Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

2011-06-27 12-53-15.215Guinéennes et guinéens
Mes très cher(e)s compatriotes,
En Janvier 2007, face à l’état léthargique de la situation socioéconomique et à la violation continue par les élites dirigeantes guinéennes des principes les plus élémentaires de l’État de droit, la société civile guinéenne engageait un bras de fer de plus de 90 jours avec le gouvernement et le régime militaire guinéen. Durant ces 90 jours de grève générale, des jeunes de ma génération se joindront courageusement au mouvement de contestation populaire pour exprimer leur ras-le-bol face à la dictature et à misère à laquelle ils étaient confrontés. En ces jours de Janvier et Février 2007, c’est en exprimant pacifiquement sur toute l’étendu du territoire national leurs aspirations légitimes à de meilleures conditions de vie, au respect de leur dignité, et à la démocratie que ces jeunes de ma génération subiront une répression barbare de la part des gouvernants et du régime militaire.

Selon les sources hospitalières, la répression aurait entraînée plus de 280 morts sur l’ensemble du territoire national. Pour l’organisation Amnesty International, il y aurait eu sur l’ensemble du territoire national plus de 130 morts, 1500 blessés graves, des détenus torturés, des viols massifs contre des femmes et des jeunes filles, des familles brisées et toute une nation endeuillée. Bref, en ces jours de Janvier et Février 2007, l’inhumanité s’est pleinement manifestée sur nos terres de Guinée.

Guinéennes et guinéens,
Mes très cher(e)s compatriotes,
Aujourd’hui, 5 années après les répressions de Janvier et Février 2007, au nom de la LDRG je vous invite à vous joindre à moi pour nous souvenir de ces évènements douloureux et honorer la mémoire de nos frères et sœurs, la mémoire des martyres de notre Génération.

Depuis les répressions de Janvier et Février 2007, voilà aujourd’hui 5 années pleines qu’aucun coupable n’a été interpelé et justice n’a toujours pas été rendue. Alors que les familles guinéennes attendent désespérément de connaître JUSTICE et RÉPARATION, les acteurs de la répression quant à eux, s’ils ne sont pas dans le gouvernement ou dans l’opposition, ils se promènent tout de même encore librement en Guinée dans l’impunité la plus totale.

Mes très cher(e)s compatriotes,
Comme à chaque nouvelle année depuis les répressions de Janvier et Février 2007, aujourd’hui encore, au nom de la LDRG, je vous invite à vous joindre à moi pour réclamer JUSTICE pour nos martyres et leurs familles. Aujourd’hui encore, 5 années après, nous réclamons :

1.    L’exclusion de la vie politique et de la vie publique de tous les commanditaires et coupables de répressions militaires Janvier et Février 2007 en Guinée ;
2.    L’interpellation et la traduction devant la justice internationale des commanditaires et des coupables des répressions de Janvier et Février 2007 ;
3.    Réparation pour les victimes et les familles des victimes des répressions de Janvier et Février 2007 ;
4.    La totale indépendance du système judiciaire guinéen ;
5.    La réforme de l’armée et la constitutionnalisation de la neutralité politique des forces armées guinéennes ; et enfin,
6.    Un jour férié et une place des martyres pour commémorer la mémoire de toutes les victimes de répressions militaires en Guinée.

Tant que ces quelques réclamations légitimes ne seront pas satisfaites, nous ne cesserons jamais de commémorer ces douloureux évènements et d’appeler les jours de justice sur nos terres de Guinée.

Mes très cher(e)s compatriotes,
Le plus regrettable dans cette affaire est le fait que depuis les répressions de Janvier et Février 2007, ni les organisations dites de défense des droits de l’homme en Guinée, ni les acteurs politiques, ni même les responsables syndicaux qui ont jeté les enfants dans la bouche des cannons à causes de quelques avantages matériels, plus personnes ne réclame Justice pour les victimes des répressions militaires. À présent ils préfèrent oublier et tourner la page parce que ce ne sont pas leurs enfants. Ils préfèrent oublier et tourner la page parce que, omni bullé par les avantages matériels et le pouvoir, ils ont perdu tout sens de sacralité de la vie humaine. Pour eux, la vie humaine n’a désormais de valeur que si elle peut leur servir de chair à canon pour soutirer quelques avantages matériels et politiques.

Il est grand temps qu’ils comprennent définitivement que toutes les vies humaines sont sacrées et se valent. La vie du fils du président, du fils du général, du fils du ministre et du fils du haut cadre vaut autant que la vie du fils mendiant et de celles des pauvres populations guinéennes. Quelques soient les circonstances, nul n’a le droit d’ôter impunément la vie d’autrui. Ce n’est pas parce que le mendiant est économiquement et socialement faible qu’il n’a pas droit à la justice. Tant que les plus faibles de notre société n’auront aucune chance de gagner en Justice contre les plus forts de notre société, vous l’aurez compris mes cher(e)s compatriotes, c’est que le Changement du peuple se fait encore attendre.

Après chaque répression militaire, c’est toujours la même chanson qu’on entend, à savoir : oublier, le pardon, la réconciliation; oublier, le pardon, la réconciliation; oublier, le pardon, la réconciliation. Mais, dites-moi sincèrement, à quoi il sert de pardonner et de se réconcilier si les acteurs de la répression sont encore disposés dès le lendemain déjà à reproduire les mêmes crimes? Donc vous aurez bien compris que la véritable question n’est pas celle du pardon et de la réconciliation. La véritable question est celle de l’impunité en Guinée. L’impunité est la première cause des dérives morales de notre société, parce qu’un crime impuni n’engendrera qu’une progéniture de crimes de plus en plus énormes et horribles. La véritable question est donc de savoir « est-ce que nous sommes prêts à prendre toutes les mesures nécessaires pour ne plus que ces crimes se reproduisent sur nos terres de Guinée?» Or à ce niveau, vous serez d’accord avec moi, la question reste encore aujourd’hui sans aucune réponse.

Guinéennes et guinéens,
Mes très cher(e)s compatriotes,
Pour ne plus que ces crimes se reproduisent en Guinée, pour vaincre définitivement l’impunité sur nos terres de Guinée, il y a certainement plusieurs mesures à engager. Mais nous allons aborder ici les deux principales mesures,  à savoir: la réforme du système judiciaire guinéen; et, la réforme impérative de notre système de sécurité et de défense.

I-La réforme du système judiciaire guinéen

Tout d’abord, nous conviendrons que si durant ces cinq dernières années les victimes des répressions de Janvier et Février 2007 n’ont pas connu justice et réparation, c’est bel et bien parce que le système judiciaire guinéen rencontre de sérieux problèmes qui l’empêchent de faire correctement son travail. Les raisons du disfonctionnement de la justice guinéenne s’expliquent par deux principaux facteurs :

1-Le manque de moyens pour la justice guinéenne : il faut savoir qu’à ce jour nos organes judiciaires et nos magistrats n’ont ni les infrastructures, ni la formation, ni les outils et ni le financement nécessaire pour faire correctement leur travail. Pour avoir une idée de la marginalisation de la justice guinéenne, il faut peut-être se rendre compte que, durant ces 10 dernières années, la part du budget alloué à justice guinéenne représente moins 1% des dépenses courantes du gouvernement. Cette profonde marginalisation de notre système judiciaire explique le fait que, non seulement nos concitoyens n’ont pas accès aux services de justice, mais aussi, le fait que dans notre société c’est désormais le mensonge, la malhonnêteté et la « loi de la force » qui prévalent.

Les conséquences de la faiblesse de notre système judiciaire vont cependant largement au-delà des questions de société ou de moralité. En plus du manque d’infrastructures publiques, la faiblesse de notre système judiciaire est l’une des principales causes de la profonde crise économique de traverse notre pays. Comment pouvez-vous attendre d’acteurs économiques rationnels, tels que les opérateurs économiques guinéens ou les investisseurs étrangers, qu’ils apportent leurs capitaux en Guinée s’ils n’y a pas une justice forte capable de leur garantir la protection de leur propriété intellectuelle et leur capitaux ? Investir en Guinée aujourd’hui est très risqué par rapport aux autres pays de la sous-région du fait de la corruption et de l’inefficacité de notre système judiciaire. L’édition 2011 du rapport « Doing Business » de la Banque Mondiale classe la Guinée au rang de 173ème sur 188 pays pour ce qui est de la protection des investisseurs.

Mes cher(e)s compatriotes,
Vous l’aurez donc compris, la réforme du système judiciaire guinéen consiste d’abord à donner suffisamment de moyens à nos organes judiciaires et à nos magistrats afin qu’ils puissent faire correctement leur travail. La plus grosse erreur de nos gouvernants au cours des dernières années fut de considérer la justice comme un secteur qui n’est pas prioritaire parce que, selon eux, la justice n’est pas un secteur productif. C’est tout à fait le contraire, l’investissement dans la justice est l’un des investissements les plus productifs pour un pays dans une situation comme la notre. Une justice forte qui fait son travail correctement permettra à la Guinée, non seulement de mettre un terme aux abus de pouvoir, mais surtout, d’attirer de considérables des capitaux et d’économiser les milliards de dollar qui disparaissent chaque année dans les circuits de la corruption.

Alors que la part du budget alloué à la justice Guinéenne représente aujourd’hui moins de 1% des dépenses courantes du gouvernement, la LDRG propose de ramener pour les 10 prochaines années le budget de la justice à un minimum de 5% du budget annuel du gouvernement. Cela permettra à la Guinée au cours des 10 prochaines années d’investir dans la construction et la rénovation d’infrastructures judiciaires, dans la formation de nos magistrats, et d’accroître l’accès de nos concitoyens aux instances judiciaires.

2-Le manque d’indépendance de la justice guinéenne : en effet, vous aurez sans doute remarqué que malgré tout, en Guinée, chaque jour il y a des procès qui se tiennent et les tribunaux se prononcent sur plusieurs cas. Cependant, la question est de savoir pourquoi 5 années après les répressions de Janvier et Février 2007 cette même justice n’arrive pas encore à se prononcer sur les cas de répression ou de criminalité économique ? Vous aurez bien compris, si elle n’arrive pas encore à se prononcer, c’est bien parce qu’il y a des personnes de pouvoir qui n’ont pas intérêt à ce qu’elle se prononce.

Mes cher(e)s compatriotes,
L’indépendance de la justice c’est justement pour éviter cette justice du deux poids deux mesures. C’est principalement pour ne plus être condamné à la justice des plus forts. C’est pour que tout citoyen guinéen, indépendamment de son rang social, qu’il soi général d’armée, président de la république ou simple mendiant, c’est pour que tout citoyen guinéen sache que, non seulement il ne vie pas dans une jungle, mais surtout, il n’est pas au-dessus de la loi. Cette indépendance de la justice est un ingrédient indispensable pour réparer toutes sortes d’injustices dans un pays.

Malheureusement, en Guinée, non seulement c’est le président de la république qui nomme et gère la carrière des magistrats, mais de plus, le président de la république et son premier ministre sont respectivement, président et vice-président du Conseil Supérieur de la Magistrature. C’est comme si je vous disais que le président de la république est aussi le président du parlement. Vous voyez bien que ça ne fait aucun sens! Ce que le parlement représente pour le pouvoir législatif, ce que le gouvernement représente pour le pouvoir exécutif, c’est exactement la même chose que le Conseil Supérieur de la Magistrature représente pour le pouvoir judiciaire. C’est son organe central, les poumons de notre système judiciaire. Si le président de la république et le premier ministre s’asseyent confortablement sur les poumons du pouvoir judiciaire, c’est donc tout à fait logique que notre système judiciaire ne puisse pas respirer. Cela veut dire que nos gouvernants préfèrent rester au-dessus des lois de la république.

La réforme du pouvoir judiciaire implique la totale indépendance de notre système judiciaire. Il s’agit, dans un premier temps, d’inviter le président de la république et son premier ministre à libérer gentiment le Conseil Supérieur de la Magistrature. Ils n’ont pas été élus pour juger, mais plutôt pour gouverner. Cela dit, même avec une justice indépendante le président de la république gardera toujours ses prérogatives de premier magistrat du pays. Cependant, le processus de nomination et de la gestion de la carrière des juges sera différent. Les hauts magistrats de la cours suprême seront élus par le parlement sur proposition du président de la république après consultation du Conseil Supérieur de la Magistrature. Ce processus de nomination nous garantira que, non seulement nos haut magistrats seront nommés selon leur compétence, mais de plus, leur nomination respectera forcement certains principes d’équités. Quant aux juges ordinaires, ils seront toujours nommés par le président de la république après consultation du Conseil Supérieur de la Magistrature. Les pouvoirs du président de la république en matière judiciaire se limiteront là. Pour ce qui est de la gestion de la carrière des juges, cette prérogative doit revenir exclusivement au Conseil Supérieur de la Magistrature.

Mes très cher(e)s compatriotes,
Jusque là vous aurez compris que le disfonctionnement de notre système judiciaire est du au manque de moyens et au manque d’indépendance de notre système judiciaire. Ainsi, pour faire de la Justice guinéenne un pouvoir constitutif de l’État au même titre que le parlement et le gouvernement, nous avons identifié la nécessité absolue, non seulement de doter la justice guinéenne des moyens nécessaires à son fonctionnement, notamment en lui allouant au moins 5% du budget annuel du gouvernement au cours des 10 prochaines années, mais de plus, de garantir l’indépendance de la justice guinéenne en réformant le Conseil Supérieur de la Magistrature et en redéfinissant le processus de nomination de nos juges.

C’est le lieu pour moi, au nom de la LDRG et des victimes des répressions de Janvier et Février 2007, d’inviter le président de la république à cesser de prendre du plaisir à gracier chaque dimanche des innocents pour engager impérativement la véritable réforme du système judiciaire guinéen.

II-La réforme de l’armée guinéenne

Après la réforme du système judiciaire, la deuxième mesure indispensable pour mettre un terme à l’impunité en Guinée est la réforme de notre système de sécurité et de défense.

Depuis trop longtemps nous continuons à considérer nos forces armées comme une entité étrangère et hors de la société. Pourtant c’est tout à fait le contraire. Nos soldats vivent comme n’importe quel guinéens. Ils vivent parmi nous. Ils font partie intégrante de notre société et ils sont, au même titre que l’ensemble de la société guinéenne, victime des conséquences de la mal gouvernance d’une élite politique incompétente et corrompue qui les laissent croire que la Guinée n’est pas assez riche pour nourrir tous ses fils et toutes ses filles. Cette même élite politique, pour continuer à piller notre pays, divise nos populations et utilise nos soldats pour réprimer leurs propres frères et sœurs. En se prêtant au jeu de cette élite politique, nos forces armées se rendent ainsi coupable de toutes les répressions militaires en Guinée. Aujourd’hui l’armée guinéenne compte en son sein des éléments accusés de crimes contre l’humanité. Au lieu de défendre les institutions républicaines et protéger les populations guinéennes, nos soldats sont devenus des mercenaires chargés de protéger le pouvoir d’un seul individu et un régime dictatorial devenu le nid de cette élite politique incompétente et corrompue.

Mes très cher(e)s compatriotes,
Au-delà même des questions d’impunité, la réforme de l’armée guinéenne est une nécessité absolue pour aller au bout du processus de démocratisation de notre pays. L’armée guinéenne doit être partie prenante et devenir un partenaire crédible dans la démocratisation de notre pays. C’est en cela que le passage d’un pouvoir militaire vers un « pouvoir civil » au bout de la période de transition en Décembre 2010 est un acquis extrêmement important qu’il faut mettre au crédit de nos forces armées. Ce passage d’un pouvoir militaire vers un « pouvoir civil » est certes un acquis important, mais il est loin d’être suffisant, surtout au regard de la légèreté avec laquelle les autorités actuelles traitent la question de la réforme de l’armée guinéenne.

Ces dernières années ils en ont tellement parlé qu’ils ont fini par vider la réforme de l’armée de tout son sens. Ils y vont de déclarations démagogiques à des déclarations sans aucun sens. Il y a une année, c’est le président nouvellement élu qui déclarait devant les télévisions internationales que ses mesures phares pour réformer l’armée étaient d’augmenter de 100% le salaire des soldats et de construire des casernes militaires. Cependant, il me semble qu’il a très vite été rappelé à l’ordre par les réalités de la situation économique du pays et des finances publiques de l’État. Puis, depuis la fin de l’année dernière, la fierté du président est d’avoir réussi à mettre à la retraite 4000 soldats. Ce sont là les principales mesures présentées aux populations guinéennes comme étant la réforme de l’armée.

Il me semble qu’à un moment donné il faut qu’on arrête de se moquer des populations guinéennes et qu’on s’attaque de manière sérieuse et résolue à la question de la réforme de l’armée guinéenne. La réforme de nos forces de sécurité et de défense nous amène à impérativement engager trois principales mesures :

1-Définir une stratégie nationale de sécurité et de défense basée sur les menaces auxquelles nous sommes confrontées : je crois qu’il est utile de souligner que nos forces de sécurité et de défense continuent à fonctionner sans aucun document constitutif qui énonce clairement leurs missions et définit ses règles de déploiement. Cette défaillance entraîne beaucoup de confusion dans la configuration, les tâches et les ressources qui sont attribuées à nos forces de sécurité et de défense. C’est ce qui fait que sur le terrain nous observons régulièrement des forces armées désorganisées, mal équipées et souvent indisciplinés. C’est ce qui fait que les rôles et les responsabilités des forces militaires et des forces de polices ne sont souvent pas claire et s’entremêlent, entraînant ainsi une allocation budgétaire inadéquate et un déploiement contreproductif.

C’est pour remédier à cette grande pagaille qu’il est absolument essentiel de doter la Guinée d’une stratégie nationale de défense et de sécurité basée sur les menaces auxquelles nous sommes confrontées. Par exemple, aujourd’hui nos forces armées et de sécurités sont organisées pour protéger le pouvoir d’un seul individu et défendre son régime. Toutes nos troupes d’élites sont ainsi affectées à la sécurité présidentielle, faisant fi des menaces réelles auxquelles notre nation est confrontée. Les principales menaces auxquelles notre pays est confronté aujourd’hui sont :

•    Le trafique de drogue : il faut peut-être rappeler que notre pays et la Guinée-Bissau sont désormais des zones de transit et de transformation de la cocaïne. De ce fait, non seulement notre pays est menacé de déstabilisation par les cartels de la drogue, mais de plus, toute une génération de jeunes guinéens risque d’être séduite par le trafic lucratif et la consommation à outrance de stupéfiants;
•    La rébellion armée : il n’est pas utile de rappeler à cet effet que les mercenaires ainsi que les armes lourdes et légères issues des guerres civiles de la Sierra-Leone, du Libéria et de la Côte d’Ivoire sont en libre circulation tout au long de nos frontières;
•    Les réseaux terroristes : ces réseaux terroristes n’ont désormais aucune limite. Nous assistons à un risque de déstabilisation du Mali voisin et du Nigéria;
•    La piraterie côtière : qui est devenu fréquente dans nos eaux territoriales;
•    Les catastrophes naturelles : qui ne préviennent jamais avant de frapper.

Au lieu de continuer à affecter toutes nos troupes d’élites pour la protection d’un seul individu et de son régime, c’est en fonction des principales menaces que je viens de citer que nous devons, non seulement définir une stratégie nationale de défense et de sécurité, mais aussi et surtout, réorganiser et réaffecter nos forces de sécurité et de défense. Une stratégie de sécurité et de défense nationale bien définie permet une réponse proactive, flexible et rapide face à toutes menaces à notre sécurité nationale.

2-Se doter de forces de sécurité et de défense professionnelles : l’ordre, la discipline, le savoir-faire, et la rigueur sont les standards de forces de sécurité et de défenses efficaces et professionnelles. Pourtant, ces dernières années nos forces armées ont acquis une autre réputation dans les mutineries, les pillages, les rackets, les voles à mains armées, et même les viols de nos filles, de nos sœurs et de nos mères. C’est pour remédier à ces manquements excessifs et redorer le blason de nos forces armées que des programmes de formations systématiques et accessibles doivent être instaurés au sein de toutes nos unités militaires. Ces programmes de formation doivent se focaliser sur : le maintien de la paix, le contrôle professionnel des foules et des émeutes, la soumission des forces armées aux lois de la république, et l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication aux fins du maintient de la sécurité nationale.

Au-delà des programmes de formation, il est aussi nécessaire de porter attention aux questions sociales de nos forces de sécurité et de défense. De ce fait, un réseau de services sociaux doit être implanté pour garantir à nos soldats une réinsertion dans la société, une pension de retraite, et une dignité dans la vie familiale. Ce réseau de services sociaux doit comprendre une assurance susceptible de supporter les familles de nos forces de sécurité et de défense en cas de blessures graves ou de décès dans l’exercice de leur métier. Ce réseau de services sociaux aura donc pour but de répondre aux besoins de base de nos forces de sécurité et de défense, facilitant ainsi leur sérénité, leur volonté de servir la nation, et une moindre exposition à la corruption et à toute manipulation politicienne.

Il faudrait peut-être citer à titre d’exemple le Sénégal et le Burkina-Faso. Durant les années 80, les forces armées sénégalaises ont mis en place un système de santé financé mensuellement par le personnel militaire. Depuis lors, une gestion responsable de ce programme à conduit à l’ajout d’une disposition de protection sociale, de prêts pour l’acquisition de biens, et d’autres services accessoires. Un système similaire que celui du Sénégal a également été implanté en 2007 au Burkina-Faso. Au Burkina-Faso le système est financé par une subvention publique avec une contribution mensuelle du personnel militaire. Cela a naturellement contribué à booster le moral et la fierté des forces armées de ces deux pays. Il est temps pour la Guinée aussi de doter ses forces armées de la formation nécessaire et d’un système de sécurité social leur garantissant une vie décente et digne.

3-Faire respecter les valeurs républicaines au sein de nos troupes: en effet, une société démocratique signifie aussi le respect des droits et des libertés des citoyens en période d’élections, de grève, de protestations, et de toutes autres formes d’expressions démocratiques. Les répressions de Janvier et Février 2007 en Guinée sont l’une des preuves les plus évidentes du dérapage de nos forces de sécurité et de défense par rapport aux valeurs républicaines les plus élémentaires. Pour garantir les droits et les libertés démocratiques des populations guinéennes, nos forces de sécurité et de défense doivent absolument s’approprier pleinement les principes et les valeurs de la république.

•    Premièrement, comme elles semblent s’y conformer depuis la fin de la transition politique en Décembre 2010, nos forces armées doivent définitivement adhérer aux dispositions constitutionnelles qui définissent la primauté des autorités politiques démocratiquement élues sur les forces de sécurité et de défense. Ces dispositions de base doivent cependant être renforcées par la non-politisation des forces armée et leur neutralité en tant qu’institution étatique. Pour garantir la neutralité politique et la non-politisation de nos forces armées, les nominations par le gouvernement et le président de la république des officiers et des hauts officiers de l’armée doivent être approuvées par l’Assemblée nationale. Non seulement ce processus d’approbation par l’Assemblée nationale nous permettra d’améliorer la sécurité nationale, car il garanti  une nomination des officiers les plus compétents aux postes de responsabilités, mais de plus, ce processus envoi à toutes nos forces armées le signal fort selon lequel « les militaires professionnels, capables et méritant seront récompensés ». De plus, les hauts-officiers nommés suite à ce processus d’approbation par l’Assemblée nationale seront plus crédibles et capables de réduire la vulnérabilité de nos forces armées à toutes formes de manipulations politiciennes ;

•    Deuxièmement, nous devons absolument nous rassurer en tout temps que nos forces armées sont belles et biens une entité nationale composée de toutes les différentes ethnies de notre pays. Aujourd’hui, comme ces dernières années, il est évident que les forces armées guinéennes sont recrutées de manière discriminatoire et selon leur sensibilité ethnique. Voilà la plus grande menace à la stabilité de notre nation aujourd’hui. Une démobilisation totale s’impose pour redéployer une nouvelle armée nationale représentative de la diversité ethnique de notre pays.  Une armée représentative sera non seulement garante de la stabilité de notre nation, mais de plus, elle inspirera non seulement à nos soldats la fierté d’appartenir à un tel corps militaire, mais aussi l’esprit du sacrifice pour la nation. Par exemple, au Burkina-Faso le recrutement militaire est national et non discriminatoire. La sélection est basée sur la proportionnalité. Chaque région est proportionnellement représentée dans les forces de sécurité et de défense en fonction du nombre d’éléments à recruter. De ce fait, les forces de sécurité et de défense du Burkina-Faso reflètent la diversité ethnique du pays garantissant ainsi la stabilité et l’absence de toutes tensions ethniques au sein des troupes. Il est temps pour la Guinée aussi de s’y mettre ;

•    Troisièmement, nous devons garantir un contrôle parlementaire sur le budget de la sécurité et de la défense. De nos jours, non seulement nul ne connaît la part du budget alloué à l’armée guinéenne, mais de plus, aucune institution n’est habilité à contrôler le budget de l’armée. Cela fait que les décisions en matière de sécurité et de défense sont basées sur les intérêts politiques ou personnels en lieu et place des besoins réels de protection de la nation. Des études menées par des stratèges militaires sur les dépenses et la corruption ont prouvés que le contrôle du budget de la sécurité et de la défense améliore considérablement les ressources disponibles aux forces armées. De ce fait, un comité parlementaire de la sécurité et de la défense doit être crée et il doit être doté des pouvoirs nécessaires pour auditer, non seulement le budget de la sécurité et de la défense nationale, mais aussi, celui de la garde présidentielle.

Mes très cher(e)s compatriotes,
Définir une stratégie nationale de sécurité et de défense basée sur les risques auxquelles notre pays est confronté, se doter de forces de sécurité et de défense professionnelles, et faire respecter les valeurs républicaines au sein de nos troupes, ces trois principales mesures nous permettront : de casser cette relation incestueuse qui existe depuis trop longtemps entre nos forces de sécurité et l’élite politique, de garantir la neutralité et la représentativité de nos forces armées, de renforcer la loyauté de nos forces de sécurité par rapport aux institutions républicaines et aux autorités civiles démocratiquement élues, de rétablir le professionnalisme de nos forces armées, et de ramener la confiance entre nos forces armées et les populations civiles.

III- Conclusion

Guinéennes et guinéens,
Mes très cher(e)s compatriotes,
La réforme de la justice guinéenne et la réforme de nos forces armées, ce sont là les seules mesures qui peuvent nous garantir la fin de l’impunité et des répressions militaires en Guinée. C’est conscient de ce fait que, bien avant, mais surtout depuis les répressions de Janvier et Février 2007, la LDRG n’a jamais cessé de réclamer :

•    Justice et Réparation pour les victimes de répressions des Janvier et Février 2007;
•    La réforme de la justice guinéenne telle que je vous l’ai brièvement présenté; et
•    La réforme de notre système de sécurité et de défense tel que je vous l’ai brièvement présenté.

Il est évident que tant que nous n’obtiendrons pas JUSTICE, chaque année nous effectuerons « le pèlerinage du souvenir » afin que toutes les familles guinéennes victimes de la répression soient convaincues que les jours de justice arriveront inéluctablement en Guinée. S’il faut une révolution pour qu’on y arrive, alors que l’establishment guinéen sache que nous travaillons chaque jour pour l’avènement de cette révolution populaire qui rétablira les tors, rendra la justice et érigera la loi comme la seule force suprême reconnues par tous et toutes sur les terres de Guinée.

Honneur à nos martyres!
Vive le peuple du 28 Septembre 1958!
Vive la LDRG, pour que vive la République!

Je vous remercie.

 

Mamadou Oury Diallo

Président de la LDRG

Tag(s) : #Société-Guinée