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300x200 1512530 0 2de8 ill-1303487-4ca1-610157Rançon d'un succès encore fragile, Goodluck Jonathan, président en exercice du Nigeria, ne se déplace plus qu'avec une garde prétorienne originaire de sa région, des colosses "de deux mètres de haut et d'un mètre de large", selon un témoin, chargés de faire rempart de leur corps au vice-président. Il veille à ne pas se faire empoisonner et ne pas apparaître en public. Ces "craintes pour son intégrité physique", selon une source diplomatique, indiquent que l'obscur politicien devenu président en exercice, au terme d'une longue lutte menée à la faveur de la maladie du président Umaru Yar'Adua, est en train de s'imposer à la tête du Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique.

Depuis l'évacuation sanitaire à l'étranger, en novembre 2009, puis le retour au pays, en février, de M. Yar'Adua, la bataille pour le pouvoir s'était engagée. Le président, sans doute mourant, peut-être déjà décédé, est caché par son entourage qui tente de garder la haute main sur les affaires du pays. Le vaste groupe de leurs ennemis s'est choisi Goodluck Jonathan comme champion.

Parce qu'il est un homme discret, le vice-président du Nigeria avait été sous-estimé par la faction Yar'Adua, qui menait une guérilla anti-Goodluck jusque dans les rangs du gouvernement. Celui-ci a été dissous, mercredi 17 mars, par M. Jonathan. Pendant six heures d'affilée, lors du conseil exécutif de la fédération, l'équivalent du conseil des ministres, les membres du gouvernement lui ont fait signer des mémorandums pour débloquer le financement de projets. A la fin du conseil, M. Jonathan a annoncé, en une phrase, qu'il dissolvait le gouvernement.

MASSACRE DE CHRÉTIENS

Un mois plus tôt, ce responsable politique d'un petit Etat du Nigeria, le Bayelsa, qui compte parmi les producteurs de pétrole du delta du Niger, n'aurait pas osé cette action frontale. En se débarrassant du gouvernement, M. Jonathan s'impose comme seul maître du pouvoir exécutif. Il faudra plusieurs semaines, peut-être, pour valider une liste de ministres (chacun des 36 Etats a son représentant au gouvernement). Mais dans l'immédiat, le Nigeria retrouve un chef.

Pour s'imposer, Goodluck Jonatahn a procédé par étouffement progressif du camp adverse. Profitant de l'émotion suscitée, en mars, par le massacre de chrétiens à Jos (centre du pays), il avait remplacé le conseiller national à la sécurité. Le second mouvement avait été la nomination d'un Comité de conseil présidentiel de 25 membres, choisis par ses soins et dirigé par Theophilus Danjuma, ancien général chrétien originaire du Nord, poids lourd de la politique nigériane.

Dans l'intervalle, la "faction Goodluck" s'est aussi imposée au Parlement. Restait le gouvernement. Fin février, le vice-président s'était attaqué à un pilier de la faction Yar'Adua. La réplique avait été sévère. Les proches de l'ancien président, menés par son épouse Turai, avaient ramené d'urgence le président malade à Abuja. Des troupes avaient été déployées pour s'assurer que nul n'approcherait l'avion. Le vice-président n'avait pas plus été informé du retour que du déploiement militaire. Dans les tensions qui ont suivi, un "coup d'Etat a été envisagé par des hauts responsables des forces armées", assure une bonne source.

"Goodluck Jonathan a un an pour remettre le gouvernement au travail. S'il veut le bien du Nigeria, c'est une chance fantastique", estime John Adeleke, analyste et directeur de l'organisation World Trade, à Lagos.

Jean-Philippe Rémy
Source: http://www.lemonde.fr/afrique/article/2010/03/20/goodluck-jonathan-sous-estime-par-ses-rivaux-s-impose-a-la-tete-du-nigeria_1321897_3212.html#ens_id=1294210
 

Tag(s) : #Afrique de l'Ouest