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Mohamed-BouazizILes Tunisiens ont passé avec brio leur premier test démocratique. Les principaux intéressés semblaient eux-mêmes éberlués du bon déroulement du scrutin, qui a recueilli un taux de participation inespéré d'au moins 70%.

«On est un peuple sympathique, finalement, après 50 ans de dictature, laisse tomber pince-sans-rire Jmel Amor, vendeur de produits artisanaux au souk de la vieille ville. On espère maintenant la tranquillité, pour que les touristes reviennent.»

 

Le mot d'ordre, ont résumé les responsables électoraux, a été «patience et joie». Une joie discrète, palpable chez les électeurs au moment du vote, mais qui n'a pas donné lieu aux habituelles manifestations bruyantes dans les rues de la capitale. Tout Tunis, hier, semblait curieusement sage, littéralement rivé aux écrans de télévision allumés dans tous les cafés.

 

Patience également pour les électeurs, dont certains ont attendu plus de cinq heures pour pouvoir tremper leur index gauche dans l'encre bleue - une modalité du scrutin pour empêcher les fraudes.

 

Des retards dans l'ouverture de quelques-uns des 7000 bureaux de scrutin, des électeurs dont le nom n'apparaissait pas sur les listes électorales, des partis qui n'ont pas respecté le mot d'ordre d'arrêt de la campagne: voilà tout ce qu'avait à déplorer en fin de journée le président de l'Instance supérieure indépendante des élections (ISIE), Kamel Jendoubi. Il a annoncé la diffusion des premiers résultats du scrutin demain en fin d'après-midi.

 

Selon les plus récents sondages crédibles, les islamistes modérés d'Ennahdha obtiendraient le quart des voix, suivis par un trio de partis centristes et libéraux le Parti démocrate progressiste (PDP) à 16%, Ettakatol à 14% et le Congrès pour la République (CPR) à 8%. Les candidats associés à l'ancien parti présidentiel recueilleraient environ 10% des voix.

 

Sexes séparés

 

Dans au moins une demi-douzaine de bureaux, les internautes ont également noté, photos et vidéos à l'appui, qu'on avait séparé les hommes et les femmes en deux files. La discrimination a parfois suscité l'ire des électeurs. «Cette façon de faire n'a pas été demandée, a précisé en conférence de presse Monia El Abed, porte-parole de l'ISIE. Nous comprenons que ce sont certains citoyens qui l'ont demandée. Si c'est leur souhait, il n'y a pas de problème. L'important, c'est que le droit de vote soit accessible à tous les citoyens.»

 

«C'est une journée exaltante, la naissance de notre démocratie», dit Alya, quelques minutes après avoir voté dans une petite école du centre-ville, dans le quartier Lafayette, un vieux quartier populaire de la capitale. Elle exhibe fièrement son index bleu. Elle et son mari Fadhel se sont levés à 6h30 pour voter. Seul hic, note-t-elle, le nombre de listes dont le nom s'entasse sur une feuille de 42 cm de large, 81, est «étourdissant». «Je savais pour qui j'allais voter, ça m'a pris deux minutes pour trouver son sigle. C'est la rançon du succès.»

 

Haute surveillance

 

Plusieurs électeurs âgés, qui ont vu le pays mené par Bourguiba puis Ben Ali, qui ont instauré deux régimes autoritaires, ont reconnu qu'ils votaient pour la première fois. «Avant, c'était du cinéma, personne n'y allait», dit Samir. Une étincelle rieuse dans l'oeil, Mohammed, un septuagénaire portant le traditionnel fès, annonce qu'il ne sait pas trop pour qui il a voté. «Par Dieu, je ne le sais pas, j'ai coché au hasard. De toute façon, tous ces gens travaillent pour le bien de la Tunisie.»

 

Les élections historiques, auxquelles 4,5 des 7,5 millions de Tunisiens majeurs sont inscrits, se déroulent sous haute surveillance. Outre les 42 000 policiers et militaires chargés de la sécurité, plus de 5000 observateurs et 1600 journalistes étrangers en suivent le déroulement. Il ne s'agit que de ceux qui ont été accrédités, les demandes étant estimées au double de ce nombre.

 

Les électeurs doivent choisir entre 11 000 candidats, regroupés en 1517 listes, pour élire 217 représentants. Ceux-ci auront un an pour rédiger la nouvelle constitution du pays, qui a fait tomber le dictateur Ben Ali le 14 janvier dernier.

Source: http://www.cyberpresse.ca/international/dossiers/crise-dans-le-monde-arabe/201110/24/01-4460175-les-tunisiens-passent-le-test-des-elections.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B13b_crise-dans-le-monde-arabe_1415782_section_POS1

Tag(s) : #Afrique de l'Ouest