ligue3.1.jpgLES OUBLIER, C’EST ACCEPTER QUE CELA SE REPRODUISE

 

Guinéennes et guinéens, très cher(e)s compatriotes,

 

Il y a quatre années de cela, en janvier 2007, sous le poids de 23 années de dictature militaire, le peuple de Guinée dans son ensemble se soulevait pour exprimer son ras-le-bol contre l’establishment guinéen. En ces jours de janvier 2007, c’est indépendamment de toute considération politique, sociale ou ethnique que le peuple de Guinée s’est soulevé pour réclamer de manière très pacifique un Changement.

 

La réponse de l’establishment face aux réclamations des populations ne fut autre qu’une effroyable répression. Le bilan officiel de la répression fut de: 280 morts, des milliers de blessés graves, des viols massifs, de nombreuses vagues d’arrestations et des dégâts matériels importants. La majeure partie des victimes de la répression militaire n’étant autre que des jeunes désespérés face à un manque total de perspectives et d’opportunités; des jeunes désespérés face aux inégalités nées d’un establishment qui favorise l’enrichissement illicite des gouvernants au détriment de l’écrasante majorité des populations guinéennes qui croupissent dans l’extrême pauvreté.

 

Depuis les répressions de janvier 2007, non seulement les victimes n’ont jamais connu réparation, mais de plus, alors que le Changement que le peuple de Guinée réclame se fait encore attendre, jusqu’aujourd’hui aucun coupable n’a comparu devant la Justice.

 

Aujourd’hui donc, au nom de la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée, je tiens d’abord à rendre un vibrant hommage à nos frères et sœurs, ami(e)s et parents qui ont été victime des répressions de janvier et février 2007. En ce jour, nous partageons l’amertume de toutes ces familles guinéennes qui se demandent de quel droit des hommes armés peuvent-ils se permettre d’arracher impunément la vie de leurs fils et de leurs filles. Nous partageons l’amertume de toutes ces familles guinéennes qui attendent, voilà quatre années, la Justice.

 

Mes cher(e)s compatriotes,

 

Le plus regrettable dans cette affaire est le fait que depuis les répressions militaires de janvier et février 2007, ni les organisations dites de défense des droits de l’homme en Guinée, ni les acteurs politiques, ni même les responsables syndicaux qui ont jeté les enfants sur la bouche des cannons à causes de quelques avantages matériels, plus personnes ne réclame Justice pour les victimes de répressions militaire et leurs familles. À présent ils préfèrent oublier et tourner la page parce que ce ne sont pas leurs enfants. Ils préfèrent oublier et tourner la page parce que, omnibullé par les avantages matériels et le pouvoir, ils ont perdu tout sens de sacralité de la vie humaine. Pour eux, la vie humaine n’a désormais de valeur que si elle peut servir de chair à canon pour soutirer quelques avantages matériels et politiques.

 

Guinéennes et guinéens, très cher(e)s compatriotes,

 

Cela n’est plus acceptable. Toute vie humaine est sacrée. La vie du fils du mendiant est autant sacrée que la vie du fils du président de la république. Ce n’est pas parce que le mendiant est économiquement et socialement faible qu’il n’a pas droit à la justice. Tant que les plus faibles de notre société n’auront aucune chance de gagner en Justice contre les plus forts de notre société, vous l’aurez compris mes cher(e)s compatriotes, c’est que le Changement du peuple se fait encore attendre.

 

Guinéennes et guinéens,

 

Après chaque répression militaire, c’est toujours la même chanson que l’establishment entonne, à savoir : le pardon, le pardon et le pardon. Mais, dites-moi sincèrement, à quoi il sert de pardonner si le lendemain déjà les mêmes crimes doivent encore se répéter? Donc vous comprenez bien que la véritable question n’est pas le pardon. La véritable question est de savoir est-ce que toutes les mesures ont été prises pour ne plus que ces crimes se reproduisent en Guinée. Or à ce niveau vous serez d’accord avec moi que la question est jusqu’aujourd’hui restée sans aucune réponse.

 

Pour ne plus que ces crimes se reproduisent, il y a certainement plusieurs mesures à engager. Mais nous allons aborder ici les deux principales,  à savoir: l’indépendance de la Justice guinéenne et la réforme de l’armée guinéenne.

 

Pourquoi l’indépendance de la justice guinéenne? L’indépendance de la justice c’est principalement pour ne plus être condamné à la justice des plus forts. C’est pour que tout citoyen guinéen, indépendamment de son rang social, qu’il soi général d’armée, président de la république ou simple mendiant, c’est pour que tout citoyen guinéen sache que, non seulement il ne vie pas dans une jungle, mais surtout, il n’est pas au-dessus de la loi. Cette indépendance de la justice est un ingrédient indispensable pour réparer toute sorte d’injustice dans un pays, que ça soi l’injustice sociale, économique ou politique.

 

Voyez-vous mes cher(e)s compatriotes, l’establishment guinéen demande le pardon tout en refusant complètement l’indépendance de la justice guinéenne. Il refuse l’indépendance de la justice parce que dans la Constitution dictée et décrétée contre notre peuple au cours de la transition, il est clairement dit que le président de la République et son premier ministre sont, respectivement, président et vice-président du Conseil Supérieur de la Magistrature. Cela veut dire de manière très simple que nos gouvernants préfèrent rester au-dessus des lois de notre république. Si nos gouvernants ne risquent jamais de comparaître devant une justice indépendante, quand est-ce qu’allons connaître la fin de ces répressions militaires et de tous ces crimes économiques?

 

Cela n’est plus acceptable. Nos gouvernants ont été élus pour gouverner. Ils n’ont pas été élus pour juger. La justice guinéenne, comme le gouvernement,  est une institution a part entière élue indirectement par le peuple pour rendre justice au nom peuple, et non au nom des gouvernants. Il est temps que la justice guinéenne soi indépendante. Il est temps que cesse l’impunité en Guinée. Il est temps que les plus faibles de notre société se sentent en sécurité. Même les investisseurs et opérateurs économiques sérieux ne peuvent pas travailler dans un pays où un minimum d’indépendance judiciaire n’existe pas. La justice guinéenne est tellement discréditée aujourd’hui que même pour une simple contravention routière, il faut faire appel à la Cour Pénale Internationale. Cela ne peut plus continuer.

 

Puis, après l’indépendance de la justice, la deuxième mesure indispensable pour mettre fin à ce cycle de répressions militaires en Guinée consiste en la réforme de l’armée guinéenne.

 

La réforme de l’armée guinéenne : voici le sujet de défrai la chronique depuis plusieurs mois en Guinée. Aujourd’hui tout le monde parle de réforme de l’armée guinéenne. On en parle tellement qu’on a fini de vider la nécessité de réformer l’armée guinéenne de tout son sens.

 

La dernière sortie en la matière est celle du président nouvellement élu qui affirme haut et fort sur tous les toits que ses principales mesures pour réformer nos forces armées consistent à augmenter de 100% le salaire de nos militaires, tout en construisant des casernes militaires.

 

Tout d’abord, en cette période de crise socioéconomique profonde en Guinée, en cette période où les guinéens peinent à joindre les deux bouts, en cette période où le pays est même incapable de rembourser sa dette publique, excusez moi mais c’est une grande irresponsabilité que de promettre à nos forces armées une augmentation de 100% de leur salaire. Aujourd’hui c’est plutôt à un gèle de l’ensemble des salaires de l’administration publique qu’il faut se prêter, à commencer par celui du président de la république, le temps de savoir dans quel sens vont nos finances publiques. Tout le monde doit se serrer la ceinture, y compris nos forces armées.

 

Depuis trop longtemps on continue à traiter nos forces armées comme une entité hors de la société guinéenne. C’est tout à fait le contraire. Nos soldats font partie intégrante de notre société et ils sont, autant que toute la société guinéenne, victime des conséquences de la mal gouvernance d’un establishment médiocre qui les laissent croire que la Guinée n’est pas assez riche pour nourrir tous ses fils et toutes ses filles. L’establishment, pour continuer à piller notre pays, utilise nos soldats pour réprimer leurs propres frères et sœurs. En se prêtant au jeu de l’establishment, nos forces armées se rendent ainsi coupable de toutes les répressions militaires en Guinée.

 

Le deuxième élément que le président élu propose pour réformer l’armée guinéenne est la construction de casernes militaires. Je me demande de qui se moque-t-on. On veut ainsi faire croire aux populations guinéennes qu’il suffit que les soldats soient dans un camp et il n’y aura plus de problème. Tout ceci n’a vraiment aucun sens. Il me semble que la réforme de nos forces armées demande un peu plus de sérieux.

 

L’armée guinéenne est dans un état tel qu’il est indispensable, et même urgent, de procéder à une restructuration totale de la machine.


  •       Tout d’abord, il s’agit de commencer par les troupes. Une opération de démobilisation est absolument nécessaire pour aider les soldats d’un certain âge à partir avec la garanti de bénéficier d’une formation professionnelle et de percevoir, pour une certaine période, un solde mensuel. Toujours au niveau de la troupe, il faudra par la suite procéder à une opération de recrutement, suivi d’une formation générale d’au moins 6 mois. Cette opération de recrutement et de formation permettra non seulement de qualifier nos forces armées, mais aussi et surtout, de rétablir l’équilibre ethnique au sein des troupes armées car, il faut bien se rendre compte que c’est surtout à des milices ethniques que nous avons à faire en Guinée. Il faut absolument que nos forces armées redeviennes une armée nationale afin d’éviter définitivement tout risque de guerre civile et de rébellion armée en Guinée.
  •       Puis, il s’agira de procéder à une réorganisation de nos unités militaires. Aujourd’hui nos forces armées sont organisées pour protéger le pouvoir d’un seul individu. Toutes nos troupes d’élites sont affectés à la sécurité présidentielle alors que le pays est menacé de toute part. Les principales menaces auxquelles notre pays est immédiatement confronté sont : le trafique de drogue, la rébellion armée d’autant plus que le conflit ivoirien ressurgit, les réseaux terroristes qui n’ont désormais aucune limite, et enfin les catastrophes naturelles qui ne préviennent jamais avant de frapper. Face à toutes ces menaces, notre pays est entièrement vulnérable. C’est en fonction de ces menaces que nos unités militaires doivent être organisées.
  •       Ensuite, en tirant les leçons de l’histoire récente de nos forces armées, il apparaît la nécessité de procéder à une séparation progressive entre la chaîne de paiement et la chaîne de commandement au sein de nos forces armées, cela afin de mettre fin à ces mutineries qui naissent du non paiement du solde de nos soldats. Nos soldats sont des fonctionnaires de l’État, et à ce titre, ils méritent de recevoir mensuellement leur salaire au complet.
  •       Enfin, les dernières mesures consisteront bien entendu à Constitutionnaliser l’indépendance politique de nos forces armées, tout en confiant totalement la sécurité intérieure à nos services de police qui, à ce titre, mérite également d’être restructuré et soutenu.

 

Lorsqu’on parle de réforme de l’armée guinéenne, pour paraître un peu sérieux aux yeux du monde, ce sont là les quelques mesures indispensables dont on ne peut faire l’économie de citer. C’est d’ailleurs l’occasion pour moi de rappel ici que la LDRG a déjà déposé un projet de réforme complet de l’armée guinéenne. Ce projet est disponible sur la rubrique Force de Proposition de notre website.

 

Guinéennes et guinéens, très cher(e)s compatriotes,

 

L’indépendance de la justice guinéenne et la réforme de l’armée guinéenne, ce sont là les seules mesures qui peuvent nous garantir la fin de l’impunité et des répressions militaires en Guinée. C’est conscient de ce fait que depuis les répressions de janvier et février 2007, la LDRG réclame :

 

  •         Justice et réparation pour les victimes de répressions militaires;
  •         L’indépendance de la justice guinéenne;
  •         La réforme de l’armée guinéenne;
  •         Une place des martyres et un jour férié au nom du souvenir de nos compatriotes tombés sous les balles de la répression;

 

Il est évident que tant que nous n’obtiendront pas JUSTICE, chaque année nous effectueront le pèlerinage du souvenir afin que toutes les familles guinéennes victimes de la répression soient convaincus que les jours de justice arriveront en Guinée. 

 

S’il faut une révolution pour qu’on obtienne l’indépendance de la justice et la réforme de l’armée guinéenne, alors j’invite l’establishment guinéen à continuer à s’armer comme il peut car, de notre côté, nous travaillons chaque jour pour l’avènement cette révolution populaire en Guinée. 

 

Honneur à nos martyres

Vive le peuple du 28 septembre 1958

Vive la LDRG

Pour que vive la République.

Je vous remercie.

 

Mamadou Oury Diallo

Président de la LDRG

Tag(s) : #Société-Guinée
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