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International-20CrisisGroup_logo-1-.jpgPlus encore que toutes les catastrophes humaines ou naturelles précédentes, le séisme qui a dévasté Haïti menace la stabilité du pays.

La nation caribéenne peut elle passer de la survie à la reconstruction ? Une vieille question pour ce pays ruiné par deux siècles de mauvaise gouvernance, divisé par les inégalités sociales, touché par les cyclones et les tremblements de terre, et situé sur la route du trafic de cocaïne.

Seule une petite moitié de la police est fonctionnelle

Alors que l'agenda humanitaire se tourne vers la reconstruction, la sécurité apparaît comme un défi majeur. Les murs des prisons se sont effondrés et les prisonniers courent en liberté. Seule une petite moitié de la toute jeune Police nationale d'Haïti est fonctionnelle.

Œuvrer pour la stabilité ne revient pas seulement à remplir les rues de policiers, c'est aussi instaurer un état de droit dans un pays dont les systèmes judiciaire et pénitentiaire fonctionnaient à peine même avant le tremblement.

Dans un premier temps, une grande partie des tâches de secours et de maintien de l'ordre tomberont sous la responsabilité des forces internationales. L'Union européenne est prête à déployer 150 membres de sa nouvelle Force de gendarmerie européenne.

Malgré les pertes tragiques subies par les Nations unies, le Conseil de sécurité a autorisé l'envoi de 3 500 hommes supplémentaires pour sa mission de maintien de la paix (MINUSTAH), amenant la taille de son contingent à plus de 12 500 personnes.

Les Etats-Unis vont déployer plus de 13 500 soldats et la République dominicaine a annoncé qu'elle enverrait 800 hommes.

La coalition devra compter avec une gouvernance haïtienne opaque

Les difficultés de coordination auxquelles sont confrontées cette coalition ad hoc sont monumentales.

Parallèlement, ils devront compter avec une gouvernance et une société haïtienne dont l'opacité a déjà mis à mal les efforts internationaux. Sans une coopération étroite avec le gouvernement et la police du pays, la difficulté de contrôler les semeurs de troubles sera accrue.

Ces dernières années, la Police nationale d'Haïti a développé de nouvelles compétences. Les efforts restent incomplet, mais un sondage montrait que près de 60 pour cent des Haïtiens approuvaient les performances de la police, loin donc de l'appréhension qui prévalait à l'encontre des anciennes forces de sécurité.

Le siège de la police haïtienne et plusieurs postes locaux ont été détruits. Beaucoup de policiers sont morts. Ceux qui ont survécu ont souvent perdu dans leur maison effondrée leur uniforme ou leur arme.

Reste que pour une force comptant à peine quatre ans d'existence sous un nouveau dirigeant, le fait de disposer de près de la moitié de ses 8 000 hommes déployés cette semaine est un signe encourageant.

L'investissement dans la police et les infrastructures doit être accompagné d'un engagement en faveur de réformes judiciaires. L'administration Préval a promu des lois qui établissent une académie de justice, des exigences pour la sélection des juges et la mise en place d'un organe de supervision indépendant.

Ces étapes, ainsi que la reconstruction de la Cour suprême, doivent être des priorités. La réforme des prisons, surpeuplées et violentes, est un autre impératif.

La sécurité en Haïti va de paire avec une reconstruction politique

Cependant, la sécurité en Haïti est aussi une reconstruction politique. Il semble évident que les élections parlementaires du 28 février ne pourront pas avoir lieu.

Les Haïtiens devraient également envisager de repousser l'élection présidentielle de novembre. En combinant les élections présidentielles, parlementaires et locales, ils économiseraient de l'argent et encourageraient la participation de communautés fragilisées.

Ces questions devraient être abordées lors d'une réunion de préparation de la conférence des donateurs le 25 janvier au Canada. La rencontre, organisée rapidement après le désastre et caractérisée par beaucoup de volonté politique, est encourageante.

Pour que reconstruction il y ait, la communauté internationale doit apporter un soutien massif - suivant une perspective définie par les Haïtiens eux-mêmes.

" Tèt kolé ", l'appel à l'unité lancé par la population créole

Les Haïtiens doivent s'unir autour d'un nouveau contrat social dépassant les divisions de classe, de race et d'idéologie. Les fondements de ce corps ont déjà émergé il y a un an.

Une consultation nationale avait débouché sur l'adoption de stratégies de reconstruction et mis l'accent sur la santé et l'éducation de base, la petite paysannerie, la protection de l'environnement et le développement rural.

" Lespwa ", " l'espoir ", tel est le nom que le président René Préval a donné au mouvement social qui lui a permis de remporter les élections de 2006. Aujourd'hui, c'est cette croyance et le " Tèt kolé ", l'appel à l'unité lancé par la population créole du pays, que la communauté internationale doit embrasser. Telle est la condition pour qu'Haïti ne survive pas seulement mais émerge de ses ruines en une nation moderne.

Mark Schneider 
Vice-président senior et conseiller spécial sur l'Amérique latine de l'International Crisis Group.
Source: http://www.crisisgroup.org/home/index.cfm?id=6496&l=1

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