
« L'utopie n'est que le nom donné au réformes lorsqu'il faut attendre des révolutions pour les entreprendre » Jacques Attali
Aujourd’hui, malgré que la plupart des institutions de développement insistent
sur la bonne gestion des affaires publiques pour assurer le succès des projets qu'elles contribueront à financer, en Guinée, nous sommes quand même arrivé à battre le record que tout pays despote
et digne de ce nom cherche à décrocher : « la Guinée fait partie des pays les plus corrompu de l’Afrique, du monde ».
Très cher(e)s compatriotes, certes, la corruption est un phénomène de société, car partout dans le monde il y aura toujours des personnes prêtes à monnayer leur dignité ; mais la Guinée, elle, en
souffre énormément, car il faudrait bien peser les conséquences sociales, économiques, politiques et même culturelles de son pot de vin avant de le gorger.
En Guinée, aujourd’hui plus que jamais, la corruption affecte totalement la distribution des ressources publiques (les inégalités continuent à se creuser), entrave complètement l'accès des
populations aux services de base (éducation, santé, alimentation de base, logement ...) et nuie considérablement aux PME/PMI qui souhaitent accéder aux marchés des biens et services (moteur de
toute économie moderne).
De même, paradoxalement, malgré une subite reprise de conscience des populations guinéennes, nous restons champions dans « les erreurs de première impression » ; Car, on se demande bien quel est
ce super ministre qui, dès après son investiture à la primature, n’a pas adressé une circulaire à ses ministres pour interdire les dépenses improductives et masquées. Et quand on pense qu’à
longueur de journée on sert, sur ces mêmes circulaires ministérielles, des arachides bien grillées aux passagers de Kaloum…
Cher(e)s compatriotes, condenser avec fluidité de manière à réduire le nombre de portefeuille ministériel est certainement une solution louable qui permettra au cabinet de Mr Kouyaté de réaliser
d’énormes économies ; Mais, réduire le nombre de ministères ne veut en aucun cas dire réduire la paperasse administrative, et cela ne veut surtout pas dire encourager la création de la richesse
en Guinée qui est l’une des plus grandes attentes des populations guinéennes.
Plus que des économies, pour que la croissance émerge des terres de Guinée, nous avons surtout besoin de créer de la richesse et de la valeur ajoutée. Et, de nos jours, avec la mondialisation et
la libre circulation des capitaux, la création de richesse n’est envisageable que dans un environnement stable et sain qui encourage et protége l’initiative individuelle de façon à promouvoir la
concurrence.
Mais comment pouvons nous encourager l’initiative individuelle et privée si tel entrepreneur bénéficie de privilèges lui permettant de ne payer ni l’impôt, ni les taxes, ni les consommables, ni
l’eau et l’électricité, ni les droits de douanes, ni… ; alors que son soi-disant concurrent du même secteur d’activité est étouffé de dettes et de charges, et même de charges ethniques.
Cher(e)s compatriotes, la vérité est bonne à dire, dans ces conditions il est pratiquement impossible d’attirer des investisseurs et de créer de la richesse en Guinée, car comme à son
habitude:
· L’Etat se prêtera à intervenir partout de façon à favoriser cet effet d’éviction qui privera les individuels d’entreprendre et d’investir ;
· Priver les individuels d’investir, c’est priver l’économie de richesse et c’est se priver de recettes fiscales ;
· Se priver de recettes fiscales, c’est encourager le refinancement par l’endettement et la planche à billet ;
· Encourager l’endettement improductif et la planche à billet ne fera qu’accroître encore et encore l’inflation ;
· Et une inflation de plus en plus grande ne fera que dégrader le pouvoir d’achat des populations guinéennes, qui risqueront de prendre encore une fois la rue et de connaître à nouveau les
carnages que nous venons de vivre lors des journées des 17 et 22 janvier 2007.
Très cher(e)s compatriotes, vivant quotidiennement les conséquences de la corruptions et étant conscient du triste record que nous portons, aujourd’hui nous ne devons plus nous contenter de
simples circulaires ministérielles. Doivent absolument faire partie des objectifs de la nouvelle équipe gouvernementale : « L’assainissement de l’environnement économique, la protection et La
promotion de l’économie de marché et de la concurrence ».
L’assainissement de l’environnement économique
Assainir l’environnement économique, c’est, principalement, lutter contre la corruption. Mais avant d’édicter des mesures de lutte contre ce fléau, il serait indispensable de connaître le
poids de ce mal dans l’économie guinéenne.
Le coût de la corruption : il serait préférable, au lieu de faire circuler des circulaires ministériels, de se poser la question à savoir : « Avec les mêmes ressources employées, combien
de valeur ajoutée ou de richesse on aurait pu créer sans l’intervention de la corruption ?» Cela peut se traduire par la relation suivante :
Coût corruption= (Valeur ajoutée sans corruption – Valeur ajoutée réalisée)
En réalisant cette simple équation pour toutes les administrations publiques et tous les secteurs d’activités de l’économie, nous aurons ainsi une idée du Coût de la Corruption en Guinée.
Ainsi, il serait très important que le nouveau cabinet gouvernemental et son super ministre puissent réaliser cet audit avant de prendre fonction. Car si la lutte contre la corruption fait
vraiment partie des objectifs de ce cabinet, alors en suivant trimestriellement, semestriellement ou annuellement cet indicateur, il pourra connaître les écarts entre ses objectifs de lutte
contre la corruption et les réalisations. Du coup, si nécessaire, il serait possible d’engager ou de réajuster les mesures déjà engagées de façon à atteindre les objectifs.
Les sphères de la corruption
En Guinée, lutter contre la corruption consiste à casser la solide synergie qui existe entre les deux principales sphères interdépendantes de la criminalité économique, lesquelles sphères sont étroitement combinées par le vecteur de la corruption politique :
L’économie de type mafieux : C’est le type de corruption qui, non seulement grèves une grande part des ressources publiques et paralyse le secteur privé, mais également, c’est un type de corruption qui nuie considérablement à la société en la conditionnant dans la barbarie, l’insécurité et la violence.
Cette sphère de la criminalité économique se nourrit principalement des revenus des pierres précieuses (diamant-or-alumine), des trafics d’armes, de la drogue, du blanchiment de l’argent sale, des pots-de-vin,…
La criminalité en col blanc : c’est le type de corruption qui conditonne la faillite de l’Etat et l’appauvrissemment du pays. Cette autre sphère de la criminalité économique se nourrit
du détournement de deniers publics, du détournement des recettes douanières et fiscales, de la mauvaise gouvernance, de la corruption des fonctionnaires, …
Ainsi, cher(e)s compatriotes, nous voyons bien que avoir comme objectif la lutte contre la corruption consiste à prendre les mesures impopulaires, courageuses et efficaces, pour la mise en place
d’un milieu des affaires où, d’une part, la concurrence entre les firmes d’Etat et les firmes privées, et d’autre part , entre les firmes privées elles-mêmes, soit équitable et soumise aux mêmes
règles.
Ceci, de telle sortes que l’Etat fonctionne en arbitre impartial et efficace, garantissant le respect des réglementations en vigueur pour et par tous les agents économiques.
A présent, la seule et simple question que nous devons nous poser, et exiger des réponses adéquates de Mr Kouyaté, est la suivante :
Ø Quelles sont les mesures engagées pour lutter contre ces deux sphères de la corruption en Guinée ?
Avant de proposer nos mesures de lutte contre cette corruption, nous allons voire brièvement ce qu’il y a lieu de faire dans le cadre Normatif et Règlementaire pour la lutte contre la corruption.
Le Cadre Normatif : en effet, ce cadre régit les principales lois organisant la bonne gouvernance économique et démocratique (constitution, code des impôts, code des douanes, règles
d’organisation de la concurrence, le code électoral…).
Ø La constitution : dans la loi fondamentale de la deuxième république, si ce n’est l’article 23 qui stipule que « quiconque occupe un emploi public … ne doit user de ses fonctions à des
fins autres que l’intérêt de tous », aucun autre article ne sanctionne la corruption.
Ainsi, il serait important de déposer un projet de loi portant sur l’obligation faite aux responsables élus (le Président de la république et ses ministres, les fonctionnaires, les personnalités
des institutions et les directeurs généraux des grandes firmes étatiques) de faire une déclaration de leurs biens avant leurs investitures.
Par la même occasion, il serait nécessaire de procéder à la création d’une puissante commission parlementaire de vérification des déclarations de biens. De telle sorte que, en cas de fausse déclaration, qu’il y ait des sanctions pouvant aller, de la destitution de l’agent de ses fonctions, jusqu’à la poursuite judiciaire.
Ø Le code pénal : il est temps de définir d’une manière beaucoup plus restrictive la corruption dans le code pénal, de façon à distinguer plus aisément la corruption passive et
active.
Ainsi, il serait possible d’appliquer des sanctions beaucoup plus adéquates aux fautes vicieuses, dont : la prise illégale d’intérêt, la concussion, le trafic d’influence, les pratiques
frauduleuses aux examens et concours, les pratiques qui entachent le jugement des magistrats, la soustraction ou le détournement de biens, l’enrichissement illicite.
Les peines qui seront définies devront aller de simples amandes à des peines de prisons allant de 15 à 20 ans, voire plus.
Ø Le régime juridique applicable aux fonctionnaires publics : au titre des comportements éthiques attendus des agents des administrations publiques figurent les exigences de loyauté, de
probité, d’impartialité, de discipline, d’une saine gestion des biens publics et de diligence à l’endroit du public.
Mais de toutes ces exigences celles de loyauté, de probité et d’impartialité sont les plus porteuses d’éthique, ce qui explique la nécessité de renforcer leur efficience par une série
d’interdictions assorties de régimes disciplinaires pour en assurer l’effectivité. À ce titre, on peut citer :
o La nécessité de mettre sur pied un comité interne chargé d’élaborer un code de conduite et de veiller à l’application de ce code ;
o La nécessité de sensibiliser et former les agents publics en matière de respect de la déontologie au sein de la fonction publique ;
o L’interdiction de solliciter ou d’accepter des dons, gratifications ou autres avantages quelconques pour les services qu’ils sont tenus de rendre dans le cadre de leurs fonctions ou en relation avec celles-ci;
o L’interdiction d’avoir un intérêt, direct ou indirect, qui met en conflit son intérêt personnel et les devoirs de la fonction, c’est-à-dire l’interdiction de la prise illégale d’intérêt;
o L’interdiction de soustraction et de détournement des biens et deniers publics.
Ø Le code des impôts : de nos jours, toute la réussite d’une quelconque politique économique repose en grande partie sur le code des impôts car, la bonne entrée des ressources dépendra
de sa clarté, de son applicabilité et de sa rigueur. Ainsi, une révision du code des impôts est nécessaire pour combattre les dissimulations de fonds et renforcer l’obligation d’honnêteté du
contribuable. Ceci, en évaluant, restructurant et renforçant le service de recouvrement des impôts de façon à lui assurer une indépendance totale, lui permettant de sanctionner toutes infractions
empêchant le bon recouvrement des dus à l’Etat.
Ø Le code des douanes : il n’est à rappeler à personne que la Guinée est un pays côtier. De ce fait, malgré la tendance mondiale à la baisse des barrières douanières, les recettes douanières devraient, à elles seules, assurer un certain équilibre du budget de l’Etat. Cependant, les réalités sont autres et la nécessité d’une restructuration et d’une évaluation du personnel de la douane est primordiale pour pouvoir sanctionner effectivement les contrebandiers, éradiquer certaines exonérations non réglementaires et assurer la rentrée des recettes douanières dans les caisses de l’Etat.
Ø Les règles d’organisation de la concurrence : la concurrence est le poumon de l’économie et toute entrave à cette loi ne fera que décourager les investisseurs intérieurs et extérieurs. Ainsi, doivent être établie des règles qui sanctionnent sévèrement certaines pratiques prohibées, telles :
o Les ententes et abus de position dominantes ;
o Les prix imposés et de reventes à pertes ;
o Les pratiques discriminatoires entre professionnels et la publicité mensongère ou trompeuse ;
o Les paradis fiscaux et privilèges accordés et non réglementés…
Le Cadre Réglementaire : à ce titre, il serait très important de renforcer les textes réglementaires, déjà existant, de lutte contre la corruption qui portent principalement sur l’organisation des marchés publics.
Ø Les marchés publics : à ce niveau, la règle est la mise en concurrence des soumissionnaires de marchés de l’Etat. Mais, les infractions par rapport à l’attribution des marchés publics sont frappantes et ce ne sont surtout pas les exemples qui manquent en Guinée. Les principaux cas d’infraction sont :
o Pour l’administration : le fractionnement de marché, la passation de marché avec des soumissionnaires non agréés ou la rédaction de faux rapports d’exécution de marché fournis par les
agents de contrôle et de vérification.
o Pour les soumissionnaires : la constitution de dossier avec des fausses attestations ou publications ainsi que la corruption des agents chargés des procédures de passation, d’exécution, de contrôle ou de réglementation des marchés.
Ainsi, il serait primordial, pour parer à ce genre de pratiques, en plus des sanctions déjà prévues, de constituer un organe de l’Etat spécialement chargé de traiter les appels d’offre de
l’Etat ; Il serait nécessaire de doter cet organe du pouvoir nécessaire pour engager des poursuites judiciaires, jusqu’au plus haut niveau de l’Etat, contre les coupables
d’infractions.
Bien entendu, cher(e)s compatriotes, il est évident que les textes guinéens sont loin d’être pauvre en matière de lutte contre la corruption. Et ce n’est certainement pas ce qui empêche la
corruption de fleurir en Guinée.
Ainsi, en plus des amendements présentés, ci-haut, dans le cadre normatif et réglementaire pour la lutte contre la corruption, nous allons nous atteler à proposer des mesures d’accompagnements et les organes qui devront vivre et nager de ces textes, de façon à relever le défit de la lutte contre la corruption en Guinée.
Les mesures pratiques de lutte contre la corruption : L’existence d’un organe public distinct chargé d’endiguer la corruption constitue une base nécessaire au lancement des
initiatives anticorruption.
Mais combien de campagne de lutte contre la corruption avons-nous connu en Guinée ? Et quels on été les résultats de toutes ces campagnes ?
Le constat est frappant : « Les organes anticorruption sont vouées à l’échec si ils peuvent être soumis à une quelconque influence politique et utilisés comme arme pour nuire aux intérêts des
personnes qui critiquent le gouvernement ».
Les organes de lutte contre la corruption doivent absolument jouir d’une totale indépendance des pouvoirs publics et politiques ; de même, ils doivent imposer le respect au public et être
crédibles, transparents et courageux. C’est dans ce sens que nous allons essayer d’élaborer la structure robot d’un organe efficace de lutte contre la corruption, puis nous allons doter notre
structure du pouvoir et du personnel nécessaire pour accomplir sa mission.
L’organe et son rôle central : Comme Jeremy Pope et Frank Vogl l’ont bien affirmé dans leur article intitulé « Comment muscler les agences du lutte contre la corruption
» : On pourrait poser aux gouvernements qui créent une agence anticorruption la question-test suivante : « trouveraient-ils acceptables les actions de l’agence si elles émanaient de
l’opposition, et non du parti au pouvoir ? »
Ainsi, nous voyons bien qu’il convient de trouver une formule durable, qui paraisse juste et pratique pour tous, au sein du gouvernement ou en dehors.
Des études effectuées par Transparency International indiquent que le bon fonctionnement d’un organe de lutte contre la corruption suppose :
Ø Le soutien politique non seulement du président d’un pays, mais aussi d’un large éventail de responsables politiques nationaux;
Ø L’indépendance politique et opérationnelle requise pour enquêter aux plus hauts niveaux de l’État (certaines agences qui ont échoué ont leurs bureaux à la présidence, ce qui restreint leurs possibilités de s’attaquer à une corruption qui touche des responsables politiques nationaux);
Ø L’accès à la documentation et le pouvoir d’interroger des témoins;
Ø Une grande intégrité chez les hauts responsables.
Ainsi, notre futur organe de lutte contre la corruption ne devra aucunement résulter d’un mouvement d’humeur des classes politiques, mais plutôt d’une espèce de conférence nationale au nom de la lutte contre la corruption ; ceci, pour aiguiller les consciences quant à la nécessité de mettre sur pied ce super organe national de lutte contre la corruption qui devra :
Ø Avoir le soutient de tous les acteurs économiques, politiques et civils ;
Ø Être indépendant, politiquement, pour pouvoir s’attaquer même à la corruption qui touche les responsables politiques nationaux ;
Ø Avoir le pouvoir d’interroger des témoins de tout bord et avoir accès à la documentation ;
Ø Fonctionner dans le respect de la loi et être responsable devant le public et les tribunaux, ceci pour un souci d’intégrité et de confiance;
Ø Agir conformément aux normes internationales en matière de droits de l’homme et collaborer avec les institutions internationales de lutte contre la criminalité économique.
D’ailleurs, les organisations internationales peuvent jouer un rôle majeur en la matière, mais à la condition qu’elles travaillent en partenariat avec les autorités nationales et la société
civile, qui doit elle-même englober les milieux d’affaires, les universitaires et un large éventail d’organisations non gouvernementales.
« Ainsi, en Guinée, l’émergence d’un tel super organe ne sera possible que si les organisations de la société civile guinéennes, elles-mêmes, abordent le problème d’un oeil neuf et avec un
esprit ouvert ».
Cependant, il est à reconnaître que, autant il est facile de saper un organe de lutte contre la corruption, autant il est difficile de le rendre viable et de le faire respecter par le public et le milieu des affaires.
Le personnel de l’organe : La responsabilité à l’égard du public est essentielle à la réussite de l’organe, tout comme le sont les contrôles portant sur son pouvoir et la méthode utilisée pour le choix de ses dirigeants.
Ce n’est certainement pas les partisans triés sur le volet des politiciens au pouvoir qui assureront la direction de notre super organe de lutte contre la corruption. Les procédures de nomination doivent permettre de déterminer si le mécanisme proposé isole suffisamment le processus, pour assurer que la direction soit confiée à des personnes intègres et qu’elles soient à l’abri des pressions politiques pendant leur mandat.
En Guinée, aujourd’hui, seule la société civile avec la collaboration de certains hauts cadres intègres, est recommandé pour ce genre de responsabilités.
Ø Encore, faudrait-il que la société civile guinéenne continue à garder toutes ces distances par rapports aux affaires politiques ;
Ø Encore, faudrait-il que la société civile guinéenne et les médias amènent, d’une manière beaucoup plus pragmatique, les gouvernants à faire preuve du maximum de transparence et de responsabilité dans la gestion des affaires publiques ;
Ø Encore, Faudrait-il que la société civile guinéenne et les médias soient plus pragmatique, et dévouées à aiguiller les consciences quant à la nécessité de bâtir et porter les responsabilités de ce super organe de lutte contre la corruption en Guinée ;
Ø Encore, Faudrait-il que la société civile guinéenne s’engage dans l’accroissement du niveau de compréhension des mécanismes de la corruption, et la stimulation d’une attitude civique
anticorruption tant parmi les citoyens qui payent leurs taxes, que les jeunes.
Mesures d’accompagnement de l’organe : Des responsables de Transparency International (Jeremy Pope et Frank Vogl), dans leur même article cité plus haut, mettent le doigt sur le
fondement et la base de tout organe de lutte contre la corruption :
« Pour concevoir une agence anticorruption, il faut envisager comment, en théorie, celle-ci agirait face au pire scénario, à savoir : des allégations de corruption grave à l’encontre du
président de la nation ».
Vue que dans toute démocratie c’est au peuple de déléguer son pouvoir, alors nous allons voire quelle est la portion de pouvoir que nous pourrons attribuer à notre super organe de lutte contre la
corruption afin qu’il puisse mener à bien sa mission.
L’engagement de l’Assemblée Nationale : Les parlements sont en majorité habilités à établir le cadre légal d'organisation et de gestion des affaires publiques et de la société. D'une
manière générale, ils devraient œuvrer pour que soient inclus dans la Constitution nationale les grands principes que sont la probité des hommes et des femmes politiques, des institutions et des
agents de l'Etat et la transparence de la fonction publique.
Dans notre perspective de création d’un super organe de lutte contre la corruption, les législateurs devront établir des dispositions spéciales qui soulignent le pouvoir de l’organe d’enquêter et
de participer aux poursuites à l’encontre de tous les responsables de l’État, indépendamment de leur rang. Ceci, notamment, en établissant une législation qui garantisse, non seulement,
l’indépendance politique de l’organe anticorruption, mais aussi celle du système judiciaire. Parmi ces recommandations nous citerons, entre autres, la nécessité de :
Etablir des normes de probité : à l'intention des parlementaires et d'autres personnalités publiques, y compris des ministres et d'autres agents de l'Etat et veiller à leur application.
Par exemple, en reglémentant des codes de conduite et la déclaration de patrimoine avant l’investiture ou la prise de fonction ;
Amener le gouvernement à signer et/ou à ratifier les instruments internationaux pertinents et veiller à aligner la législation nationale sur les dispositions internationales et à les
faire appliquer effectivement;
Veiller à l'adoption d'une législation consacrant la liberté d'information : qui oblige le gouvernement à divulguer les informations jugées nécessaires pour les délibérations parlementaires,
s'agissant notamment de l'examen d'affaires de corruption;
Veiller à l'adoption d'une législation sur le financement des partis et les campagnes électorales : qui renforce la transparence dans le processus électoral, conférant ainsi plus de
légitimité au parlement élu. Par exemple, en votant des dispositions faisant obligation aux partis politiques de déclarer leurs moyens de financement et prévoir de lourdes peines pour les
transgresseurs;
Veiller à l'adoption d'une législation pour prévenir toute corruption là où elle est particulièrement tentante par les mesures suivantes : introduire dans la fonction publique des
structures de rémunération qui n'incitent pas à la corruption; prévoir des procédures administratives rapides et transparentes permettant à tous de participer dans des conditions d'égalité aux
processus de prise de décisions; garantir à chaque citoyen un niveau satisfaisant de protection sociale;
Les contrôles parlementaires : le meilleur instrument de contrôle de l'action du gouvernement de façon à ce qu’il assure une gestion publique transparente et responsable, n’est
autre que l’obligation faite au gouvernement de rendre des comptes à l’Assemblée Nationale. Ce faisant, il est impératif de doter l’Assemblée Nationale guinéenne des moyens nécessaires pour
questionner le gouvernement sur ces actions, notamment :
En instituant au sein du parlements des mécanismes pour amener le gouvernement à rendre compte de son action, y compris par des questions au gouvernement et un recours systématique aux
commissions pour l'examen et le suivi des affaires publiques ;
En veillant à ce que le processus d'établissement et d'exécution du budget national soit transparent et en prévoyant des garanties contre toute malversation dans l'administration de fonds et
ressources publics : à cet effet, donner plus de pouvoirs et de moyens aux commissions parlementaires telles que les commissions des comptes ;
En veillant à ce que l'opposition soit suffisamment représentée dans les structures parlementaires, dotée des ressources nécessaires et ait la possibilité de se prononcer dans des conditions
d'égalité sur la gestion des affaires publiques, y compris la possibilité de dénoncer les actes de corruption, d'enquêter ou de lancer des investigations sur les allégations de corruption;
En instituant des mécanismes transparents et rigoureux pour le choix des titulaires de hautes charges publiques afin de s'assurer que seuls les plus compétents et les plus honnêtes sont nommés
aux postes visés;
En encourageant le public à dénoncer et condamner la corruption; à cet effet, il faudrait veiller, par des mesures légales et autres, à assurer à toutes les personnes qui jouent un rôle actif
dans la lutte contre la corruption un appui et une protection efficaces contre l'intimidation;
En promouvant un sens élevé de la probité et de l'intégrité morale par des campagnes de sensibilisation, notamment en prévoyant une certaine pondération pour les matières d’instruction
civique dans les programmes scolaires (primaire-collège-lycée).
Très cher(e)s compatriotes, l’objet de cette analyse est loin d’être une quelconque exhibition de propositions largement insuffisantes ; l’objet de cette analyse est surtout d’étaler clairement
et dans toutes ses mésures la véritable problématique de la corruption en Guinée.
Loin d’être fataliste quant à l’endigation de la corruption en Guinée, nous sommes convaincu que, avec la participation des populations à la prise de décisions les concernant pour le renforcement
de l’Etat de droit, la Guinée peut même être un exemple de réussite.
A ce titre, avec l’espoir que scusite ce nouveau gouvernement de large ouverture, nous devons coûte que coûte éviter que cette transition politique ne soit prise en otage par des intérêts
égoïstes et que s’installe aux commandes de l’Etat une querelle de clochers, dont l’objectif serait de procurer l’impunité à des personnes coupables de corruption caractérisée.
Comme nous l’avons remarqué tout au long de cet article, la lutte contre la corruption dépasse largement la publication de simples circulaires ministérielles, c’est plutôt un défi démocratique et national.
Aujourd’hui, nous devons coûte que coûte exiger la tenue d’une conférence nationale pour la lutte contre la corruption, au bout de laquelle tous les acteurs politiques, économiques et sociaux, ainsi que toutes les institutions de l’Etat devrons s’engager et engager les reformes nécessaires pour l’accouchement de notre Super Puissant Organe de Lutte Contre la Corruption en Guinée.
Mais la viabilité de cet organe dépendra, encore une fois, de la colloration de l’Assemblée Nationale et, nous ne sommes pas sans savoir que la lutte contre la couleur parlementaire unique est loin d’être gagnée.
Les législatives de 2007 sont, non seulement le seul moyen d’honorer la mémoire de nos frères et sœurs, mais également c’est le seul moyen de consolider cet acquis démocratique précaire et de relancer l’Etat de droit en Guinée. Car il ne faudrait pas oublier de sitôt que la justice est toujours enchaînée en Guinée.