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Depuis janvier 2008, l'Afrique du Sud, moteur économique du continent africain et grand exportateur d'électricité, cale régulièrement. De nombreuses coupures de courant plongent le pays dans l'obscurité. Mais ce sont 30 des 48 pays d'Afrique subsaharienne qui sont touchés par une crise de l'énergie. C'est pourquoi des représentants des compagnies d'électricité, des hommes politiques et des investisseurs africains se sont réunis au Cap, du 11 au 13 novembre, lors d'une conférence intitulée Powering Africa Forum.

La pénurie d'électricité a des conséquences désastreuses tant au niveau social qu'économique. L'obscurité favorise la criminalité. La conservation des vaccins ou le bon déroulement d'une opération chirurgicale peuvent être remis en question par des délestages. Le pompage de l'eau devient impossible, les communications sont ralenties. La crise énergétique aurait ainsi fait perdre 4,5 milliards d'euros à l'Afrique du Sud depuis 2008.

Moyens de production insuffisants ou obsolètes, réseaux de distribution vétustes, fort endettement des sociétés nationales d'électricité : d'après l'Agence internationale de l'énergie (AIE), l'Afrique aurait besoin de 344 milliards de dollars (230 milliards d'euros) pour augmenter sa capacité de production, moderniser ses infrastructures et étendre ses réseaux de distribution. Les gouvernements doivent donc convaincre des investisseurs. Or, souvent, "les projets manquent de garanties financières et les politiques énergétiques sont floues", estime Mark Pickering, directeur de la société sud-africaine Empower. "Trop souvent, les gouvernements font des appels d'offres sans donner suite. Les investisseurs n'ont plus confiance", enchaîne Gerrit Kruyswijk, de la Nedbank.

Potentiel extraordinaire

"Les bailleurs ont de l'argent disponible pour financer les projets, estime Virginie Dago, de l'Agence française pour le développement. Ce qui manque, ce sont de bons meneurs de projets." L'exemple d'Eskom, l'électricien sud-africain, est caractéristique : Jacob Maroga, le PDG, a été démis de ses fonctions le 12 novembre. Il avait accédé à sa fonction grâce au Black Economic Empowerment, un programme de discrimination positive, mais n'a pas fait preuve des compétences requises pour diriger une entreprise d'Etat. "Il y a trop d'ingérence des Etats et de la politique dans les services publics africains. De plus, les passations de marché ne se font pas toujours dans la transparence", affirme un consultant suisse.

L'ouverture du marché est attendue avec impatience. "Il y a des raisons d'espérer, assure Pat Naidoo, directeur exécutif de la joint-venture Westcor. L'Afrique va ouvrir le marché de l'électricité aux producteurs indépendants, avec un cadre de régulation régi par les Etats. Cela devrait permettre l'accroissement de la capacité de production, via des fonds privés." Mais, en attendant, "on a deux équipes de foot immobiles, celles des financeurs et celles des porteurs de projets de développement, car il n'y a pas de terrain de jeu", ironise Alastair Campbell, de la Standard Bank sud-africaine.

La nécessité d'une hausse des tarifs fait consensus. Jusqu'à présent, la politique commerciale des compagnies d'Etat était quasi inexistante. Les factures impayées n'étaient pas recouvrées et "les tarifs n'ont pas évolué depuis les années 1970, car c'est un argument électoral fort", explique un membre de la Banque européenne d'investissement (BEI). "Mais on ne peut pas progresser avec ce genre de comportement, d'autant que les électeurs se plaignent du manque d'investissement public dans le secteur énergétique", ajoute-t-il.

C'est ce qui a généré la crise en Afrique du Sud. L'Etat et Eskom étaient dans l'incapacité de financer les infrastructures car l'électricité était facturée au tiers de son prix de revient. Le gouvernement devrait donc décider, fin novembre, d'une hausse des tarifs de l'électricité de 146 % sur un an ou bien de 45 % par an sur trois ans. Sachant qu'en 2007 et 2008 les consommateurs ont vu leurs factures augmenter respectivement de 27,5 % et 31,3 %.

Le continent africain a un potentiel extraordinaire de production d'électricité. Pat Naidoo, de Westcor, soutient que "des projets comme le développement du site hydroélectrique d'Inga (en République démocratique du Congo) pourraient rapporter tous les ans 2,2 milliards de dollars (1,5 milliard d'euros)". Mais, comme le rappelle Sang Yoon, analyste à l'AIE, "le problème reste le financement".

Tristan Coloma

Tag(s) : #Société-Guinée