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junte_birmane.jpgLes électeurs birmans sont appelés aux urnes dimanche 7 novembre pour élire leurs représentants pour la première fois depuis vingt ans. Mais le scrutin est d’ores et déjà verrouillé par la junte, qui s’est arrangée pour rafler la grande majorité des sièges.

En 1990, les élections avaient consacré la victoire de la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND), qui remportait alors 80% des sièges, tandis que la fondatrice du parti, Aung San Suu Kyi était déjà en détention. La LND n’avait pas deux ans d’existence. La junte confisquait aussitôt la victoire électorale de l’opposition naissante.

Les généraux consacrèrent les deux décennies suivantes à conforter leur emprise sur le pouvoir et sur l’économie du pays. Arrivés à leurs fins, ils souhaitent désormais légitimer leur position. L’opposition bâillonnée et menacée dénonce une farce électorale.

Parmi les dernières restrictions en date imposées par la junte, l’interdiction pour les journalistes et les observateurs étrangers de se rendre en Birmanie afin d’observer le déroulement des élections. L’argument utilisé par le président de la commission électorale est éloquent : Thein Soe affirme que le pays dispose d’une expérience telle en matière électorale que l’arrivée d’observateurs extérieurs s’avère inutile.

La dernière fois que les Birmans se sont déplacés pour voter, c’était en 2008. Il s’agissait alors de voter pour ou contre le texte de la nouvelle constitution. L’opération s’est faite en plein chaos, une semaine après le passage du cyclone Nargis qui avait fait près de 140 000 morts ou disparus, alors que des millions de personnes étaient sans abri, à la recherche du minimum vital. La junte pouvait alors se prévaloir d’un succès électoral absolu, ayant obtenu l’approbation de son projet à plus de 92% des voix, en dépit des critiques de la communauté internationale sur la méthode employée.

Un scrutin sur mesure pour la junte

L’une des caractéristiques majeures de la loi fondamentale est de garantir à l’armée le quart des sièges à pourvoir dans les prochaines assemblées. Pour éviter que les trois-quarts restants ne leur échappent, les généraux ont mis toutes les chances de leur côté, transformant l’USDA (l’Association de l’Union pour le développement et la solidarité), sorte de milice populaire, en un parti de masse rassemblant des millions d’électeurs embrigadés par la junte. Nombre de généraux décident donc de tomber l’uniforme dans la perspective de former un gouvernement civil.

La voie est alors dégagée pour l’organisation d’élections législatives. La publication des lois électorales montre rapidement le sort réservé à l’opposition. Les partis souhaitant participer au scrutin sont contraints de remplir des conditions draconiennes pour se voir enregistrés. L’une de ces conditions les oblige à exclure de leurs instances tous ceux de leurs membres condamnés à des peines de prison. Si la junte dément l’existence de prisonniers politiques, les organisations de défense des droits de l’homme en recensent plus de 2000. Quarante-cinq d’entre eux s’apprêtent à vivre leur deuxième scrutin en prison, selon la liste compilée par l’AAPP (Association pour l’assistance aux prisonniers politiques birmans).

Parmi ces figures de l’opposition, on retrouve une fois encore la prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, mais aussi Min Ko Naing, ancien leader étudiant en 1988 et l’acteur Zarganar qui, malgré une première arrestation en 1990, n’a jamais renoncé à critiquer les méfaits des généraux.

Le dilemme de l’opposition birmane

Refusant les conditions imposées par la junte pour l’enregistrement des partis dans le cadre de la constitution de 2008, et continuant de dénoncer la nouvelle constitution, la direction de la LND a donc opté pour le boycott du scrutin. Ce qui a conduit les responsables militaires à dissoudre le parti.

En théorie, la LND n’a donc plus le droit d’exister, mais une partie de ses membres refuse d’entériner cette décision. L’opposition se trouve ainsi divisée. D’un côté, des militants contraints à la clandestinité et appelant, à leurs risques et périls, au boycott du scrutin. De l’autre côté, des militants se réclamant de l’opposition au régime actuel, mais obligés de se conformer à ses exigences pour exister.

Seul point commun, les uns comme les autres se voient privés de moyens et de toute liberté d’action, le moindre slogan étant considéré par les militaires comme une atteinte à l’ordre public.

C’est dans ces conditions, après une campagne émaillée par les arrestations et les menaces, que les 27 millions d’électeurs enregistrés sont appelés à voter.

Certains militants souhaitent malgré tout profiter de l’occasion pour tenter de s’approprier une portion de l’espace politique jusque là monopolisé par la junte. Mais cet espoir est très limité.

La plupart des observateurs relèvent avant tout les efforts déployés par les responsables du pays pour se maintenir aux affaires.

Source: http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20101106-birmanie-processus-electoral-verrouille-junte

Tag(s) : #Asie et Pacifique