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2011-06-27 12-53-15.215Guinéennes et guinéens,

Mes très cher(e)s compatriotes,

Le discours que je prononce aujourd’hui est un discours que j’ai rédigé au cours de mon 36ème jour de jeûne pour la Nouvelle République. Comme tout au long des 208 km de marche que j’ai parcouru à ce jour pour l’avènement de cette Nouvelle République au sein de laquelle la DIVERSITÉ sera la première richesse de notre nation, ces journées de jeûne sont aussi de rudes journées de pénitence au cours desquelles je paye, par mon âme et par ma chaire, le prix de la paix pour ma conscience, le prix de la rédemption de notre nation, et le prix de la libération de notre peuple de toutes formes de lois oppressives et dictatoriales.

 

Mes très cher(e)s compatriotes,

Voilà bientôt 5 années depuis que j’ai engagé cette lutte. Tout au long de ces 5 années de lutte, non seulement mon message a toujours été un message de rupture contre la continuité dictatoriale et oppressive que nous avons connu au cours des 25 dernières années, mais de plus, mon message a également toujours été un message d’appel au bon sens contre l’obsession électoraliste de la classe politique guinéenne.

 

·         Tout au long de ces 5 dernières années mon message fut un message de rupture car, dès le soir du 23 décembre 2008, suite au décès du général Lansana Conté, au sein de la LDRG nous avons immédiatement entrevue une occasion unique donnée à notre nation, non seulement de tirer ensemble les leçons des 25 dernières années de mal gouvernance, mais aussi, de remettre toutes les cartes sur table pour redéfinir les règles d’un nouveau jeu démocratique beaucoup plus inclusif, juste, équitable et sans abus de pouvoir. À ce titre, comme vous devez certainement le savoir, durant plusieurs semaines, avec la LDRG, nous avions engagé des consultations sur le web qui ont connues la participation de plus d’un millier de compatriotes repartis aux quatre coins de la planète, chacun proposant ce qu’il estime être le meilleur, pour la rédaction d’une nouvelle Constitution reflétant le plus fidèlement possible les aspirations démocratiques de notre nouvelle génération. Chaque proposition pertinente à fait l’objet d’un sondage avant intégration par le comité de rédaction. Vue l’engouement qu’a connu cet exercice, son caractère ouvert, transparent, participatif et démocratique, nous avons donc dénommé le résultat de cette consultation inédite « Le Projet Nouvelle République ». Ce Projet Nouvelle République fut aussi un projet de rupture de par son contenu. Cette rupture se manifeste par 8 principaux garde-fous :  (1) la création d’un organe anti-corruption indépendant des pouvoirs politiques, (2) l’indépendance fonctionnelle et organisationnelle de notre Banque centrale, (3) l’indépendance effective de notre judiciaire, (4) l’exploitation rationnelle de nos ressources naturelles et la redistribution équitable de nos richesses nationales, (5) la responsabilité des gouvernants devant un parlement fort et représentatif, (6) la neutralité politique de nos forces de sécurité et de l’administration publique, (7) le rétablissement de l’équilibre ethnique au sein de nos force de sécurité et à tous les niveaux de l’administration publique, et enfin (8) le partage du pouvoir de manière à garantir une stabilité sociale durable et l’unité de notre nation. Donc, de par la manière dont il a été conçu et de par ses 8 garde-fous, il n’y a aucun doute, le Projet Nouvelle République fut un projet de rupture contre la continuité dictatoriale et oppressive sur nos terres de Guinée.

 

·         Tout au long de ces 5 dernières années de lutte mon message fut également un message d’appel au bon sens. Qu’est-ce que le bon sens nous dictait? Le bon sens nous disait d’abord qu’en période de transition comme celle que nous avons connue en Guinée aucun parti politique ne détient le pouvoir ni ne dispose de la majorité parlementaire pour légiférer. C’était donc le moment idéal pour rédiger une Constitution équitable pour tous et sauvegardant les intérêts de chacun. Le bon sens nous disait ensuite de faire participer le peuple au processus de définition de la manière dont il veut être gouverné en soumettant au référendum une Constitution reflétant les aspirations populaires. Le bon sens nous disait enfin que c’est seulement après ce processus référendaire logique qu’il fallait songer à la tenue d’élections libres et transparentes pour orner les nouvelles institutions. Durant ces 5 dernières années, je n’ai jamais cessé d’appeler les acteurs politiques guinéens au bon sens.

 

Mes cher(e)s compatriotes,

Vous connaissez la suite de l’histoire. Tout au long des 5 dernières années, malgré tous ces messages incessants de rupture et d’appel au bon sens, malgré les 208 km de marche pour la Nouvelle République, malgré les 36 jours de jeûnes pour la Nouvelle République, et malgré les 621 signataires de la pétition pour la Nouvelle République, malgré tout ce sacrifice, les acteurs politiques guinéens, complètement aveuglés par les courses électorales et les luttes de pouvoir, se réuniront à huit-clos pour dicter et décréter contre nous, nous le Peuple de Guinée, des lois oppressives et asservissantes. Ils se réuniront pour dicter et décréter contre nous une constitution au sein de laquelle le faible n’aura jamais raison du fort, une constitution au sein de laquelle les militairement, politiquement et économiquement forts resteront pour toujours au-dessus des lois. À chaque fois ils n’ont jamais cessé d’affirmer que tout le problème de la Guinée se résumait tout simplement à la tenue des élections, et qu’après les élections tout irait bien en Guinée. Ils ont donc préféré résumer une transition de 5 années à de simples questions électorales.

 

Guinéennes et guinéens,

Cinq années après, quand est-il alors en Guinée? Je ne ferai ici pour personne le bilan de la situation démocratique, politique, sociale et économique de la Guinée aujourd’hui. Tout ce que je peux dire ici est qu’au lieu de sortir réconciliée, unie et forte de ces 5 années de transition, notre nation en ressort plus que jamais divisée, affaiblie et en profonde crise socioéconomique. L’idée selon laquelle il suffit d’organiser des élections et tout ira bien par la suite est une fausse idée et nos populations vivent jour et nuit les amères conséquences de cette folie politicienne.

 

Mais voyez-vous mes cher(e)s compatriotes, malgré les 208 km de marche, malgré les 36 jours de jeûne, malgré les 621 signataires de la pétition pour la nouvelle république, et malgré les conséquences démocratiques, politiques, sociales et économiques des 5 dernières années de transition en Guinée, ils n’ont encore rien compris du Message. À nouveau, vous les entendez dire : « après les élections législatives tout ira bien en Guinée ». Ils n’ont toujours pas compris que dans l’état actuel du système politique en Guinée, toute échéance électorale, aussi petite soit-elle, ne sera qu’une occasion supplémentaire pour diviser notre nation et entraîner notre pays vers le chaos total. La division et le chaos, après avoir entrainé notre pays en faillite, oui, la division et le chaos, voilà tout ce que ces acteurs politiques sont capables d’offrir aujourd’hui à notre nation. Ils sont incapables de se remettre en cause et de remettre en cause le système grâce auquel ils sont tous arrivés au sommet de l’État. Malgré que ce système soit arrivé au bord de l’implosion, malgré que le pays soit au bord de l’implosion, ils s’y accrochent encore et toujours en espérant à nouveau avoir un tour pour pouvoir voler par-ci et par-là, ils s’y accrochent encore en espérant avoir une place pour abuser de leur position et des biens publics. Ils sont incapables d’imaginer la Guinée dans un système autre que le système oppressif et corrompu auquel ils s’accrochent désespérément aujourd’hui. Ils sont incapables de se repenser et penser la Guinée dans un système inclusif, transparent, démocratique et sans abus de pouvoir. Mais ils auront très bientôt un retour de bâton qui les convaincra définitivement que leur système oppressif et corrompu qu’ils aiment ci-bien et auquel ils s’accrochent désespérément aujourd’hui est bel et bien un système pourri qui repose sur du mensonge et qui est destiné à s’écrouler d’un moment à l’autre.

 

Guinéennes et guinéens,

Mes très cher(e)s compatriotes,

Durant ces longues et rudes journées de lutte et de sacrifice personnel, je réfléchi beaucoup, je médite, je prie, et surtout je suis en parfaite communion avec les souffrances profondes de nos peuples. Je pense à toutes ces familles qui n’ont accès ni à l’éducation, ni à la santé, ni à aucun service public qualité. Je pense à toutes ces familles qui vivent dans des habitations insalubres et qui s’éclairent encore à la bougie et à la lampe à pétrole. Je pense à ces jeunes filles qui parcourent des kilomètres pour trouver de l’eau à boire pour toute la famille. Je pense à cette famille qui est obligé de sortir la fille de l’école pour soigner le petit garçon qui est malade. Je pense à tous ces enfants qui vont le matin à l’école le ventre vide. Je pense à cette mère de famille qui doit décider chaque soir qui, entre elle et ses enfants, doit manger. Je pense à ce père de famille blessé dans sa dignité parce qu’il est incapable d’acheter des habits et d’offrir de quoi manger à ses enfants. Je pense à toutes ces populations qui n’ont aucun recours valable même si elles se font abuser de manière flagrante par ceux qui sont socialement et économiquement forts. Je pense à cette femme divorcée, à ce père de famille atteint du SIDA, à ces personnes handicapées, à cet orphelin de père et de mère, à ce menuisier-soudeur sans outils de travail, à cette vendeuse ambulante sans repos, à ce cultivateur sans angrais, à ce pêcheur sans filets, à cet éleveur sans troupeau, à ce fonctionnaire qui n’arrive pas à joindre les deux bouts, et je pense à tous ces jeunes diplômés au chômage qui n’arrivent toujours pas à fonder une famille. Durant ces longues et rudes journées de pénitence et de sacrifice personnel, je pense à ce peuple-la, je partage ses souffrances profondes, ses espérances et ses aspirations, et cela, plus que tout, donne un sens à ma vie et renforce ma foi en la lutte que je mène pour une Guinée Juste, Équitable, Moderne et Sans abus de pouvoir, cette Guinée au-delà du parti et de l’ethnie où la DIVERSITÉ est la principale richesse de notre nation. Pour cette Guinée-la, pour ce Peuple-la, vous l’aurez bien compris mes cher(e)s compatriotes, si nécessaire, je suis prêt à mourir.

 

Guinéennes et guinéens,

Mes très cher(e)s compatriotes,

Aujourd’hui donc, du haut de mes 208 km de marche, du haut de mes 36 premiers jours de jeûne, au bout des 621 signatures de la pétition pour la Nouvelle République, et au vue des conséquences politiques, sociales et économiques des 5 années de transition que nous avons connu en Guinée, non seulement je réitère mon statut de principal DISSIDENT vis-à-vis de l’establishment politico-militaire guinéen en martelant à nouveau mon refus catégorique de reconnaître la constitution oppressive dictée et décrétée contre notre peuple, mais de plus, je lance aujourd’hui un appel à l’ensemble de mes compatriotes de toutes les sensibilités politiques et ethniques :

 

« Soyons bien d’accord, notre pays la Guinée n’appartient pas aux acteurs politiques. Les acteurs politiques ne représentent qu’une infime minorité de notre nation. Il y a moins de 4 millions de guinéens qui sont inscrits sur les listes électorales, alors que notre nation compte près de 12 millions de citoyens. Les acteurs politiques ne représentent donc que moins 30% de notre population. Les 70% de notre nation, ceux-là dont je viens de décrire la vie quotidienne, ceux-là aussi ont leur mot à dire sur les destinées de notre nation. Ce peuple-la aussi à ses propres intérêts qui sont autres que les intérêts des acteurs politiques guinéens. Ce peuple-la a été trahi par la classe politique guinéenne au cours de la période de  transition que nous avons connu au cours des 5 dernières années en Guinée. Aucun acteur politique n’a défendu les intérêts de ce peuple et, de toute façon, aucun acteur politique guinéen n’a la légitimité de défendre les intérêts de cette grande majorité silencieuse car ce sont ces mêmes acteurs politiques qui ont entraîné ce peuple dans cette profonde misère.

 

Cependant, mes cher(e)s compatriotes, ce Peuple à aujourd’hui une voix et un chevalier, c’est la LDRG. Depuis les premières heures de la transition, je lutte par mon âme et par ma chair pour ce peuple. Les intérêts de ce peuple sont mes intérêts et ce sont les intérêts de la LDRG. Aujourd’hui encore je lutte pour ce peuple et j’y lutterai jusqu’à ce que les intérêts de cette majorité silencieuse soient sauvegardées; je lutterai jusqu’à ce que les lois oppressives dictées et décrétées contre nous soient totalement abolies sur nos terres de Guinée; je lutterai jusqu’à ce qu’il se tienne sur nos terres de Guinée un RÉFÉRENDUM populaire sur une Constitution suffisamment forte pour mettre un terme aux abus de pouvoir et contraindre les acteurs politiques à faire de la politique de manière responsable et utile à la nation. Aujourd’hui, mes cher(e)s compatriotes, c’est à cette lutte que je vous convie. Ceux qui croient que notre lutte, parce qu’elle ne fait aucun blessé et ne fait couler aucune goute de sang, est une lutte vouée à l’échec, ils sont vraiment libre de penser ce qu’ils veulent. Mais au sein de la LDRG nous croyons à autre chose et nous pensons différemment. La victoire finale sera nôtre, elle est imminente, et elle sera éclatante et irréversible! »

 

Je vous remercie de votre aimable attention.

 

Mamadou Oury Diallo

Président de la LDRG

Tag(s) : #Transition-Guinée