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2011-06-27 12-53-15.215Dans la vie socioéconomique guinéenne, la question de la hausse des prix est certainement le sujet le plus sensible. Dans la plateforme revendicative des insurrections de juin 2006 et de janvier 2007 figure la question du maintient du niveau des prix. En 2008, la hausse du niveau des prix amènera des populations guinéennes à s'attaquer aux cargaisons de riz dans la circulation. La question du niveau des prix des denrées de premières nécessités est donc une question extrêmement sensible dans la vie socioéconomique guinéenne. Malgré tous les bruits des gouvernants depuis les 5 dernières années, le moindre des constats qui s'imposent à nous est le fait qu'ils sont incapables d'arrêter l'augmentation du niveau des prix.

À présent, les questions qu'on devrait se demander sont les suivantes:

  • Les arguments avancés jusqu'aujourd'hui sont-ils vrais?
  • Quelles sont les véritables causes de cette augmentation effrénée des prix?
  • Que faut-il pour arrêter la hausse continuelle du niveau des prix?

A-Les arguments avancés sont-ils vrais? Nous avons tout entendu ces dernières années. Tantôt on nous dit que c'est la situation internationale qui fait que les prix augmentent. Tantôt on nous dit que ce sont les opérateurs économiques qui augmentent les prix. On a tout entendu ces dernières années, et les pauvres populations ne savent même plus à qui s'en remettre.

1-Premièrement, il existe bel et bien une relation entre le niveau des prix et la situation internationale. Si une hausse du niveau des prix est constaté sur le marché international, naturellement cette hausse se manifestera aussi sur les marchés en Guinée. Cependant, un gouvernement qui met toute la responsabilité de la hausse des prix sur la situation internationale est un gouvernement irresponsable. En effet, malgré la hausse des prix sur les marchés internationaux, il y a bel et bien des pays dans la sous-région ouest-africaine, notamment le Ghana, qui ne connaissent pas une hausse vertigineuse des prix. Comment ces pays arrivent-ils à s'en sortir? Nous verrons cela à la troisième section de cet article.

2-Deuxièmement, c'est totalement faux. Ce ne sont pas les opérateurs économiques, notamment les commerçants, qui augmentent les prix des denrées de premières nécessités. Ceci est d'ailleurs des accusations extrêmement graves qui sont de nature à cultiver la haine entre les différentes catégories de la population. Ce sont des arguments très maladroits qui accroissent la méfiance des opérateurs économiques (détenteurs du capital intérieur indispensable pour l'investissement privé et la création d'emplois) envers le gouvernement guinéen. Les opérateurs économiques ne sont pas des philanthropes ou des entreprises caritatives. Ils ne peuvent pas vendre à perte leur produits et services. Seuls des entreprises évoluant dans une situation de monopole peuvent se permettre d'augmenter de manière indue les prix des produits et services qu'elles commercialisent. Aucune entreprise privée dans le domaine des denrées de premières nécessité n'est en situation de monopole en Guinée. Si cela existe, alors le gouvernement doit immédiatement y mettre un terme.

B-Les véritables causes de la hausse des prix en Guinée: la hausse des prix en Guinée est la conjugaison de plusieurs éléments: la perte de compétitivité de l'économie, la hausse des salaires et mauvaise gestion budgétaire du gouvernement.

1-La perte de compétitivité de l'économie guinéenne: on dit d'un pays qu'il a une économie compétitive lorsque sa balance commerciale est équilibrée ou excédentaire. Autrement, une économie compétitive est une économie qui exporte des produits d'une valeur équivalente ou supérieure aux produits qu'elle importe. Lorsque l'économie d'un pays est compétitive, ses réserves de devises étrangères augmentent et son taux de change s'apprécie. Lorsque votre économie est compétitive, l'impact de la hausse des prix sur le marché international sera très faible sur votre marché domestique. Mais lorsque votre économie n'est pas compétitive, c'est-à-dire lorsque vous n'avez pas suffisamment de stock de devises étrangères et que vous exportez très peu, ou lorsque votre devise est très dépréciée, alors toute hausse des prix sur le marché international aura de forte répercussion sur votre marché domestique. Les premiers responsables de la perte de la compétitivité de l'économie guinéenne sont les gouvernements successifs que nous avons connu ces dernières années en Guinée. Les gouvernants n'ont pas réussi à mettre en œuvre une politique économique qui favorise un climat d'affaires permettant la création, l'émergence et la survie d'entreprise capable de vendre à l'extérieur de la Guinée. Le principal produit d'exportation de la Guinée reste encore de nos jours, comme à l'époque coloniale, les produits miniers.

2-La hausse des salaires: ces dernières années, à chaque fois que le niveau des prix a augmenté jusqu'à un certain seuil en Guinée, nous avons assisté à des bras de fer entre syndicats et gouvernement pour l'augmentation des salaires. Ce qui fait que, pratiquement tous les 8 mois, nous assistons à une augmentation généralisée des salaires. Mais il faut bien comprendre quels sont les conséquences de ces augmentations de salaire dans le secteur privé et dans le secteur public.

Dans le secteur privé, toute augmentation de salaire se fait au détriment de la marge bénéficiaire de l'entreprise. Donc si une augmentation des salaires dans le secteur privé n'est pas accompagnée d'une baisse des impôts pour les entreprises, alors nous constateront inéluctablement une répercussion progressive du coût supplémentaire des salaires sur les prix des produits et services vendus.De ce fait, au bout de 6 à 8 mois, la hausse des salaires n'aura plus aucun avantage pour les salariés qui verront les prix sur les marchés à nouveau plus élevés. En Guinée, non seulement le secteur privé est pratiquement inexistant, mais de plus, la situation fiscale de la Guinée n'est pas favorable à une baisse des impôts d'autant plus que le recouvrement des impôts est encore une mission herculéenne. Donc une hausse des salaires dans le privé en Guinée ne peut avoir que des effets pervers sur le niveau des prix.

Ensuite, le secteur public, toute hausse de salaire signifie également une augmentation des charges salariales du gouvernement. Or il se trouve que la Guinée est un pays dans la situation financière est extrêmement précaire. Les ressources publiques en Guinée sont insuffisantes pour payer les salaires, le service de la dette et les investissements publics. Cette insuffisance se caractérise d'ailleurs par les chiffres vertigineux de la dette publique guinéenne qui frôle les 80% du PIB du pays. Donc il faut bien se rendre compte que toute augmentation de salaire dans le secteur public se traduira par une augmentation de la dette publique intérieure (au niveau des banques guinéennes) et extérieure. Non seulement cet endettement intérieur prive les entreprises locales et les individus de financement auprès des banques locales (c'est l'effet d'éviction), mais de plus, les services de la dette publique augmenteront crescendo. Si les dettes du gouvernement augmentent au point qu'il ne trouve pas assez d'argent pour rembourser, alors il recourra naturellement à la planche à billet, une source supplémentaire de hausse des prix. Ainsi, au bout de 6 ou 8 mois, les fonctionnaires de l'État se rendent compte que l'augmentation des salaires n'aura pas permis d'améliorer leur niveau de vie parce que les prix ont aussi augmenté.

In fine, l'augmentation continue des salaires en Guinée est aussi une cause non négligeable de la hausse continue du niveau des prix en Guinée.

3-La mauvaise gestion budgétaire du gouvernement: le laxisme dans la gestion budgétaire est certainement l'une des causes les plus importantes de l'augmentation du niveau des prix en Guinée. En effet, un gouvernement sérieux dans sa gestion budgétaire est un gouvernement qui sécurise ses recettes fiscales, qui a un plan à moyen et long terme pour le remboursement de sa dette, et qui veille scrupuleusement aux dépenses publiques. Or il se trouve que depuis 2006 l'organisation Transparency International classe la Guinée comme étant le pays le plus en corrompu en Afrique après la Somalie. Le montant annuel de la corruption en Guinée dépasse les $500 millions. Donc, ce sont au moins $500 millions qui échappent des caisses du gouvernement. Ces $500 millions par an peuvent servir à rembourser en 10 ans le montant total de la dette publique guinéenne. Quant aux dépenses publiques guinéennes, il faut bien noter que seulement à elles seules, les dépenses liées aux salaires de la fonction publique et aux accessoires (voitures, voyages, primes,...) représentent plus de 65% des recettes fiscales. Donc tout l'argent que le gouvernement ramasse sert à payer des vacances aux fonctionnaires et à rembourser la dette publique. Ce qui fait que depuis 2008 le déficit public en Guinée s'élève à plus de 35% du budget de l'État. La question est de savoir à présent où est-ce que le gouvernement va trouver le montant nécessaire pour financer son déficit? Vous l'aurez sans doute deviné: c'est grâce à la planche à billet, donc au niveau de la Banque centrale. Or, vue que l'économie guinéenne ne produit pas grand chose, donc toute augmentation de la masse monétaire par la planche à billet entraîne de facto une augmentation du niveau des prix sur les marchés. Ainsi, par le laxisme dans sa gestion budgétaire, le gouvernement est le premier contributeur à la hausse des prix en Guinée.

La question à présent est de savoir: comment faire pour arrêter la hausse des prix sur les marchés en Guinée?

C-Que faut-il pour arrêter la hausse des prix sur les marchés en Guinée? ces dernières années nous avons vu toutes sortes de politiques pour arrêter la hausse du niveau des prix en Guinée. Tantôt le gouvernement pratique des exonérations, tantôt le gouvernement se transforme en entrepreneur en essayant de jouer le rôle des opérateurs économiques, tantôt ce sont des opérations de subvention des denrées de premières nécessités, tantôt c'est l'interdiction d'exporter des produits de premières nécessités, tantôt c'est l'augmentation des salaires,...Nous avons tout vu mais pourtant les prix continuent à augmenter.

Si malgré tous les prix continuent à augmenter, c'est parce que nous n'avons pas encore touché aux véritables solutions. Pour arrêter la hausse des prix en Guinée, il y a 2 mesures indispensables à engager: se doter d'une politique économique compétitive et encourager une saine gestion budgétaire.

I-Une politique économique compétitive: en effet, il est connue que la Guinée est un pays aux immenses ressources minières. Mais, contrairement à ce que la pensée commune peut laisser croire, les immenses ressources minières n'ont fait que rendre les gouvernants guinéens extrêmement paresseux. Ils sont paresseux parce que bon-an mal-an ils savent qu'il doivent encaisser des recettes provenant de l'exploitation des ressources minières.Toute l'activité économique se résume donc à l'exploitation minière. De ce fait, la Guinée est devenu un État rentier. Le gouvernement et la grosse administration publique sont devenu des parasites dont la seule raison d'être est le partage de la rente minière. C'est parce que la Guinée est devenu un État rentier que toutes les autres activités économiques sont délaissées. Cela à non seulement favorisé la floraison de la corruption et de l'économie informelle, mais aussi, une très faible progression des ressources publiques, notamment de recettes fiscales. Cette médiocrité économique, nous l'avons déjà souligné plus haut, a provoqué la baisse de la compétitivité de l'économie guinéenne, exposant ainsi fortement la Guinée aux fluctuations des prix sur le marché international.

Pour réduire donc l'exposition de la Guinée à une fluctuation des prix sur les marchés internationaux, il faut se doter d'une politique économique compétitive. Il s'agit de:

  • Diversifier les secteurs de croissance de notre économie, notamment en se dotant de politiques agricoles ambitieuses (garantir l'autosuffisance alimentaire et l'élimination de la pauvreté) et de soutenir l'artisanat locale;
  • Favoriser un bon climat des affaires (code d'investissement et commercial libéral, tribunal commercial équitable, et l'indépendance de la justice) pour attirer des capitaux étrangers et encourager les opérateurs économiques locaux à réinvestir leur capital et agrandir leurs affaires;
  • Mettre en œuvre un plan de coopération solide entre le secteur public et le secteur privé afin de favoriser un transfert de technologie et une gain d'efficience partout où c'est possible;
  • Mettre en œuvre une réforme intelligente du secteur financier (banques, micro-finance) en Guinée, afin de pouvoir desservir les endroits les plus reculés de la Guinée en service financiers adaptés et adéquats;
  • Mener une politique graduelle et intelligente de régularisation du secteur informel de l'économie;
  • Et enfin, réhabiliter les infrastructures publiques (eau, électricités, télécommunications et routes).

En engageant une politique économique compétitive et sérieuse, non seulement la Guinée réduira graduellement sa dépendance aux recettes minières, mais de plus, elle fera tourner l'économie de manière a réduire le taux de chômage et la pauvreté, à augmenter les ressources publiques et ses réserves en devises, toutes choses qui réduiront l'exposition de la Guinée aux fluctuations des prix sur les marchés internationaux.

II-Encourager une saine gestion budgétaire: nous avons vu auparavant que plus le déficit public augmente en Guinée, plus le niveau des prix augmentent. Donc il s'agit d'encourager une saine gestion budgétaire du gouvernement. À ce niveau, il faut engager à la fois des mesures institutionnelles et une politique de rigueur budgétaire.

1-Les mesures institutionnelles: un gouvernement qui ne rend pas des comptes est un gouvernement qui peut se permettre des fantaisies dépensières. En Guinée, nous avons un gouvernement hyper puissant qui ne rend compte devant aucune institution indépendante de ses actions. C'est la raison pour laquelle nous avons de tout temps observé un laxisme dans la gestion budgétaire en Guinée. Ainsi, pour mettre un terme au laxisme budgétaire, il est absolument nécessaire d'entamer deux mesures sur le plan institutionnel: il s'agit de renforcer le pouvoir de l'assemblée nationale et de garantir l'indépendance de la Banque centrale.

-Renforcer les pouvoirs de l'Assemblée nationale: il s'agit de l'obligation faite aux membres du gouvernement de répondre aux questions des députés devant le parlement et de se soumettre aux enquêtes de la commission des comptes publiques du parlement. il s'agit de permettre au parlement de pouvoir mettre en cause un membre du gouvernement ou l'ensemble du gouvernement en cas d'utilisation malsaine ou de détournement de fonds publics.

-Garantir l'indépendance de la Banque centrale: nous l'avons vu auparavant, si le gouvernement se permet une totale liberté financière et budgétaire, c'est parce qu'il sait que quelque soit le déficit public il peut toujours imprimer de l'argent à travers la Banque centrale. Ce qui, naturellement, est la principale cause de la hausse du niveau des prix en Guinée. D'où l'intérêt de garantir l'indépendance de la Banque centrale. L'indépendance de la Banque centrale ne veut pas dire que la Banque centrale n'aura plus aucun lien avec le gouvernement. La Banque centrale continuera a être le dépositaire des fonds de l'État et, si nécessaire, le conseiller fiscale du gouvernement. L'indépendance de la Banque centrale signifie deux choses: d'abord, la Banque centrale sera un organisme distinct des autres organismes du gouvernement, tels que l'administration publique. La Banque centrale sera un organisme indépendant chargée par la loi (le parlement) d'une mission bien distincte: garantir la stabilité des prix. Elle aura des objectifs en matière de réserve de devises et de niveau d'inflation. Elle n'aura désormais aucune obligation de financer le déficit public du gouvernement, sauf si le parlement le lui demande exceptionnellement. Le financement du déficit public ne sera permis que tant qu'il n'y a aucune menace sur le niveau des prix. Aucune dépense publique et aucun paiement ne sera autorisé par la Banque centrale pour le compte du gouvernement a moins que la dépense en question soit inscrite dans la loi de finance adoptée par le parlement. Le gouverneur de la Banque centrale sera certes nommée par le président de la république, mais seulement après avoir été approuvé au sein de l'Assemblée nationale par une majorité à définir. Il devra rendre compte à l'Assemblée nationale de l'évolution de ses objectifs en matière de réserve de devise et d'inflation. Il ne peut être renvoyé que dans les mêmes conditions qu'un juge de la cour suprême.

En procédant à ces réformes institutionnelles (renforcer les pouvoirs du parlement et garantir l'indépendance de la banque centrale), nous condamnons les gouvernants dans un environnement d'excellence qui les contraindra à œuvrer de manière à optimiser leur gestion budgétaire.

2-La politique de rigueur budgétaire: en dépit des mesures institutionnelles, la rigueur budgétaire est la manière la plus efficace d'assurer une saine gestion budgétaire en Guinée. De ce fait, la gestion budgétaire du gouvernement doit s'orienter vers trois principaux objectifs: sécuriser les ressources publiques, éliminer la dette publique, et améliorer l'efficacité des dépenses publiques.

-Sécuriser les recettes publiques: cela consiste, dans un premier temps, à garantir l'indépendance de la Banque centrale comme évoqué précédemment. La Banque centrale indépendante sera la gardienne de tous les fonds de l'État. Aucune dépense et aucun paiement pour le compte du gouvernement ne sera autorisé par le gouverneur de la Banque centrale a moins que la dépense en question soit inscrite au sein de la loi de finance de l'année en cours. Dans un second temps, il s'agit de régulariser et de rendre transparent tous les contrats engageant l'État avec des partenaires ou des entreprises privées. Cette régularisation et cette transparence permettront, non seulement de s'assurer que les intérêts de la population ont été pris en compte lors de la conclusion des contrats, mais aussi, d’interrompre tout financement occulte pour garantir le transfert des fonds vers les caisses de l'État dans la Banque centrale en Guinée. Dans un troisième temps, il s'agit d'engager une véritable politique de lutte contre la corruption. À cet effet, il sera créé l'organe Anti-corruption indépendant des pouvoirs politiques dont la mission sera, non seulement de veiller à la transparence dans l'exécution du service public, mais aussi, de suivre l'exécution des dépenses publiques dans les différents projets de l'État. Dans la logique de lutte contre la corruption, il sera également introduit la politique du contrôle citoyen. Cette politique consiste pour le ministre des finances, à chaque fois qu'il débloque des fonds pour un projet public, à annoncer aux médias populaires le montant de la somme et les détails du projet en question. Non seulement cela permet aux citoyens de s'approprier des projets publics, mais de plus, c'est une politique qui met les administrateurs de projets publics dans une situation peu favorable aux détournements. Enfin, il s'agit d'élargir l'assiette fiscale en engageant une politique graduelle et intelligente d'intégration de l'économie informelle.

-Éliminer la dette publique: la dette et les services de la dette pèsent considérablement dans le budget du gouvernement. Cela grève les ressources publiques et prive le gouvernement d'une capacité d'investissement public substantielle. Il s'agit donc de voter une loi "élimination de la dette" valable pour les 25 prochaines années. Cette loi doit engager tous les bords politiques et tous les partenaires sociaux de la Guinée. Elle doit définir le montant minimum que les gouvernements doivent allouer chaque année à la réduction de la dette. Elle doit également définir le plafond d'endettement du gouvernement. Par ailleurs, en fonction des efforts nationaux pour l'élimination de la dette, il serait nécessaire d'engager des pourparlers avec les partenaires financiers de la Guinée dans une perspective d'annulation de la dette publique guinéenne.

-Améliorer l'efficacité des dépenses publiques: à cet effet, il s'agit dans un premier temps, après une concertation avec les partenaires sociaux, de nettoyer le fichier de la fonction publique guinéenne. L'objectif est d'arriver à se doter d'une administration publique moderne, efficace et efficiente dans l'exécution du service public. Il s'agit donc de se départir totalement de la culture du "parasite d'État" qui prévaut jusqu'aujourd'hui. Il sera introduit une politique de redéploiement et de réduction des effectifs permanents de l'administration publique. Dans la même logique, une loi de décentralisation qui responsabilise les régions sera adoptée de manière à décharger 10% de la charge salariale de l'État vers les régions. Dans un second temps, il sera procédé à une opération d'assainissement de toutes les entreprises publiques. Au bout de cette opération d'assainissement, les entreprises publiques viables seront privatisées pour celles qui peuvent l'être. Les entreprises publiques non viables seront fusionnées et connaîtront des plan de redressement au bout desquels celles qui peuvent l'être seront privatisées. Dans un troisième temps, il s'agit de mettre en place une politique systématique de coopération public-privé pour les projets de l'État de même qu'au niveau régional. Enfin, il s'agit, pour chaque projet de l'État, de mettre en place une commission de suivi des dépenses au sein de laquelle les acteurs de la société civile auront un rôle très important à jouer, notamment s'assurer que les sommes débloquées par le gouvernement ou les partenaire au développement sont employés pour les raisons des projets en cours.

En appliquant une politique de rigueur budgétaire comme défini précédemment, il sera possible, non seulement de réduire considérablement le déficit budgétaire de l'État, mais aussi, de se débarrasser de la culture de "parasite d'État" pour encourager une culture entrepreneuriale en Guinée. 

D-Conclusion

Tout au long de cet article, dans un premier temps, nous avons démontré que les arguments qui consistent à rejeter la responsabilité de la hausse des prix en Guinée sur la conjoncture internationale ou sur les opérateurs économiques sont totalement erronés. Puis, nous avons compris que la hausse des prix en Guinée est due à trois principaux éléments: la faible compétitivité de l'économie guinéenne, la hausse des salaires et une mauvaise gestion budgétaire. Ce sont tous des éléments de la responsabilité des gouvernants. Enfin, nous avons défini les mesures à adopter pour garantir la stabilité des prix en Guinée: une politique compétitive de l'économie guinéenne et l'encouragement d'une gestion budgétaire saine. Au titre de ce dernier élément, nous avons notamment souligné la nécessité d'engager des réformes institutionnelles et des mesures de rigueur budgétaire. Les réformes institutionnelles doivent particulièrement porter sur le renforcement du pouvoir de l'Assemblée nationale et l'indépendance de la Banque centrale.

Au bout de cet article, nous invitons donc les populations guinéennes à ne pas se laisser abuser. Les rencontres entre gouvernement et opérateurs économiques sont la preuve que nos gouvernants ne souhaitent pas encore s'engager sur la voie de la bonne gouvernance.

Pour freiner la hausse des prix, au lieu continuer à réclamer une augmentation de salaires avec les effets pervers qui s'en suivent, nous invitons les populations guinéenne à commencer à présent à réclamer une augmentation de leur pouvoir d'achat. Le pouvoir d'achat n'augmentent que lorsque nous avons une stabilité des prix. Nous l'avons démontré et expliqué de manière très académique et pratique dans cet article: ce n'est pas aux opérateurs économiques ni au gouvernement de garantir la stabilité des prix. Dans tout pays sérieux engagés dans la bonne gouvernance, la stabilité des prix est une mission confiée exclusivement à la Banque centrale. La Banque centrale n'est pas un organe du gouvernement. Seul un gouvernement qui n'a aucune intention de bonne gouvernance s'accapare de la Banque centrale. Donc, aujourd'hui en Guinée la lutte sociale pour la stabilité des prix doit se résumer à lutte pour renforcer les pouvoirs du parlement et l'indépendance de la Banque centrale.

Mamadou Oury Diallo

Président de la LDRG

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