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roi_kadhafi_afrique.jpgDepuis la fin des années 90, mais surtout depuis le sommet de Syrte en 2001 qui a connu le lancement officiel de l'Union Africaine à la place de l'OUA, l'ex leader libyen s'est totalement engagé dans une mission panafricaine. Pour Kadhafi, le modèle des USA doit faire référence pour l'unité de l'Afrique. Le continent doit se doter d'une monnaie unique et d'une force militaire commune. Objectif: protéger l'Afrique de toute ingérence venue d'occident notamment.

À sa nouvelle mission panafricaine, Kadhafi dont les coffres sont remplis de pétro-dollars n'hésitera pas à constituer la Libya Arab Africa Investment Compagny (LAAICO). Ce fonds lui a permis d’inonder l'Afrique Sub-saharienne dans les secteurs aussi divers que l'hôtellerie, la banque, les télécommunications, les médias, la distribution de carburants, l'agriculture,...Dans le tourisme et le transport aérien il a même remplacé la compagnie Air Afrique, en faillite, par Afriqiyah. 

À son engagement panafricain, il faut cependant souligner que l'ex leader libyen tire aussi des ficèles: il est notamment le principal artisan de l'industrie de l'immigration clandestine vers l'Europe. Cette industrie jette chaque année sur les côtes européennes des centaines de milliers de migrants venant des quatre coins de l'Afrique. Chaque année, des centaines de migrants meurent dans ces eaux de la traversée. De même, Kadhafi a soutenu des leaders aussi controversés que Idi amin Dada (Ouganda) et Robert Mugabe (Zimbabwe) mais il a surtout financé des rebellions comme celle des Touaregs au Mali et au Niger, et celles du Libéria et de la Sierra-Leonne. Mohammar Kadhafi abrite en Libye des camps militaires qui servent à former des milices et des mercenaires pour le compte des dictateurs africains bénéficiant de sa bienveillance. La majeure partie ces dictateurs africains se bousculent à longueur d'année aux portes de Kadhafi.

Depuis février 2011, Mohammar Kadhafi fait face à une insurrection populaire dans son propre pays. Ce sont des révolutionnaires qui souhaitent mettre un terme au régime tyrannique de Kadhafi en vigueur depuis 42 années. L'insurrection populaire s'est rapidement transformée en une rébellion armée soutenue par la Ligue arabe et le Conseil de sécurité de l'ONU. Après 6 mois de conflit, l'entrée des révolutionnaires libyens à Tripoli ce lundi 22 août annonce la fin du règne de Mohammar Kadhafi.

Faudrait-il aussi voire en la chute de l'ex leader libyen la fin d'une certaine vision tyrannique du panafricanisme ?  En effet, s'il est vrai que depuis les indépendances et la fin de l'apartheid l'OUA se cherchait un chemin et une nouvelle vision adaptée aux circonstances de l'heure, cependant, nous sommes forcés de reconnaitre que la vision et les méthodes du panafricanisme Kadhafiste n'ont fait que transformer l'institution panafricaine en une institution qui fait du business politique et protège les intérêts de leaders tyranniques à l’égard de leurs propres peuples. Avec la vision Kadhafiste du panafricanisme, le projet Panafricain est plus que jamais devenu un projet d'élites corrompus, dictatoriaux et tyranniques à l'égard de leur propre peuple.

La chute de Mouhammar Kadhafi aura donc des conséquences significatives sur le continent africain et sur l'avenir du panafricanisme. Seuls ceux qui sont dans les coulisses des réseaux africains peuvent évaluer l'ampleur de la conséquence de la chute de Khadafi. D'abord, plusieurs chefs d'États tyranniques doivent désormais faire le deuil de leur parrain, le "roi des rois traditionnels d'Afrique" comme il aime souvent se faire appeler. Ensuite, plusieurs financements occultes vers des groupes armés ou des régimes tyranniques seront interrompus. Également, des fonds Libyens à destination de l'Afrique sub-saharienne vont s'assèchesser peu à peu. Puis, les centres de formation de mercenaires seront suspendus en Libye. Et enfin, tous les dictateurs africains se verront encore plus vulnérable que jamais face aux aspirations démocratiques de leurs peuples.

Pour ce qui est de l'avenir du Panafricanisme, la manière dont Mohammar Kadhafi a été détrôné en dit long sur la fausseté de la vision Khadafiste du Panafricanisme. À ce niveau, il est utile de rappeler que le panafricanisme est d’abord une prise de conscience de l’homme noir de sa condition de dominé et de ségrégué ; c'est ensuite une sorte d’auto-défense de l’homme noir contre les préjugés raciaux ; c'est enfin, un mouvement philosophique, culturel et politique qui prône la défense du droit des peuples noirs du monde, la restauration de la personnalité noire, l’union des peuples noirs de la diaspora et ceux de l’Afrique, et la construction d’une PUISSANTE nation noire en Afrique. Donc il apparaît que dans ses fondements mêmes, le Panafricanisme est avant tout un mouvement de démocratisation, d'affirmation et d'expression libre des droits des peuples d'Afrique. Faire cohabiter Panafricanisme et tyrannie est une illusion entretenue par des élites africaines médiocres et toujours aussi friandes d'autoritarismes. La chute de Mouhammar Kadhafi est l'illustration la plus évidente que Panafricanisme et tyrannie ne peuvent cohabiter.

Le projet Panafricaniste ne peut être viable que s'il repose que sur un projet de démocratisation de masse de l'Afrique. En ce sens, la chute du régime Khadafiste et l'aboutissement de la révolution démocratique libyenne sont des signaux positifs pour l'avenir du Panafricanisme.

Mamadou Oury Diallo

Président de la LDRG

Tag(s) : #Afrique de l'Ouest