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Depuis qu'il a été créé pour mettre fin aux violences meurtrières postélectorales de 2008, le gouvernement d'union nationale, au Kenya, n'a pu se prévaloir d'aucune performance, gagnant le surnom révélateur de "gouvernement d'impunité nationale". Mardi 16 février, le premier ministre, Raila Odinga, a pris une mesure susceptible de remettre en cause l'existence même de cette coalition.

L'ancien candidat de l'opposition qui semblait sur le point d'emporter l'élection de Noël 2007 avant que la victoire ne soit accordée, début janvier 2008, au président sortant Mwai Kibaki, déclenchant aussitôt des vagues de violence au Kenya, a appelé les membres de sa formation, le Mouvement démocratique orange (ODM), à boycotter le gouvernement.

Jeudi, un rapport du cabinet de consultants Pricewaterhouse Coopers, commandé par le bureau du premier ministre, avait révélé l'étendue des détournements réalisés entre mai et novembre 2008 au sein de l'organisme étatique chargé de la gestion des céréales. Deux milliards de shillings (20 millions d'euros) y ont disparu, essentiellement sous la forme de transactions avec des sociétés fictives ou par la cession de 277 000 sacs de maïs retirés des stocks d'urgence nationaux pour être écoulés sur le marché. A la même période, le président Kibaki lançait un appel solennel à la communauté internationale pour une aide alimentaire d'urgence. D'autres investigations ont mis en évidence des détournements dans le secteur de l'éducation.

En conséquence, dimanche, M. Odinga a annoncé sa décision de suspendre deux ministres. Le premier, William Ruto, ministre de l'agriculture, était l'un des piliers du "Pentagone", le groupe de cinq dirigeants à l'origine de l'ODM. Selon des sources concordantes, M. Ruto est suspecté de compter parmi les principaux organisateurs de la violence dans la région de la vallée du Rift.

Visé par des poursuites judiciaires, il a le sentiment d'avoir été lâché par Raila Odinga, dont il est désormais le rival. Le second, Sam Ongeri, appartient au groupe de Mwai Kibaki. Le président de la République a refusé ces sanctions, affirmant vouloir réintégrer les ministres dans le gouvernement.

Pour régler le différend, M. Odinga a appelé à la rescousse Kofi Annan. L'ancien secrétaire général des Nations unies avait été l'architecte du retour au calme du Kenya. Après avoir installé le gouvernement d'union nationale et identifié les priorités en matière de réforme et de justice pour maintenir la paix, il avait laissé les Kényans en charge de la situation.

Le gouvernement d'union nationale est à présent menacé d'implosion après avoir établi un record, celui du plus gros gouvernement de la planète (quarante-deux ministres, plus de cinquante ministres délégués). Pour Wafula Okumu, chercheur à l'Institut d'études de sécurité (ISS) : "Le pacte de l'élite politique semblait tenir tant qu'ils maintenaient le credo : "Mange (vole) et ne me regarde pas manger." Mais ils ont accumulé des squelettes dans leurs placards jusqu'à ce que l'un d'entre eux trahisse les autres."

Le porte-parole de la commission anticorruption du Kenya, Nicholas Simani, assure que son organisme "est en train d'étudier (...) le rapport très détaillé, dans l'optique de rouvrir ses enquêtes sur le scandale du maïs subventionné". La commission, depuis sa création après la première élection de Mwai Kibaki, en 2002, n'a jamais obtenu le moindre résultat.

Les détournements sont d'autant plus inquiétants qu'ils devraient servir à constituer des trésors de guerre en vue de la prochaine confrontation électorale, en 2012, dans un contexte d'impunité. Aucune des grandes réformes prévues par le plan de Kofi Annan n'a été mise en place. Aucun responsable n'a fait l'objet de poursuites. Au contraire, les personnes qui seraient tentées de témoigner dans les procès au Kenya font l'objet d'intimidations, ont relevé plusieurs organismes de défense des droits de l'homme.

Jean-Philippe Rémy
Source: http://www.lemonde.fr/afrique/article/2010/02/17/au-kenya-plusieurs-scandales-de-corruption-menacent-le-gouvernement-de-coalition_1307245_3212.html#ens_id=1292442 

Tag(s) : #Afrique de l'Ouest