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kirghisistan-refugies.jpgLa situation devient de plus en plus chaotique au Kirghizistan où des affrontements ethniques entre des Kirghizes et la minorité ouzbek ont éclaté jeudi soir à Osh, dans le sud du pays, avant de s'étendre à d'autres zones de la région.

Le ministère kirghize de la Santé a établi lundi un bilan de117 morts - soit 93 à Osh et 24 à Jalalabad - et 1485 blessés. Les victimes seraient principalement des Ouzbèkes.

L'incertitude prévaut aussi quant au nombre de réfugiés qui affluent vers la frontière avec l'Ouzbékistan, toute proche.

Plus de 75 000 Ouzbèkes ou Kirghizes d'origine ouzbek se seraient déjà réfugiés en Ouzbékistan, d'après un communiqué du ministère ouzbek des Situations d'urgence.

Les réfugiés seraient essentiellement des personnes âgées, des femmes et des enfants dont plusieurs seraient blessés par balle. Des camps de réfugiés seraient en cours d'installation.

Dimanche, Ban Ki-moon, le secrétaire général de l'ONU, s'est dit « alarmé par l'ampleur des affrontements, la nature interethnique des violences et le nombre de victimes et de déplacés ».

Les Ouzbèkes ne représentent que 14,5 % des 5,3 millions d'habitants du Kirghizistan, mais constituent près de la moitié de la population dans le sud du pays.

La religion n'est vraisemblablement pas en cause dans cette crise puisque les Ouzbeks et les Kirghizes partagent une même croyance religieuse : l'islam sunnite.

Une ambiance de guerre civile

Divers témoins ont rapporté une ambiance de guerre civile, certains allant même jusqu'à parler de génocide contre la minorité ouzbek.

Osh, qui compte 250 000 habitants, aurait été dévastée par des incendies. La majeure partie de la ville serait détruite et plusieurs magasins auraient été pillés.

Les Kirghizes auraient pris le contrôle de la ville, dimanche, où les incendies se poursuivaient et où des tirs sporadiques auraient été entendus. Les Ouzbèkes restant à Osh se seraient barricadés dans leurs quartiers.

« Ils nous tuent tous, nous les Ouzbèkes les uns après les autres! J'ai fui, je ne sais pas ce qui est arrivé à mes enfants et mes petits-enfants », a raconté à l'AFP Rani, 52 ans, qui a fui Osh pour se réfugier en Ouzbékistan.

« Que Dieu nous vienne en aide! Ils tuent les Ouzbeks comme si c'étaient des chiens. La quasi-totalité de la ville est en flammes », a déclaré à Reuters Dilmourad Ichanov, un militant ouzbek des droits de l'homme installé à Osh.

Toujours à Osh, des Ouzbeks ont accusé des groupes kirghizes d'assiéger leurs quartiers, d'incendier les maisons et de tirer sur ceux qui essayaient de s'enfuir.

Selon ces témoins, des groupes armés de fusils d'assaut, de machettes et de barres métalliques patrouillent dans Osh. Les Ouzbeks, qui disent riposter avec des fusils de chasse, ont déployé des camions afin de tenter de bloquer l'accès à leurs quartiers.

« Nous restons sur nos barricades en attendant une nouvelle attaque », a déclaré Bakhram Magrafimov, un chauffeur de taxi, à Reuters.

Takhir Maksitov, un membre du groupe de défense des droits de l'homme Citizen Against Corruption, a lancé un appel au secours à l'intention de la communauté internationale. « Il s'agit d'un génocide. Envoyez des troupes de maintien de la paix de Russie, des Nations unies, qu'importe. Le plus important c'est d'arrêter le massacre », a-t-il déclaré.

Selon un responsable militaire local, Talaaibek Mirzabaïev, des violences similaires se sont produites autour de Jalal-Abad, une ville située à 70km d'Osh.

Mesures drastiques

Les autorités kirghizes ont pris une série de mesures draconiennes pour tenter de contenir le chaos. Les policiers doivent désormais « recourir aux armes de service et faire feu à volonté », a déclaré le ministre de l'Intérieur par intérim, Bolot Cher. Samedi, le gouvernement intérimaire avait déjà autorisé les forces de l'ordre à tirer sans sommation.

Le gouvernement a aussi annoncé la mobilisation partielle de l'armée, le rappel des réservistes de 18 à 50 ans et l'organisation de la « mobilisation partielle de la population civile ».

La présidente kirghize par intérim, Roza Otounbaïeva, a accusé l'ex-président kirghiz Kourmanbek Bakiev, réfugié à l'étranger depuis le mois d'avril, d'être à l'origine des troubles.

Ce dernier, qui se trouve actuellement à Minsk, en Biélorussie, a démenti toute implication. Il a accusé le gouvernement par intérim de Mme Otounbaïeva de « mensonges éhontés ».

« La République kirghize est sur le point de perdre son indépendance. Les gens meurent et personne, parmi les autorités en place, n'est en mesure de les protéger », a-t-il ajouté.

Moscou et Washington inquiets pour leurs bases

Dimanche, le ministre kirghize de la Défense, Ismaïl Isakov, a renouvelé son appel à l'aide à Moscou et réclamé l'intervention de la Russie.

Samedi, le gouvernement avait demandé l'aide de la Russie pour mettre fin aux affrontements, mais une porte-parole du Kremlin a précisé quelques heures plus tard que la Russie n'enverra pas de militaires au Kirghizistan pour aider le gouvernement.

L'agence russe Interfax a toutefois indiqué que le Kremlin a envoyé dimanche un bataillon d'au moins 150 parachutistes afin de renforcer la sécurité de sa base aérienne située dans le nord du Kirghizistan, à Kant.

Le président russe, Dimitri Medvedev, s'est contenté d'appeler à « rétablir l'ordre le plus rapidement possible » et à « mettre fin au conflit interethnique ».

L'ambassade des États-Unis au Kirghizstan a, de son côté, fait part de « sa vive inquiétude » et appelé les parties « à renoncer à la violence ». La stabilité du Kirghizistan est une priorité pour Washington : les États-Unis disposent, près de la capitale kirghize Bichkek, d'une base précieuse pour le mouvement de ses troupes en Afghanistan.

Source: http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2010/06/13/008-kirghizistan-chaos-dimanche.shtml

Tag(s) : #Asie et Pacifique