouagadougou. De même, nous adhérons aux méthodes du médiateur, son Excellence Mr Blaise Compaoré, lorsqu’il affirme que la sortie de crise dépendra de la propension de chaque partie à faire des concessions, renforçant ainsi la logique de dialogue dans la gestion de la crise guinéenne.

A ce niveau, la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée se félicite a plus d’un titre que toute la classe politique guinéenne admette désormais définitivement que l’idée d’une transition militaire est totalement et démocratiquement inadmissible, a plus forte raison celle d’un régime militaire en République de Guinée. Cette position vient consolider la position de départ de la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée qui, il faut bien le rappeler, depuis le 23 décembre 2008, a cessé de soutenir tout régime militaire sur les terres de Guinée.

Ainsi, après 9 mois et 150 pertes en vie humaine, à présent que nous sommes sur la même longueur d’onde à ce niveau, au lieu de faire à nouveau une fuite en avant, faisons sereinement face aux questions qui se posent encore à nous :

• Qu’attendre les semaines et mois à venir sur nos terres de Guinée?

• Quel chemin emprunter pour sortir la Guinée de ce bourbier avec la plus grande sagesse?

• Quel chemin emprunter pour que la Guinée toute entière sorte grandie de cette crise?

Ce sont là des questions essentielles qui se posent à nous aujourd’hui. Les guinéennes et guinéens de tous bords nous observent. La sous-région, l’Afrique et le monde entier nous observe.

Au sein de la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée, nous ne souhaiterons plus jamais avoir raison sur tous. Au contraire, nous prions de toutes nos forces pour que cette fois-ci, contrairement au 23 décembre 2008 où nos positions ont totalement divergées au fort détriment des populations guinéennes, nous prions profondément qu’on emprunte le même chemin et surtout qu’on ai tous ensemble raison.

Alors qu’attendre les semaines et mois à venir sur nos terres? Quel chemin emprunter pour sortir la Guinée de ce bourbier avec la plus grande sagesse, celle qui, non seulement nous évitera un autre bain de sang, mais de plus, fera que la Guinée toute entière en sorte grandie?

Pour la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée, des semaines et mois à venir, tout est à attendre dans l’environnement sociopolitique guinéen : Le pire et le meilleur.

• Le pire serait de se retrouver dans une situation de guerre civile. Dans une situation où nous assisterons sur nos terres à des affrontements entre forces armées. Dans une situation où rancœurs et haines ethniques s’exprimeront par la violence. Dans une situation où guinéens et guinéens s’entretueraient pour le pouvoir. Cher(e)s compatriotes, le pire serait la guerre civile.

• Le meilleur serait d’oser redevenir une nation harmonieuse et ambitieuse. Une nation où la diversité sera une richesse, où tous nous serons égaux devant la Loi, où forces armées et les citoyens ordinaires seront responsables, où le mérite gouvernera et la sagesse commandera. Cher(e)s compatriotes, le meilleur serait d’oser redevenir une nation.

Vous aurez compris donc, et le pire et le meilleur, tout est à attendre dans les semaines et mois à venir sur nos terres. A présent, le tout dépendra du chemin que nous allons choisir d’emprunter : allons-nous choisir le chemin du pire ou celui du meilleur?

Qu’est-ce qui peut provoquer le pire sur nos terres ?
C’est cette volonté absolue d’une partie de gagner contre l’autre, c’est cette volonté absolue d’humilier l’autre, c’est cette volonté d’exclure, c’est cet opportunisme et cette avidité du pouvoir, mais aussi et surtout, c’est ce refus de reconnaitre la Vérité. Voilà les ingrédients qui peuvent provoquer le pire sur nos terres.

Retrouvons-nous ces ingrédients aujourd’hui dans la crise guinéenne?
A cette question, cher(e)s compatriotes, je vous fais l’honneur d’y répondre en relatant tout simplement ce que vous avez objectivement observé avant, pendant et depuis la répression du 28 septembre 2009 en Guinée.

Est-ce la réconciliation ou la bagarre? Est-ce l’entente ou la mésentente? Est-ce la cohésion ou désunion? Est-ce l’inclusion ou l’exclusion? Es-ce l’amour du prochain ou la haine? Est-ce la vérité ou le mensonge?

Très cher(e)s compatriotes,
Rassurez-vous, si la répression du 28 septembre 2009 est la manifestation la plus évidente du pire sur nos terres, cependant, elle est loin d’être le pire. La répression du 28 septembre 2009 vient parler à chaque guinéenne et à chaque guinéen, elle vient nous demander si c’est vraiment ce que nous voulons? Il n’y a aucun doute que nul guinéens ne souhaite le pire sur nos terres. Mais alors comment l’éviter.

Aujourd’hui, nous avons en face de nous toute une couche de notre société, nos forces armées, qui sont complètement isolé et exclu du reste du monde. Envisageons-nous le meilleur sur nos terres en isolant et excluant nos forces armées de l’œuvre de construction de notre nation? Autrement dit, allons-nous oser inclure nos forces armées dans l’œuvre de construction de notre nation?

Après juin 2006, janvier 2007 et septembre 2009, en parlant d’inclure nos forces armées, je suis conscient que, comme lors du non au coup d’État militaire du 23 décembre 2008, je risque de me faire détester et insulter par le commun des guinéens. Je ne m’attends donc surtout pas à ce qu’on me jette des fleurs.

Mais voyez-vous cher(e)s compatriotes, tout dépend de ce sur quoi nos yeux sont fixés. Sont-ils fixés sur le pire ou le meilleur?

Aujourd’hui, la grande majorité des acteurs au sein de l’environnement sociopolitique guinéen, qu’ils soient militaires ou civils, politiciens ou non politiciens, tous ont les yeux fixé sur le pire. Nous employons notre esprit et notre intelligence à réfléchir par la haine. Il faut tuer tel, il faut exclure tel autre, il faut raser l’armée, c’est telle ethnie qui est responsable, c’est telle ethnie qui est coupable, c’est telle ethnie qui est victime, je n’aime pas tel, il faut diviser l’armée, il faut provoquer un coup d’État, etc.… Haine et horreur, voilà tout ce que nous entendons et voyons aujourd’hui. Et avec cette attitude, pensez-vous que c’est vers le pire ou le meilleur que nous nous dirigeons?

Très cher(e)s compatriotes,

Oser inclure et oser redevenir une nation est le chemin du meilleur, vous l’aurez donc compris, la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée ne quitte jamais des yeux le meilleur pour nos terres.

Ainsi, lorsque je parle d’inclure nos forces armées, non seulement je m’adresse à la classe politique guinéenne, mais je m’adresse également aux forces armée guinéennes. La Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée considère les sanctions internationales comme un moyen de nous amener à nous regarder dans les yeux entre guinéens et à décider de l’avenir de notre nation.

Les populations guinéennes préfèrent aujourd’hui la démocratie, or Démocratie et régime militaire sont incompatibles. Ils sont incompatibles parce tout est question d’équilibrage de forces et de pouvoir en démocratie. Si en plus des armes les forces armées détiennent le pouvoir exécutif, ce n’est plus la démocratie. Cela nous amène à imaginer que le président de l’assemblée nationale ou de la cour suprême soi également le chef de l’exécutif, même si le Niger en fait aujourd’hui la triste expérience, mais c’est tout simplement inenvisageable. Ce n’est pas que les forces armées soient inférieurs, c’est tout simplement que là n’est pas leur place dans une démocratie.

La Guinée n’est ni la Mauritanie, ni l’Afrique du Sud, ni le Mali, ni le Botswana, ni le Ghana, ni le Burkina Faso. La Guinée a sa propre histoire, sa propre évolution sociologique et politique : aujourd’hui le peuple de Guinée préfère la démocratie, nous ne voulons plus et n’accepterons plus jamais de régime militaire sur nos terres.

Voilà le message du peuple de Guinée que les sanctions internationales viennent consolider et faire entendre aux forces armées guinéennes.

Cela dit, Soldats de Guinée, en ces moments très douloureux pour l’entité militaire guinéenne, je m’en vais vous dire que l’isolement et les sanctions ne sont pas une fin en soi. Nous avons tous tout à gagner en choisissant le chemin du meilleur pour notre nation. En cela, au nom de la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée, j’invite les soldats de Guinée à rester unie, la Ligue désapprouve toute tentative de coup d’État militaire qui provoquera l’éclatement de l’armée.

La solution qui nous sortira tous grandie de cette crise existe, osons-la et exploitons-la avec beaucoup de sérénité.

A la classe politique guinéenne : En utilisant l’isolement et les sanctions infligées à une frange de notre société à des fins politiciennes, en utilisant les sanctions pour exclure ou diviser les forces armées et les populations guinéennes, en utilisant l’isolement et les sanctions à des fins politiciennes vous nous faites avancer vers le chemin du pire.

La sortie de crise ne sera pas la victoire d’un camp contre l’autre, la sortie de crise ne sera pas l’humiliation de l’autre. A présent que le message du peuple de Guinée est parvenu aux forces armées guinéennes, au lieu de réfléchir sur comment exclure, désormais réfléchissons sur comment inclure les forces armées dans la recherche d’une sortie de crise honorable pour chaque camp.

A Ouagadougou, vos propositions ont portée sur la mise en place d’une nouvelle autorité de transition pour conduire durant 6 mois une véritable transition. La Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée salue cette première initiative.

Mais lorsqu’on apprend que cette autre autorité n’aura pour rôle que d’organiser des élections crédibles et transparentes, je pense que cela nous ramène encore au point de départ. Pour la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée, des élections crédibles et transparentes doivent être la cerise sur le gâteau, en quelque sorte, elles doivent couronner une transition réussie.

Ignorer la nécessité d’une transition démocratique et vouloir résumer le tout à une simple transition politique ne fera qu’attiser les tensions et les divisions sociales au sein de notre société, au moment même où nous avons le plus besoin d’union et de réconciliation.

La solution à une sortie honorable de crise existe, osons-la et exploitons-la avec beaucoup de sérénité.

Guinéennes et guinéens,
Très cher(e)s compatriotes,

Pour la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée, la solution à la crise que traverse la Guinée consiste en 3 points essentiels et indispensables :

1-Dans un premier temps, il faut impérativement mettre en place un gouvernement d’union nationale : je dis bien un gouvernement d’union nationale et non gouvernement d’union d’opposants. Ce gouvernement, en plus d’œuvrer avec la CENI pour que les conditions d’élections crédibles et transparentes soient rempli avant la date des élections, il s’attèlera surtout à composer une Caravane de réconciliation nationale qui sillonnera, au cours de cette période de transition, toutes les préfectures de la Guinée pour vulgariser l’esprit de pardon et de réconciliation entre guinéens.

2-Dans un second temps, il s’agit d’organiser les états généraux de la Défense nationale : ces états généraux regrouperont à huit-clos tous les officiers supérieurs de l’armée ainsi que la junte militaire. Nous ne demanderons qu’une seule chose au terme de ces états généraux : le Prix de la neutralité politique des forces armées dans notre prochaine république. S’ils veulent qu’ils sortent avec une facture de centaines de milliards de francs guinéens, s’il veulent qu’ils réclament la lune, mais au sortir de ces états généraux, nous voulons le Prix de la neutralité politique des forces armées dans notre prochaine république.

Une fois ce prix connu, négocié et accepté par le peuple de Guinée, viendra le moment de responsabiliser l’organe représentatif des forces armées, en collaboration avec les autres institutions de la transition, pour organiser des campagnes de recensement de tous les militaires et de toutes les armes légères en circulations sur le territoire national avant les échéances électorales.

3-Enfin, il s’agit de composer un Conseil législatif qui se chargera de la révision de la constitution : Cette révision revêt un aspect fondamental pour la réussite de la Transition Démocratique en Guinée. Elle sera l’occasion de rééquilibrer les pouvoirs, de créer des contre-pouvoirs et de donner un fondement aux aspirations démocratique de notre nation. Il s’agira principalement de :

• Réduire et limiter le mandat du chef de l’exécutif.

• Mettre fin au principe selon lequel le pouvoir politique revient de manière absolue à la majorité électorale : C’est ce principe qui fait qu’un groupe, même minoritaire, est prêt à s’agripper au pouvoir à tout prix car s’il n’est pas au pouvoir il n’existera plus. C’est l’occasion donc d’introduire une certaine dose de proportionnelle au sein de nos institutions de manière à avoir un minima d’arc-en-ciel nationale dans chaque institution (Assemblée nationale, Judiciaire, Gouvernement, Administration publique et des Forces armées)

• Matérialiser la neutralité politique de nos forces armées dans notre prochaine république : ce, en constitutionnalisant un Organe de Surveillance Apolitique des Forces Armées Guinéennes. Cet organe créera un contre-pouvoir au sein du commandement des forces armées. Même si le Chef de l’État élu sera le commandant en chef des forces armées, cependant, toute décision militaire qu’il prendra sera approuvée par l’OSAFA dont nous aurons garanti la neutralité politique. Le mode fonctionnement, le mandat et la désignation des membres de l’OSAFA, ainsi que ses rapports avec le pouvoir exécutifs seront à définir de manière à éviter tout conflit avec le Chef de l’État élu qui demeurera le chef des armées. Par exemple, avec cet organe, si jamais demain les populations décident d’user de leur droit en manifestant pacifiquement, même si le chef de l’État donne l’ordre de réprimer la manifestation pacifique, l’OSAFA sera là pour assumer le mandat que le peuple lui a confié. Le mandat du peuple sera prépondérant dans ces situations à l’ordre reçu du chef de l’État.

• Jeter les jalons de l’indépendance effective du système judiciaire guinéen : Même si le chef de l’État sera le premier magistrat du pays, cependant, le Conseil Supérieur de la Magistrature verra ses pouvoirs rehaussé et devra jouer pleinement son rôle. Par exemple, il est nécessaire de dissocier le budget du Conseil Supérieur de la Magistrature de celui du Ministère de la Justice. Dans notre prochaine république, le chef de l’état ne sera élu que pour gouverner, pas pour juger.

• Constitutionnaliser l’indépendance de notre Banque centrale : cela permettra d’assurer une certaine dichotomie entre l’instabilité politique et la nécessaire stabilité économique qui est la principale préoccupation des populations guinéennes.

• Constitutionnaliser un organe national indépendant de lutte contre la corruption : cela afin mettre fin à ces détournements et abus de biens sociaux qui furent le sport favori de nos gouvernant au cours de la deuxième république.

C’est seulement lorsque le Gouvernement d’union nationale sera en place, que la caravane de réconciliation nationale aura joué son rôle, que nous aurons connu le prix de la neutralité politique de nos forces armées et que nous aurons doter la Guinée d’une constitution progressiste et consociative, c’est seulement à partir de ce moment qu’il faudra penser aux élections qui se dérouleront, non plus selon les anciennes normes, mais selon les nouvelles règles.

Guinéennes et guinéens,

La Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée estime que cette feuille de route nous conduira vers une sortie de crise honorable au-delà de laquelle la Guinée toute entière se retrouvera grandit. Cette feuille de route est retranscrite dans la Pétition que la Ligue des Démocrates Réformistes à mis en circulation aux lendemains du 23 décembre 2008.

En cela, au nom de la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée, j’invite le Médiateur Son excellence Blaise Compaoré, la junte guinéenne ainsi que la classe politique guinéenne a tenir compte de cette Pétition qui compte à ce jour 215 signataires.

J’ose espérer que nous pourrons dompter la haine qui nous anime et que tous ensemble, nous oserons l’inclusion, l’amour du prochain et le meilleur sur nos terres. J’ose espérer que cette fois-ci nous emprunterons le même chemin et que tous ensemble, forces armées et société civile, nous aurons raison.

                                                                          « Diversité – Loi – Liberté »

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