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La méthode Coué de Morgan Tsvangirai a trouvé ses limites. Après avoir répété pendant plus de huit mois de gouvernement d'union nationale, instauré au mois de février, que la cohabitation forcée avec son adversaire, le président Robert Mugabe, se déroulait relativement bien, le premier ministre a décidé de changer de ton. C'est donc en son absence et celle des membres de son parti, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), que M. Mugabe a présidé, mardi 20 octobre, le conseil des ministres.

La décision de boycotter les rencontres avec la ZANU-PF avait été prise le 16 octobre pour protester contre la "mauvaise foi persistante" du parti du père de l'indépendance nationale dans le règlement des contentieux liés à l'accord de partage du pouvoir. "Nous avons été patients mais c'est fini, nous appelons la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) à faire pression sur Robert Mugabe", a expliqué Nelson Chamisa, le porte-parole du MDC.

Ce boycottage peut-il signifier à terme un départ du gouvernement d'union ? "Non, répond-il, ceux qui devraient partir sont Robert Mugabe et ses partisans, car c'est nous qui avons gagné les élections." En mars 2008, le MDC avait remporté les élections générales, mais M. Mugabe, à la tête du pays depuis trente ans, avait déclenché une campagne de violences politiques contre l'opposition pour se maintenir au pouvoir.

Le sort d'un homme est à l'origine de cette nouvelle crise. Trésorier du MDC, Roy Bennett avait été incarcéré en février pendant un mois avant d'être relâché sous caution. L'Etat l'accuse d'avoir comploté pour renverser le chef de l'Etat.

"Procès politique"

Le 14 octobre, cet ancien fermier blanc, nommé ministre adjoint de l'agriculture, est retourné en prison pendant deux jours, ce qui a suscité la colère de M. Tsvangirai, qui exige l'abandon des poursuites avant le procès prévu le 9 novembre. "C'est clairement un procès politique, estime Béatrice Mtetwa, l'avocate de Roy Bennett. Ce Blanc apprécié des Zimbabwéens détruit l'essence même des discours de Robert Mugabe qui oppose les colons blancs aux Noirs."

A l'initiative de cette inculpation, le procureur général, Johannes Tomana, dont la nomination par M. Mugabe fin 2008 est toujours contestée par le MDC, tout comme celle du gouverneur de la banque centrale, Gideon Gono.

Ces griefs, qui minent la cohabitation entre les deux partis, s'ajoutent à ceux concernant la tutelle des organes de sécurité ou la nomination de gouverneurs régionaux.

La SADC étant garante de l'application de l'accord, Morgan Tsvangirai a entrepris depuis lundi une tournée en Afrique australe pour inciter les chefs d'Etat à faire changer l'attitude de Robert Mugabe.

Mais l'appel a peu de chances d'être entendu par des chefs d'Etat dont certains sont proches du président zimbabwéen, ou indulgents à son égard. Ainsi Jacob Zuma, élu en avril à la tête de l'Afrique du Sud, avait-il suscité un espoir. "Il avait promis pendant sa campagne de rompre avec la politique de complaisance de son prédécesseur, mais on n'a encore rien vu", juge Judy Smith-Höhn, de l'Institut des études de sécurité basé à Pretoria.

Pour certains, le MDC est désormais pris au piège dans un gouvernement où il détient peu de pouvoir mais qu'il ne peut quitter sous peine de voir ressurgir les flambées de violence de 2008. "Nous sommes face à des gens qui ne cherchent qu'à survivre politiquement et n'ont que faire de la population", reconnaît Gorden Moyo, ministre d'Etat auprès de M. Tsvangirai.

Pour sortir de l'impasse, l'analyste politique zimbabwéen Tendai Dumbutshena ne voit qu'une seule solution : "La tenue rapide d'élections organisées par la communauté internationale qui pourront enfin offrir au Zimbabwe un gouvernement légitime."

Sébastien Hervieu
Source: http://www.lemonde.fr/afrique/article/2009/10/21/au-zimbabwe-crise-ouverte-entre-robert-mugabe-et-son-premier-ministre_1256740_3212.html#ens_id=1239629

Tag(s) : #International