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Consacré à la question de l’alimentation et de l’agriculture, 50 ans après les indépendances africaines, le Forum de Bamako s’est achevé samedi en rappelant la responsabilité de l’Etat africain, invité à consacrer des ressources suffisantes et durables à son développement agricole.

Hervé Bourges, sacré par les Maliens « monument » vivant de la presse aura été, avec Ahmedou Ould-Abdallah, un des derniers intervenants du Forum de Bamako. L’un pour brosser un vaste panorama des enjeux médiatiques en Afrique, où il a souligné l’impact encore à venir de la révolution numérique, l’autre – actuellement représentant spécial de l’ONU en Somalie – pour évoquer les conflits actuels et leur impact sur le développement.

C’est dire si le Forum de Bamako, consacré pour sa dixième édition au défi alimentaire, a envisagé de larges aspects au-delà du strict domaine de l’agriculture et de ses politiques. Ceci pour conclure sur un ensemble de recommandations dont on peut retenir l’accent mis sur les ressources à mobiliser en vue d’« assigner à l’agriculture une mission de service public », sur la base de ressources budgétaires durables. Celles-ci seront d’abord, souligne le forum, des ressources internes, propres à assurer la pérennité des politiques : il est ainsi rappelé que le niveau de financement de l’agriculture reste inférieur au seuil des 10% du budget de l’Etat, défini par l’Union africaine lors de la conférence de Maputo, en 2003.

On retrouve de ce fait une dominante des débats, qui ont mis l’accent sur le rôle de l’Etat africain et la définition par celui-ci d’une vision du développement agricole adaptée aux réalités du continent. Sur un milliard de personnes souffrant de la faim dans le monde, un quart sont en Afrique, et les pays africains sont toujours confrontés, après un demi-siècle de politiques de développement, « à des pénuries et à une insécurité alimentaires du fait de la sécheresse, de conflits et de conditions rigides de l’offre (agricole) ». Celles-ci conduisent à revenir à une priorité absolue, celle de l’alimentation des populations ; parvenir à y satisfaire suppose de réviser des politiques publiques qui n’ont pas permis une intensification de l’agriculture africaine toujours caractérisée par une série de faiblesses : utilisation insuffisante des intrants, faible niveau des équipements agricoles, des infrastructures et des aménagements, faible accès au marché. En découle la faiblesse de la productivité.

« Il y a eu tellement de politiques mises en place depuis l’indépendance ! », a répondu pour sa part le président du Mali, Amadou Toumani Touré, invité à réagir aux préconisations du Forum. « Dans le cas du Mali, nous avons déjà fait un gros effort », signale le chef de l’Etat, notamment en accordant entre 13 et 14 % du budget malien à l’agriculture. Et le pays a souhaité unifier sa stratégie dans un document d’orientation « fédérateur » : la loi d’orientation agricole. Mais ATT reconnaît les contraintes : « l’agriculture n’est pas considérée comme une activité valorisante par les jeunes… c’est toute une mentalité avec laquelle il faut rompre ». Il rappelle aussi, en dépit de son potentiel, les limites imparties par les aléas climatiques ; et reconnaît que la commercialisation reste le maillon faible de l’agriculture. Sans oublier le fait que le Mali, s’il produit assez pour ses besoins, est aussi « le grenier à céréales » de sa sous-région. Que faut-il faire : « fermer les frontières ? » En matière d’amélioration de la gouvernance, qui passe par l’amélioration si souvent évoquée de la « ressource humaine », souligne-t-il encore, il faut voir d’où vient le Mali : en 1960, le pays comptait 36 fonctionnaires !

L’agriculture, l’intégration et la… politique

La problématique du développement peut-elle être dissociée de la politique ? L’actualité a en tout cas repris ses droits à Bamako : au moment où le forum insistait sur la nécessaire coordination des politiques régionales en matière d’agriculture, la capitale malienne accueillait le sommet des chefs d’Etat de l’UEMOA (Union monétaire ouest-africaine), où la question du Niger a bien sûr été évoquée. Revenant d’une cérémonie très symbolique - la pose de la première pierre pour ce qui sera le futur siège, au Mali, du parlement de l’UEMOA-, ATT a choisi devant les participants au forum d’évoquer la difficulté pour des Etats partageant le même espace à « travailler ensemble ». Il faisaIt, ici, explicitement allusion à la situation sécuritaire dans la bande sahélo-sahélienne, au moment où la libération par le Mali, voici deux jours, de quatre terroristes liés à l’enlèvement du français Pierre Camatte, suscite la controverse. Ou comment l’agriculture rencontre la politique, quand l’insécurité n’est pas qu’alimentaire…

Source: http://www.rfi.fr/contenu/20100221-forum-bamako-agriculture-une-mission-service-public 

Tag(s) : #International