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International-20CrisisGroup_logo-1-.jpgLe président Laurent Gbagbo a largement perdu l’élection présidentielle du 28 novembre 2010 et doit, par conséquent, quitter le pouvoir. Après une semaine de crise, il n’y a plus rien d’autre à négocier en Côte d’Ivoire que les conditions du départ d’un chef de l’Etat devenu illégitime et dangereux pour son pays et toute la région ouest-africaine.

L’envoi par l’Union Africaine de Thabo Mbeki ne devrait pas laisser planer de doute sur la possibilité d’un quelconque arrangement à la kenyanne. Après dix ans d’instabilité et de mauvaise gestion, la Côte d’Ivoire a plébiscité M. Alassane Ouattara comme porteur d’un espoir de changement et signifié très clairement à M. Gbagbo que la majorité ne veut plus de lui à la tête de l’Etat. Ces élections sont le résultats d’un long processus de réconciliation du pays et il ne sera pas possible de détourner la volonté des Ivoiriens par des arrangements à l’amiable.

La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui se réunit  à Abuja le 7 décembre , doit envoyer un message clair et ferme à l’ancien président ivoirien en lui demandant de quitter son poste au plus vite afin de laisser son adversaire, Alassane Ouattara, prendre ses fonctions. 

A l’issue de sa réunion, la CEDEAO doit explicitement affirmer qu’elle ne reconnaît plus Laurent Gbagbo comme président de la République de Côte d’Ivoire. L’organisation régionale doit demander au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA) et au Conseil de sécurité des Nations unies de prendre des sanctions individuelles appropriées visant  Laurent Gbagbo et son entourage civil et militaire s’ils ne quittent pas immédiatement le pouvoir.

L’Union africaine (UA) doit suivre et appuyer la position de la CEDEAO. Le 4 décembre, l’UA a déjà fait un pas dans ce sens en appelant au respect des résultats proclamés par la Commission électorale ivoirienne désignant Alassane Ouattara vainqueur de la présidentielle. Elle a ainsi pris indirectement position contre Laurent Gbagbo. Elle doit maintenant prendre une position plus explicite et lui enjoindre de se retirer.

En agissant de la sorte, ces deux organisations africaines ne feront qu’appliquer des principes qu’elles se sont elles même donnés, en particulier celui du refus systématique des coups de force, quelles qu’en soient les formes. 

Elles se joindront aussi au mouvement unanime de rejet du coup d’Etat institutionnel opéré par un président, aujourd’hui totalement isolé. Pour le moment, la communauté internationale parle en effet d’une seule et même voix, condamnant sans ambigüité l’attitude du président sortant.

Seuls les représentants du Liban et de l’Angola ont assisté à l’investiture de ce dernier. L’Angola qui partage avec le régime de Laurent Gbagbo des intérêts économiques, de vieilles complicités politiques et un projet d’accord militaire, doit bien réfléchir aux conséquences d’un soutien plus appuyé à Laurent Gbagbo et au gain réel qu’il pourrait en tirer. 
L’unanimité de la communauté internationale est la conséquence d’un constat objectif. Un homme, un seul, porte la responsabilité de la relance de la crise politique et des violences en Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo.

Lui et son cercle d’amis se sont enfermés dans une logique dangereuse et auto-destructrice. Ils rejettent la réalité,  refusent de parler à tous ceux qui contestent la légitimité de Gbagbo, par exemple, en allant jusqu’à refuser de prendre l’appel téléphonique du Président des Etats-Unis… Il n’a plus d’autre projet pour son pays que son propre  maintien au pouvoir.

Lui et son équipe de fidèles semblent avoir délaissé le monde de la raison pour entrer dans celui des convictions absolues. Bercés par les paroles de trois guides spirituels proches de M. Gbagbo, ils sont convaincus que le pouvoir n’émane pas de leurs électeurs mais qu’il leur est octroyé par volonté divine. Ils essaient de se convaincre eux-mêmes et, par une propagande soutenue, de persuader leurs compatriotes, qu’ils sont les victimes d’un gigantesque complot international.

En moins d’une semaine, cette grave crise a déjà fait plusieurs dizaines de morts. Si le président Laurent Gbagbo s’accroche à son fauteuil, il est peu probable que le Nord et les partisans du changement resteront les bras croisés. Le bilan risque de s’alourdir  dans les prochaines semaines et le pays plongera inexorablement dans un nouveau cycle de conflit armé.

Alain Délétroz est Vice-Président (Europe) d’International Crisis Group à Bruxelles

Source: http://www.crisisgroup.org/en/regions/africa/west-africa/cote-divoire/deletroz-gbagbo-doit-partir.aspx

Tag(s) : #Afrique de l'Ouest