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shirin_ebadi.jpgPrix Nobel de la paix, féministe tout aussi opposée au port du niqab qu'à l'interdiction du simple foulard (qu'elle ne porte d'ailleurs pas), démocrate convaincue que le mouvement d'opposition au régime prend de la vigueur en Iran, Shirin Ebadi vit en exil depuis la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad en juin dernier.

«Le mouvement d'opposition a changé de forme à cause de la sévérité de la répression, mais devient encore plus fort», a soutenu l'ancienne juge lors d'un point de presse hier à l'Université Concordia, où elle prononçait une conférence.

«Les grandes manifestations de rue ont été remplacées par des journées de deuil organisées dans les parcs par les mères des victimes de la répression et qui attirent d'autres femmes opposées à la violence. On célèbre aussi les anniversaires des détenus devant les prisons. Les autorités n'en continuent pas moins à procéder à des arrestations, même s'il s'agit de la forme la plus pacifique de protestation», a-t-elle poursuivi.

Un feu qui couve

Mme Ebadi décrit un Iran où le gouvernement lui-même est profondément divisé, tout comme le clergé, dont une partie appuie ce gouvernement tandis qu'une autre s'y oppose; et où l'armée parallèle des Gardiens de la révolution accroît son pouvoir politique et économique. À la question de savoir si une guerre civile menace d'éclater dans son pays, elle a répondu: «Ce risque existe si la répression continue. Nous avons un feu qui couve sous les cendres, mais malheureusement, le gouvernement n'essaie pas de l'éteindre, seulement de le cacher.»

Appelée à se prononcer sur la controverse qui agite le Québec au sujet du niqab (le voile intégral), Shirin Ebadi a tenu a distinguer ce vêtement du hidjab (foulard qui recouvre la tête), précisant: «Se couvrir le visage est une pratique tribale, qui n'est pas prescrite par l'islam. Quand les femmes font leurs prières ou un pèlerinage, elles doivent au contraire se découvrir le visage, sans quoi le rituel est considéré sans valeur.»

Cela étant dit, la juriste invoque, comme beaucoup d'intervenants en Occident, l'«ordre social» pour s'opposer au niqab.

Entraver la répression

Mme Ebadi avoue ignorer si le gouvernement iranien cherche à développer une bombe atomique, comme le soupçonnent plusieurs pays occidentaux qui souhaitent imposer de nouvelles sanctions pour l'en dissuader. Elle préconise plutôt des mesures qui auraient pour effet d'entraver le potentiel de répression des autorités iraniennes, par exemple en interdisant aux fabricants de téléphones portables de leur fournir des logiciels permettant d'espionner les conversations.

Mme Ebadi se trouvait à l'extérieur de l'Iran au moment de l'élection présidentielle et des violences qui ont suivi. Ses amis lui ont conseillé de ne pas rentrer au pays.

«Je me demande où je suis le plus utile, a-t-elle expliqué. J'ai pu parler de l'Iran à plusieurs reprises au Conseil des droits de l'homme et au secrétaire général de l'ONU. Je rentrerais au pays si mes collègues me disaient qu'ils avaient besoin de moi.»

Plusieurs de ses collègues ont d'ailleurs été arrêtés et détenus pendant des périodes plus ou moins longues. Sa propre soeur a subi ce sort, tandis que son mari n'a pas le droit de quitter l'Iran. Ses deux filles, qui ont fait des études universitaires à Montréal, vivent à l'étranger.

Interrogée sur l'intention du fils de Zahra Kazemi, la photojournaliste canado-iranienne assassinée en prison à Téhéran, d'intenter une poursuite civile contre Téhéran, Shirin Ebadi s'est contentée de cette réponse: «Il faut que justice soit faite quelque part.»

Source: http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/284718/shirin-ebadi-l-exil-pour-prendre-la-parole 

Tag(s) : #Moyen et Proche Orient