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ligue3.1.jpgEn cette date du 11 mai, nous célébrons deux évènements à la fois. D’abord nous rendons hommage au mouvement Rastafari de part le monde, puis, 50 années après les indépendances africaines, nous allons voire ce qui reste des nobles aspirations panafricanistes des pères de nos indépendances, tout en nous projetant sur les 50 prochaines années.

 

• Déjà on serait tenté de se demander, quel lien existe entre Rastafarisme et Panafricanisme?

 

En effet, il est très important de comprendre que les Rastas authentiques sont nos frères et sœurs qui ont été arraché de force de leurs terres africaines pour être conduit de force vers Babylone où ils ont connu l’esclavage et l’humiliation. Depuis 500 ans ils ont la nostalgie de leurs terres et nourrissent le rêve de retourner à Zion, chez eux en Afrique, pour la Rédemption et pour vivre en harmonie avec leurs racines ancestrales. Lorsque l’Afrique se déchire, lorsque l’Afrique est frappée par les guerres, la famine, la corruption et la dictature, lorsque l’Afrique est exploitée et pillée, les Rastas ont le cœur meurtri et leur rêve est souvent déçu car ils n’attendent qu’un seul jour pour revenir à Zion : C’est le jour de la véritable Unité Africaine. Lorsque l’Afrique est prospère, libre, grande et démocratique, les Rastas, où qu’ils soient, sont non seulement fiers de leur origine, mais de plus, ils voient réalisés leur rêve de retour à Zion.

 

Mais je voudrais être clair, dans cette présentation il n’est pas du tout question de savoir si la Rastafarisme est une religion, une secte ou tout simplement une philosophie de vie, ni même de se poser des questions sur les pratiques du Rastafarisme. Une chose est cependant certaine, que qu’il soi une religion, une secte ou une simple philosophie de vie, le mouvement Rasta mérite d’exister et il me semble qu’il est désormais plus facile pour chacun de comprendre le lien qui peut exister entre Rastafarisme et Panafricanisme, car l’accomplissement du Rastafarisme dépend de l’aboutissement du Panafricanisme. C’est donc le lieu pour moi d’aborder la question du Panafricanisme.

 

Je tiens tout de même à définir le panafricanisme comme étant philosophie et un mouvement qui cherchent à unifier les africains d’Afrique et la diaspora africaine, au sein de laquelle nous pouvons d’ailleurs inclure le mouvement Rasta. Le panafricanisme appelle également à la coopération économique, intellectuelle et politique des pays africains. Il milite enfin pour que l’Afrique acquière toute la place qu’elle mérite dans l’élaboration de la civilisation universelle. A ce niveau, il est également important de noter que le mouvement panafricaniste ne date pas d’aujourd’hui, ses origines remontent remonte jusqu’au 18ème siècle, de ce fait, au risque d’oublier certains, je me réserve de citer les noms de ces grands précurseurs et fervent adeptes du Mouvement panafricaniste à l’extérieur comme à l’intérieur du continent africains. Ils méritent tous nos plus hautes reconnaissances.

 

Cependant, 50 années après les indépendances africaines, le moins qu’on puisse constater est le bilan mitigé du mouvement panafricaniste. En effet, si une partie des objectifs du panafricanisme est atteinte, notamment l’indépendance des pays africains et la forte relativisation du racisme à travers le monde, cependant le mouvement panafricaniste a péché jusqu’aujourd’hui quant à l’Unité Africaine, la restauration de la personnalité noir africaine, la démocratisation du continent noir et la construction d’économies africaines florissantes.

 

Sans pour autant perdre assez de temps dans la constatation de cet échec, nous allons immédiatement nous poser quelques questions importantes : d’abord, pourquoi cet échec? Ensuite, quelle alternative?

 

I-Pourquoi l’échec du Projet Panafricaniste : à mes yeux, l’échec du mouvement Panafricaniste quant à ce qui est de l’unité africaine, de la démocratisation du continent noir et de la construction d’économies africaines florissantes réside à deux niveaux : d’une part, la subite rupture des idéaux panafricanistes des pères des indépendances africaines; et d’autre part, l’expectative de la diaspora africaine, y compris le mouvement Rasta.

 

1-Intéressons nous d’abord à la cette rupture: en effet, suite à la victoire des indépendances et la fondation de l’organisation de l’union africaine en 1963, les pères des indépendances africaines se sont retrouvés face à de nouvelles réalités nationales très difficiles et propres à tout État naissant. En dépit des essais de communauté entre pays à cette époques, notamment l’union Ghana-Guinée-Mali, mais les difficultés nationales ont peu à peu détourné les efforts panafricanistes vers des questions d’auto-gouvernance pour les pays nouvellement indépendants. De plus, l’Afrique de l’époque a impuissamment été victime de la fameuse guerre froide opposant les alliés à l’URSS. Du fait de cette guerre froide, nos héros des indépendances et gardien des idéaux panafricanistes se sont emprisonné dans une lutte d’idéologie et furent éliminé un à un de la scène politique africaine par des forces obscures. Je pense notamment à Kwamé Nkruma, à Ahmed Sékou Touré, a Modibo Keita, Thomas Sankara, Patrice Lumumba, ect.

 

Même si des panafricanistes convaincus sont toujours très nombreux en Afrique, mais nous admettons tout de même que les réalités de gouvernance des états nouvellement indépendants, conjugués à la guerre froide de l’époque, a freiné cet élan de transmission du relai panafricaniste entre la Génération des indépendances africaines et la Génération d’élites africaines qui devait lui succéder. De ce fait, nous nous sommes retrouvés avec une élite africaine reflétant la volonté des intérêts extérieurs et très peu enthousiaste de l’idéal panafricaniste. C’est une élite africaine qui privilégie l’enrichissement personnelle, la corruption et la répression contre les populations africaines. Nos économies africaines sont jusqu’à présent de type coloniale dans plusieurs États, car orientées vers l’extérieure: nos ressources humaines, du sol et du sous-sol sont destinés au bonheur des autres continents alors que le peuple d’Afrique croupi dans la misère. Seulement 7% des échanges commerciaux se font entre États africains, les 93% se font avec l’étranger. Alors, pour masquer cette réalité, les éminents économistes nous disent que l’Afrique, avec ses 5% de croissance économique moyenne, en cette période de crise, fait mieux que les États-Unis d’Amérique et l’Europe. Mais que signifie une croissance de 5% pour une Afrique qui enregistre plus d’un million de mort de fait du paludisme et du SIDA, que signifie une croissance de 5% pour une Afrique qui enregistre des centaines de milliers de mort pour cause de famine, que signifie une croissance de 5% pour les populations africaines qui n’ont pas accès à l’eau potable, à l’électricité, à internet, à l’éducation et à la santé? Pour tout vous dire, de cette croissance de 5%, se servent généreusement la plus part des élites africaines acquises aux intérêts étrangers et n’ayant aucun enthousiasme vis-à-vis de l’idéal Panafricaniste. Avec cette tendance, il y a lieu de reconnaître que le Panafricanisme risque de mourir.

 

2-Comme nous l’avons déjà mentionnée, la deuxième raison qui explique l’échec du projet panafricaniste quant à l’unité africaine, la démocratisation du continent noir et la construction d’économies africaines florissante est l’attitude expectative de la Diaspora africaine, y compris le mouvement Rasta : A une certaine époque, au moment de la lutte d’émancipation des noirs en Amérique et des luttes d’indépendance en Afrique, il existait une réelle communion entre la Diaspora africaine et les pères des indépendances africaines. Mais parce que les pères des indépendances africaines furent déroutés dans l’élan du projet panafricaniste, nous observons un essoufflement de l’enthousiasme de la Diaspora Africaine, y compris le Mouvement Rasta par rapport au Panafricanisme. De ce fait, la vaste Diaspora africaine, dont beaucoup sont devenu de grands intellectuels, de grands médecins, de grands professeurs, de grands scientifiques, de grands politiciens, de grands artistes, etc., cette vaste Diaspora s’est définitivement prêté au jeu d’intégration dans leur pays de résidence tout en regardant l’Afrique d’un œil de mépris.

 

Pourtant, parce que dans la plus part des pays africains les élites au pouvoir freine le projet panafricaniste, qui est après tout un projet de démocratisation, alors le grand espoir du panafricanisme repose aujourd’hui pour une grande part sur la Diaspora Africaine, y compris le mouvement Rasta.marcus garvey

 

Cela nous amène à introduire la seconde partie de cette présentation, celle relative à l’alternative au panafricanisme, ce souffle indispensable pour la renaissance de l’Afrique dans un monde globalisé. C’est cette alternative que la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée dénomme le Nouveau Panafricanisme.

 

II-Le Nouveau Panafricanisme : maintient les mêmes objectifs que le Panafricanisme classique, c’est-à-dire unifier les africains d’Afrique et la diaspora africaine, impulser la coopération économique, intellectuelle et politique des pays africains, et replacer l’Afrique, berceau de l’humanité, au cœur l’élaboration de la civilisation universelle.

 

La principale différence réside au faut que le Nouveau Panafricanisme part du constat d’échec après les 50 premières années des indépendances africaines pour repenser et élaborer le nouveau projet panafricaniste. Le Nouveau Panafricanisme se caractérisera donc par son pragmatisme.

 

A-D’abord sur la vision de l’Union Africaine en tant que telle : Depuis 50 années, la construction de l’union africaine repose sur le principe d’une Afrique de 53 états unis sous la même institution. Et depuis quelques temps, on entend même parler de gouvernance africaine. Mais, 50 années après, le moins qu’on puisse dire est que cette vision de l’union africaine n’arrive pas à tenir debout. Les raisons de cet échec sont logiques et compréhensibles car, il faut bien réaliser que chacun des 53 pays a ses propres réalités sociales, culturelles, économiques, climatiques, politiques et historiques. Envisager une gouvernance de l’Afrique avec ces 53 états relève surtout du rêve et de l’utopie. Cela dit, je ne suis pas entrain de dire que l’union Africaine telle qu’elle existe aujourd’hui ne soit pas efficace, tout au contraire, les avancées sont considérables. Cependant, après 50 années de quasi-immobilisme, au lieu de perdre encore assez de temps sur ce qui ne marche pas, il est préférable d’ouvrir d’autres horizons.

 

Ainsi, le Nouveau Panafricanisme, fidèle à sa caractéristique pragmatique, perçoit l’Union Africaine comme une Afrique fédérale, mais avec un fédéralisme assez particulier. La particularité réside au fait que ce sera un fédéralisme sous-régional et non un fédéralisme des États. Ainsi, l’Union Africaine reposera sur 4 piliers représentants ses 4 différents espaces sous-régionaux : l’Afrique Orientale, l’Afrique Occidentale, l’Afrique du Nord et l’Afrique Australe. De ce fait, au sein des instances de l’Union Africaine, ne seront pas représenté directement chacun des 53 états du continent, mais plutôt l’espace sous-régional auquel appartient chaque état.

 

Le Nouveau Panafricanisme reste convaincu que c’est seulement ainsi que l’Afrique pourra parler d’une seule voix. Car après 50 années, l’expérience a prouvé en Afrique que les pays qui ont des réalités sociales, culturelles, climatiques, géographiques, économiques et politiques communes s’intègrent plus facilement. L’Union du Maghreb Arabe, la CEDEAO, la CEMAC et la SADC viennent corroborer cette observation. Vous l’aurez compris, selon le Nouveau Panafricanisme, l’avenir et le moteur de l’Union Africaine repose sur la parfaite réussite de l’intégration sous-régionale. A partir de cet instant, tous les efforts doivent être employés pour qu’au bout des 50 prochaines années, chacun des 4 piliers de l’Union Africaine puisse être parfaitement intégré. Il faudrait que les états puissent à présent concéder plus de pouvoir aux institutions sous-régionale afin qu’elles puissent impulser pleinement la dynamique d’intégration sous-régionale.

 

Sur le plan politique, nous observons déjà la renaissance des institutions sous-régionales sur bien des dossiers, mais cela n’empêche toujours pas les conflits armés dans le continent. Aussitôt un conflit éteint, un autre ressurgit. Il est temps que l’industrie d’armement arrête de faire son chiffre d’affaire sur le sang de nos populations africaines, car les conflits sont le principal handicape à la véritable intégration du continent. L’expérience à prouvé ailleurs, notamment en Européen, que la seule manière de chasser les conflits entre États est de créer des intérêts réciproques solides et durables entre ces États. Or aujourd’hui, c’est à peine si les échanges entre pays africains dépassent 7% des échangent totaux de chaque pays. Donc, en plus de la réussite sur le plan politique, les institutions sous-régionale doivent surtout mettre l’accent sur l’intégration économique entre États : accélérer les investissements sur les voies et moyens de communication et de transports entre pays, harmoniser les lois et les politiques, élaborer des standards sous-régionaux et créer des débouchés réciproques, mais aussi, grâce à des programmes d’éducation, créer cet esprit d’appartenance sous-régionale au sein des enfants, des jeunes et des populations africaines.

 

Le rôle de l’Union Africaine consistera à faire exister le continent sur les enjeux internationaux. Ainsi, au sein des instances internationales (le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale, l’Organisation Mondiale du Commerce, l’ONU, le G20 et toutes autres instances), l’Afrique avec ces 53 États ne parlera que d’une seule voix. Par exemple, il reviendra à l’Union Africaine seule de négocier au sein de l’OMC, comme ça se fait partout ailleurs, une Politique de protections et de subvention de l’agriculture et du tissu industriel africain. De même, l’Union Africaine serait habilité à constituer des pôles de concentration de richesses naturelle afin de faire valoir les richesses pétrolières et minières du continent au bénéfice des populations africaines. Également, au sein de l’ONU, non seulement le Nouveau Panafricanisme milite pour que l’Afrique siège au sein du Conseil de Sécurité, mais nous militons surtout pour que ce siège soi réservé, non pas à un pays africain, mais plutôt à l’Union Africain. Il sera ainsi défini au sein de l’Union Africaine les mécanismes de roulement afin que chacun des 4 espaces sous-régionaux qui constitueront l’Union Africaine puisse siéger à tour de rôle. De même, sur les grands enjeux de politique étrangère, chaque espace sous-régional définira sa politique étrangère commune et il reviendra à l’Union Africaine d’exprimer d’une seule voix la position de l’Afrique sur les points de convergence des politiques sous-régionales communes, et d’arbitrer sur les points de divergences de manière a aboutir à un consensus africain sur toutes les questions internationales.

 

Finalement, l’Afrique dispose des capacités pour exister et même jouer un rôle primordiale dans ce monde globalisé, mais pour y arriver, vous l’aurez compris, le Nouveau Projet Panafricaniste exige à chaque État Africain de concéder, non pas à la haute Union Africaine, mais plutôt à l’espaces sous-régional auquel il appartient, plus de pouvoir pour impulser de manière dynamique l’intégration économique, sociale et culturelle. L’Union Africaine enveloppera les pouvoirs concédés à chaque espace sous-régional pour l’exprimer d’une seule voix à l’échelle internationale.

 

La dernière question qu’il revient de se poser à présent est de savoir : est-ce que les États Africains sont prêts à adhérer au Nouveau Projet Panafricaniste et concéder plus de pouvoir à leur institutions sous-régionales? Bien sûre qu’il existe des États qui sont prêts à ce sacrifice, mais pour des raisons que nous avons cité déjà cité, il est évident que le Nouveau Projet Panafricaniste ne verra le jour que sous une forte pression économique et populaire. Ce qui nous amène justement à aborder le dernier point de cette présentation relatif au rôle de chaque acteur du Projet Panafricaniste.

 

B-Le rôle de chaque acteur du Projet Panafricaniste pour l’émergence de cette Afrique Unie : comme nous l’avons mentionné auparavant, depuis les indépendances, du fait des réalités d’auto-gouvernance et la guerre froide entre alliés et l’URSS, le premier rôle sur la scène politique africaine a été usurpé aux pères des indépendances africaines par des élites africaines qui, pour la plus part, non seulement ne représentent que les intérêts étrangers, mais de plus, n’ont que peu foi au Projet Panafricaniste. De ce fait, le Panafricanisme a été freiné dans sa réalisation et se retrouve aujourd’hui menacé de disparition si jamais les acteurs panafricanistes restent dans l’expectative en se contentant juste de faire de grandes conférences.

 

Autant le Panafricanisme est né à l’extérieur du continent noir, autant le Nouveau Panafricanisme accorde un rôle très important à la Diaspora africaine, y compris le Mouvement Rasta dans le Nouveau Projet Panafricaniste. Le Nouveau Panafricanisme défini la diaspora africaine comme l’ensemble des descendants d’esclaves noirs et des africains ayants émigrés hors du continent pour des raisons de formation, économique ou professionnelles. Le principal espoir du Panafricanisme repose aujourd’hui sur cette vaste diaspora africaine qui regorge de grands intellectuels, de grands professeurs, de grands auteurs, de grands médecins, de grands artistes et de grands sportifs. Il s’agit pour cette diaspora, par des moyens financiers, médiatiques et culturels, de soutenir à l’échelle du continent toutes les forces, souvent marginalisées, œuvrant dans le cadre du Projet Panafricaniste afin de reprendre le pouvoir politique de manière démocratique, et impulser une véritable dynamique d’intégration sous-régionale et continentale comme nous l’avons déjà défini. Pour les 50 prochaines années, c’est là l’objectif des acteurs Panafricanistes, l’heure est à la lutte pour la reconquête de Zion.

 

Frères et sœurs, Très cher(e)s compatriotes et Peuple d’Afrique,

Voilà défini les grands axes du Nouveau Panafricanisme, la vision de l’Union Africaine qui se dégage du Nouveau Panafricanisme ainsi que le rôle de chacun des acteurs dans la réalisation du Nouveau Projet Panafricaniste. La LDRG avec nos partenaires panafricanistes, nous continuons à travailler sur le Nouveau Projet Panafricaniste et comptons vous soumettre une version mieux élaborée dans ci-peu.

 

Pour conclure, j’invite toute africaine et tout africain a nourrir le rêve d’une Afrique Unie, d’une Afrique grande, d’une Afrique associant la croissance de l’Asie au bien-être de l’Occident, d’une Afrique brillant de sa formidable richesse culturelle et d’une Afrique solidement debout sur ces quatre espaces sous-régionaux. Nourrissons ce rêve et accomplissons-le!

 

JAH RASTAFARI à tous les adeptes du Mouvement Rasta.

 

Mamadou Oury Diallo

Président de la LDRG