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bulletin_vote.jpgLes élections présidentielle et législatives en Haïti se sont déroulées hier sur fond de dénonciation de manœuvres politiques et de violences. Douze candidats à la présidence ont demandé à ce que le scrutin soit annulé, appuyés par des milliers de manifestants. Le Conseil électoral provisoire (CEP) a tout de même validé le scrutin dans la grande majorité du pays.

«Nou bouke» (Nous sommes fatigués), criaient des manifestants hier à Port-au-Prince, déchirant au passage des affiches électorales de Jude Célestin, le dauphin du président sortant, René Préval. Ils faisaient écho aux douze candidats à la présidence qui ont rencontré ensemble la presse pour dénoncer ce qu'ils considèrent comme «un complot du gouvernement et du Conseil électoral provisoire pour trafiquer les élections au profit du candidat du parti au pouvoir». 

Le groupe comprend de grands noms de cette élection, tels ceux de Mirlande Manigat et de Michel Martelly, les deux candidats qui se partageaient le plus d'intentions de vote avec Jude Célestin ces derniers jours. Les candidats affirment que le parti de René Préval a rempli des urnes et qu'il retournait les électeurs susceptibles d'appuyer d'autres candidats que M. Célestin. Ils ont indiqué qu'ils se rencontreraient aujourd'hui pour trouver une solution. La foule présente pour la conférence de presse scandait «Arrêtez Préval». Plus tard, la radio de Port-au-Prince indiquait que deux candidats à la présidentielle se seraient ajoutés aux revendications.

Le CEP a indiqué en soirée que la consultation était «réussie», malgré les contestations. Le scrutin a été annulé dans 56 des 1500 bureaux de vote. «On va étudier au cas par cas les endroits où il y a eu un problème», a déclaré le directeur général, Pierre-Louis Opent. «Dans 48 ou 72 heures, on décidera de ce qu'on fait.» «Nous n'avions pas la prétention d'organiser des élections sans irrégularités, a ajouté le vice-président du CEP, Theleve Toussaint. Ce sont des irrégularités qui sont dues aux faiblesses des structures de l'État.» Un bilan sur le scrutin sera publié dans deux jours.

Électeurs retournés


Les Haïtiens ont été nombreux à se rendre aux bureaux de vote, qui dans certains cas ont ouvert leurs portes deux heures en retard. Même dans les églises, on incitait les gens à aller voter. Les candidats ont aussi interpellé les électeurs ce week-end, envoyant des textos sur les téléphones portables. 

Mais de nombreux électeurs pourtant inscrits n'ont pas réussi à mettre leurs bulletins dans les urnes, car le personnel des bureaux de vote leur expliquait que leur nom ne figurait pas sur la liste électorale. Certains observateurs avancent que le manque d'organisation pourrait expliquer les problèmes rencontrés, plutôt qu'une fraude.

Le CPE explique plutôt que «dans la fièvre électorale de la journée, des électeurs n'ont pas réussi à trouver leur bureau de vote», a souligné M. Dorsainvil.

Le chanteur d'origine haïtienne Wyclef Jean, qui aurait voulu se présenter à la présidentielle malgré le fait qu'il habite aux États-Unis depuis de nombreuses années, a donné son appui aux contestataires en défilant hier dans la rue avec eux hier. «On ne doit pas voler le vote populaire», a-t-il dit. En général, les manifestations se sont déroulées dans le calme.

Mais les protestations ont tout de même causé la mort d'au moins deux personnes et en ont blessé plusieurs, selon un policier interrogé par l'Agence France-Presse. Des bureaux de vote ont d'ailleurs été fermés dans deux villes du nord d'Haïti, en raison de violences. Un centre de vote de la capitale a été complètement saccagé. «Une trentaine de personnes sont arrivées d'un coup et ont tout saccagé. Elles n'avaient pas leurs noms sur les listes et ne pouvaient pas voter», a expliqué un responsable du bureau de vote. Plusieurs assurent avoir vu les noms de proches décédés sur les listes électorales affichées. 

Selon AlterPresse-Haïti, certains électeurs qui n'ont pu voter ont l'intention de descendre dans la rue à nouveau aujourd'hui pour demander à pouvoir exercer leur droit de vote. «Nous demandons à ce qu'on dresse un procès-verbal pour que tous les détenteurs de la carte électorale puissent voter», ont dit des électeurs de la capitale. 

Dans un communiqué diffusé hier soir, l'Organisation des Nations unies et la communauté internationale ont exprimé «leur préoccupation suite aux nombreux incidents» survenus au cours des élections. 

Cinq candidats avaient déjà demandé le report du scrutin, la semaine dernière, en raison de l'épidémie de choléra, qui a déjà affecté 57 000 personnes, en plus d'en tuer 1400.

Les résultats des élections devraient être révélés le 7 décembre, tandis que la passation des pouvoirs se fera en février. Le second tour de la présidentielle se tiendra en janvier si aucun candidat n'a obtenu plus de 50 % des voix.

Source: http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/311980/chaos-electoral-en-haiti-le-conseil-electoral-valide-le-scrutin-malgre-l-appel-a-l-annulation-pour-cause-de-fraude-lance-par-12-des-18-candidats-a-la-presidence?utm_source=infolettre-2010-11-29&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

Tag(s) : #Amérique du Nord