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ligue3.1.jpgDans son rapport mondial publié ce lundi 24 janvier 2011, l’organisation Human Right Watch (HRW) a à nouveau dépeint la situation des droits humains dans le monde. En titrant son rapport « De nombreux gouvernements sont trop complaisants à l’égard des gouvernements répressifs », HRW aura ainsi résumé la véritable nature des rapports entre les grandes puissances démocratiques et leurs clients des pays pauvres et envoie de développement.

 

À la section du rapport consacré à la Guinée, HRW a bien touché du doigt les progrès réalisés et les efforts à réaliser par les autorités guinéennes pour garantir le respect des droits humains en Guinée.

 

  •  Au titre des progrès réalisés, le rapport souligne l’évolution politique qui a permis de mettre à terme, dans des conditions douloureuses, la période de transition. Cette évolution politique s’étant manifestée par le passage à un pouvoir civil après 26 années de pouvoir militaire en Guinée.
  • Au titre des carences, le rapport n’a pas manqué de souligner la continuité de l’impunité par rapport aux crimes économiques et humains, de même que les conditions carcérales exécrables. De plus, l’attitude des forces de sécurité à fortement été mise en cause, révélant ainsi la légèreté des pouvoirs publics à concrétiser les promesses de réforme des systèmes judiciaires et de sécurité en Guinée. 

Autant la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée juge le rapport 2011 de HRW sur la situation des droits humain en Guinée appréciable, autant nous notons une certaine incohérence sur un aspect assez singulier mais inadmissible. Il s’agit de la partie du rapport qui souligne une certaine « évolution de la législation en Guinée ».

 

Voici l’extrait de cette partie du rapport : « La nouvelle constitution, adoptée en avril par l’organe parlementaire ad hoc, le Conseil national de transition, comporte plusieurs dispositions qui, si elles étaient appliquées, pourraient accroître le respect des droits humains …  Il s’agit notamment de la création de la première institution des droits humains nationale indépendante en Guinée… La Constitution a également renforcé l’indépendance du Conseil supérieur de la magistrature… »

 

La Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée invite HRW à carrément retirer ce paragraphe de son rapport car il est loin de la vérité. Non seulement la nouvelle constitution adoptée par le Conseil national de transition, et décrétée par le président de la transition, n’est pas conforme aux aspirations de démocratie et de liberté des populations guinéennes qui n’ont jamais été consulté par referendum sur la constitution, mais de plus, les soi-disant mesures susceptibles d’améliorer le respect des droits de l’homme ne sont que de la poudre aux yeux.

 

  • Concernant l’organe des droits humains indépendant, il nous semble qu’aucun article de la constitution proposée ne démontre son indépendance. Non seulement ses responsables sont nommés par l’exécutif sans aucune consultation préalable ni approbation parlementaire, mais de plus, son autonomie financière est à démontrer ;
  • Puis, concernant le Conseil supérieur de la magistrature, nous nous demandons que quel renforcement d’indépendance s’agit-il. Si le fait que les président et le vice-président du Conseil supérieur de la magistrature soient, respectivement, le Président de la république et son premier ministre, si cela renforce son indépendance, alors nous craignons de ne pas avoir la même conception de l’État de droit. Ce rapport de HRW voudrait-il donc dire aux populations guinéennes que nous sommes que nous ne devons pas aspirer à une indépendance totale de notre système judiciaire ?

Autant la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée juge appréciable le rapport de HRW sur la situation en Guinée, autant le paragraphe sur la supposée évolution législative en Guinée jette une totale incohérence dans ce rapport. Ce paragraphe vient même jeter un doute sur la tentative de l’organisation à légitimer juridiquement, à la place des populations guinéennes, un régime répressif assis sur une constitution dictée et décrétée par des représentants illégitimes. Je précise que ce n’est pas une accusation, mais un simple doute sur une attitude très répandue : « De nombreux gouvernements et organismes de défense des droits de l’homme sont trop complaisants à l’égard des régimes répressifs ».

 

Il existe désormais dans l’environnement sociopolitique guinéen, et africain en général, des acteurs qui luttent pour la démocratisation effective de leur pays. Nous pensons que le rôle des organismes de défense des droits humains devrait plutôt être de soutenir ces acteurs et non de continuer à jouer la complaisance à l’égard de régimes dictatoriaux. Il nous semble que l’exemple tunisien de ce début d’année 2011 n’a pas encore été bien compris par tous.

 

Encore une fois, au nom des populations guinéennes, nous invitons l’organisation Human Right Watch à retirer ce paragraphe discréditant dans son rapport.

 

Mamadou Oury Diallo

Président de la LDRG

Tag(s) : #Politique-Guinée