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La situation est toujours critique au Japon près de cinq jours après le séisme et le tsunami qui ont touché le pays. Le dernier bilan officiel fait état de plus de 4 300 morts, un bilan qui devrait s’alourdir car on est toujours sans nouvelles de dizaine de milliers de personnes. Et l’inquiétude demeure quant à la situation des centrales nucléaires. Notamment celle de Fukushima-Daichi qui retient l’attention du monde entier et dont les radiations émises par son réacteur n°4 seraient extrêmement fortes, selon un responsable du nucléaire américain.

 Sur le front du nucléaire, jusque là, l'attention se portait surtout sur les réacteurs 1, 2 et 3. Le cœur de ces réacteurs ayant partiellement fondu, il a fallu procéder à des rejets d'hydrogène dans l'atmosphère pour abaisser la pression dans les bâtiments qui les abritent. C'est ce qui a provoqué des explosions d’hydrogène, et endommagé l'enceinte de confinement des réacteurs 2 et 3, mais on manque de précision à ce sujet. Les explosions qui ont eu lieu mardi ont endommagé la piscine de rétention du réacteur n°2, piscine qui se situe dans l'enceinte de confinement.

 Explosion également et incendie au niveau de la piscine d'entreposage du combustible usé proche du réacteur n°4, mais là - c'est une précision d'importance - la piscine se trouve hors de l'enceinte de confinement, d'où la gravité de ce nouvel accident. Un deuxième incendie s'est déclaré ce mercredi au même endroit, mais s'est éteint de lui même. Cependant toutes les tentatives pour recouvrir d'eau les barres de combustible ont échoué, les hélicoptères ayant dû rebrousser chemin. On parle maintenant de camion citerne et de canon à eau, solution désespérée pour tenter d'éviter les rejets radioactifs dans l'atmosphère. Selon certains experts, les 48 heures à venir sont cruciales.

 Mouvement de population

 Depuis le séisme qui a endommagé les installations de la centrale, des populations ont été évacuées dans un rayon de 10, 20, 30 puis 80 km pour éviter les radiations. A 200 km de là, à Tokyo, certains ont choisi de s'éloigner pour quelques jours, même si dans l'ensemble, les habitants de la capitale ne cèdent pas à la panique.

 

Face à une catastrophe toujours en pleine évolution, il y a encore une sorte d'attentisme, de la sidération, mais aussi de l'impuissance, comme le traduisent les propos de Pierre Deléhouzaie. Il vit au Japon depuis 36 ans. Marié à une Japonaise et père de deux enfants, il commence à envisager de s'éloigner de Tokyo vers l'ouest en fin de semaine. Mais pour l'instant chacun reste à son poste.


« Les gens ne sont pas idiots, on sait que c’est très grave. Mais les Japonais sont les Japonais, ils ne le montrent pas. On essaie de ne pas inquiéter les autres avec ses propres sentiments mais certainement que tout le monde est conscient, inquiets. Mais que faire ? Il y a 127 millions de Japonais et il y en a 125 qui ne peuvent pas s’enfuir nulle part, il ne faut pas rêver. Bien sûr, tout le monde voudrait bien s’éloigner autant que possible mais on va quand même se jeter à la mer. C’est pas possible ».


Les rues se sont vidées, car les Tokyoïtes restreignent autant que possible leurs activités et leurs déplacements, en attendant d'y voir plus clair. Dans le métro, on voit des gens avec de petites valises, des sacs de voyages avec des effets pour quelques jours, mais pas encore d'exode massif.


Allocution de l’empereur Akihito


L’entrée en scène de l’empereur Akihito est un signe de la gravité que prend la situation. Cela a également été décidé comme un moyen d'apaisement. Personnage toujours très important au cœur des Japonais, même s'il est très distant, l'empereur apparaît dans les moments de crise comme un pilier de la stabilité.


L'empereur Akihito a parlé d'une situation « imprévisible ». C'est une évidence, mais chaque mot est pesé. Cela montre que la Maison impériale admet ce constat : malgré les appels au calme, il y a quelque chose d'incontrôlé voir d'incontrôlable dans la situation qui est en train de se développer.


Manque de communication du gouvernement


Pour le gouvernement, la priorité est d’éviter la panique qui engendrerait des problèmes d'approvisionnement, de circulation, de gestion des mouvements de déplacés, avec un grand sens de l'organisation et des moyens importants. Mais cette stratégie a ses limites. La population manque d'information pour se prémunir et pour aviser : rester ou partir. La crise de confiance guette.


Il y a un vrai problème de ce côté là, si l'on en croit Yukiya Amano, le directeur général de l'AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), qui est pourtant japonais. Face au manque d'informations transmises par le gouvernement de son pays d'origine, il prévoit de se rendre en personne au Japon pour aller chercher les données qui lui manquent.


Le gouvernement bataille sur plusieurs fronts. Les forces d'auto-défense sont à pied d'œuvre pour venir en aide aux sinistrés. Sur le front du nucléaire, on vient d'apprendre que le gouvernement est prêt à demander la coopération de l'armée américaine pour arroser les réacteurs. Des pompes à haute pression doivent être livrées dans la nuit. Par ailleurs, les Etats-Unis, qui disposent de 38 000 marines au Japon et 11 000 embarqués sur des navires militaires, se sont engagés à prêter main forte au Japonais. La course contre la montre a commencé.


 

 

L’AIEA reprend la main


Yukiya Amano, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) se rend dans l’archipel ce jeudi 17 mars 2011. Il veut rencontrer les plus hauts responsables de l’État.


Enfin le « gendarme du nucléaire » comme on surnomme l’AIEA, va intervenir. Pus de six jours après le séisme, cinq jours après avoir proposé ses services au Japon, trois jours après que le Japon ait accepté la main tendue, Yukiya Amano doit atterrir à Tokyo dans la journée, selon l’ambassadrice de France auprès de l’AIEA Florence Mangin.

 

Des experts, en suivi environnemental de la radioactivité et en soutien médical, l’accompagnent. Et il était temps, car depuis deux jours, des critiques fusaient sur le peu d’empressement de Yukiya Amano à brusquer ses interlocuteurs japonais en pleine tourmente. Certains diplomates commençaient même à pointer une possible connivence entre le directeur général de l’AIEA et les autorités de l’archipel.


Yukiya Amano gérait-il la situation en tant que directeur général de l’AIEA ou reste-t-il un haut fonctionnaire japonais, qui n’ose pas prendre des initiatives quitte à placer dans l’embarras son propre gouvernement ? En se rendant lui-même sur place dans le but de parler directement aux autorités, le chef de l’Agence coupe court aux polémiques.


 

 

Source:  

http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20110316-situation-degrade-heure-heure-japon

 

 

 

Tag(s) : #Asie et Pacifique