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A la lumière de l’explosion des échanges commerciaux, des énormes flux de capitaux, des multitudes de délocalisation et de l’intégration des NTIC dans tous les aspects d’échanges, il apparaît une indéfectible victoire de la déréglementation sur la réglementation.

Dans le monde d’aujourd’hui, il serait carrément ridicule d’imaginer un développement de type autarcique pour un quelconque pays, quelques soient ses croyances et ses orientations politiques. Combien de fois aurons nous assisté à la reconversion et l’intégration d’anciens pays communistes, fascistes, islamistes et musulmans, vers le commerce mondial et le libre échange ? Les grands organismes internationaux (OMC-FMI-BM-…) veillant scrupuleusement à la libéralisation des économies, l’ouverture des marchés s’impose comme seul moyen de profiter de ces énormes flux de biens et capitaux.

C’est dans cette obsession de réduire les barrières et surtout d’élargir des marchés de plus en plus disputés entre puissances économiques que la construction de grands ensembles économiques et monétaires trouve toutes leurs importances.

Ainsi, nous allons, tout au long de cette analyse, nous intéresser au cas de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Plus précisément :


· Dans un premier temps, nous analyserons l’état de l’intégration monétaire et économique de cette communauté économique ouest-africaine ;

· Dans un second temps, nous traiterons de la subtile position de la Guinée et de son rôle dans l’intégration monétaire et économique la sous région.

Auparavant, il serait judicieux de rappeler que la CEDEAO est un regroupement régional de 15 pays crée en 1975. Sa mission première est de promouvoir l'Intégration économique dans tous les domaines de l'activité économique ( l'industrie, les transports, les télécommunications, l'énergie, l'agriculture, les ressources naturelles, le commerce, les questions monétaires et financières, les questions sociales et culturelles,... ). Elle se compose de 8 institutions, dont les principales sont : la Commission de la communauté et la Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO.

Il serait aussi important de noter que la CEDEAO compte, selon les chiffres de 2007,
une population de plus de 260 millions d’habitants dont les 70% ont moins de 35 ans. Donc, il faudrait penser à assimiler cette sous-région de 260 millions d’habitants à un marché de presque autant de consommateurs.

1-L’état de l’intégration économique de la CEDEAO :

La CEDEAO, du point de vue intégration monétaire et économique, à ceci de spécifique : elle évolue à deux vitesses. En effet, elle se compose de deux zones : l’UEMOA et la ZMAO.

L’Union Economique et Monétaire Ouest-Africain (UEMOA), créée en 1994 et comprenant 8 pays membres, est une zone économique et monétaire regroupant tous les pays de la sous-région ouest-africaine ayant le Franc CFA comme monnaie nationale.

Par l’intermédiaire d’un compte d’opération du Trésor français, le Franc CFA, Librement convertible contre la monnaie européenne (l’euro), apparaît ainsi comme une devise forte, préservant les pays membres de l’UEMOA de toute crise de change majeure. De même, la zone apparaît protégés contre toute tentation d’un déficit budgétaire financé par création monétaire et contre les hausses de prix qui en résulteraient, ce qui explique en grande partie pourquoi ces pays ont échappé aux fortes inflations qui sont le trait commun des pays en voie de développement.

Cependant, ces pays membres de l’UEMOA, ne possédant aucune politique monétaire autonome, ils sont donc privé d’un important instrument d’action sur leurs économies. Mais cela ne pourrait être le seul argument à la nécessité du divorce entre l’UEMOA (CFA) et la France (euro), car même dans l’optique d’une intégration monétaire à l’échelle sous-régionale (CEDEAO), la définition et l’application de la politique monétaire serait confiée à une institution autonome spécialement dédiée à cette cause : une Banque centrale sous régionale.

Par contre, l’un des arguments solides qui pourraient persuader les pays membres de l’UEMOA à la nécessité d’une intégration économique version CEDEAO, avec une Banque centrale ouest-africaine chargée de définir la politique monétaire, est l’impossible respect de l’un des principes fondamentaux de la parité fixe entre deux zone monétaire. En effet, pour éviter toute dévaluation du Franc CFA, de l’ordre de la dévaluation survenue le 11 janvier 1994 (50%), les pays de l’UEMOA ont l’obligation de garder les mêmes tendances macroéconomiques avec la zone d’ancrage (l’Union Européenne). Ayant déjà fait l’expérience d’une dévaluation du Franc CFA par rapport au Franc français, alors les pays membres de l’UEMOA devraient pouvoir imaginer ce qu’une dévaluation par rapport à une devise aussi forte que l’euro pourrait avoir comme conséquence sociale dans leurs pays respectifs.

Sans pour autant renier la confortable stabilité dont jouit cette première zone monétaire de la CEDEAO, nous allons à présent nous intéresser à la seconde zone ou à l’ambition d’une seconde zone : la ZMAO.

La Zone Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO) est l’objectif que se sont attribués, dès la fin des années 90, 6 pays membres de la CEDEAO et le Cap-Vert en tant qu’observateur.

L’une des plus marquante distinction entre la ZMAO et l’UEMOA est le fait que l’UEMOA est exclusivement composé de pays, non seulement partageant le CFA comme monnaie nationale, mais également, quasiment, tous francophones.

La ZMAO, grâce à son Institut Monétaire, composé des Banques centrales des pays membres, compte :

· Entreprendre toutes les activités devant mener à la création de la Banque centrale de l’Afrique de l’ouest (BCAO);

· Suivre et évaluer la mise en oeuvre des critères de convergence ;

· Adopter comme objectif principal la stabilité des prix et renforcer la coordination des politiques monétaires en vue d’atteindre cet objectif;

· Prendre toutes les dispositions nécessaires à la conduite d’une politique monétaire unique;

· Entreprendre toutes les tâches devant mener à l’émission d’une monnaie commune, l’eco;

· Superviser le développement d’un mécanisme de taux de change et d’une unité monétaire de l’Afrique de l’ouest pour les règlements au sein de la zone.

Cependant, au terme des première phases de lancement du projet ZMAO, il apparaît que certaines normes minimales n'ont pas été remplies par les pays membres dans des domaines déterminants, tels que le perfectionnement des systèmes de paiements, l'harmonisation statistique et le développement de la base de données, la sensibilisation, la viabilité du secteur financier, la consolidation budgétaire et l'acquittement des obligations financières à l'égard du Programme de la ZMAO.

Egalement, le non respect des critères quantitatifs a également empêché les Etats membres d'être qualifiés à entrer dans l'union monétaire au 1er juillet 2005. En effet, en 2004, seul le Nigeria et la Gambie avaient rempli trois des quatre critères premier rang. Après ce premier groupe, suivent le Ghana et la Sierra Leone, qui avaient rempli deux critères de premier rang chacune et enfin la Guinée qui n'a rempli qu'un seul critère.

En dépit du fait que, en moyenne, seulement 11% des échanges commerciaux effectués en Afrique de l’Ouest le sont entre pays membres de la CEDEAO, il n’est plus nécessaire de s’étaler d’avantage sur les spécificités de ces deux zones monétaire. Cela parce qu’il apparaît clairement une disparité sur le niveau d’intégration de l’UEMOA par rapport à la ZMAO qui a du mal à respecter les normes minimales de la première phase d’intégration.


· Est-ce pour autant que la Guinée devrait renoncer à son engagement dans la ZMAO pour réintégrer l’UEMOA ?

· Quels sont les coûts que la Guinée devrait supporter en continuant dans la ZMAO ou en cherchant à réintégrer l’UEMOA ?

· De l’UEMOA ou de la ZMAO, laquelle des deux zones économiques et monétaires dessine l’avenir de la sous-région ouest-africaine ?

· A terme, est-ce à la ZMAO de rejoindre l’UEMOA ou est-ce à l’UEMOA de rejoindre la ZMAO ?

C’est en essayant d’apporter lumière à ces interrogations que nous traiterons de la subtile position de la Guinée et de son rôle dans l’intégration économique de la CEDEAO.

2-La Guinée dans l’intégration économique et monétaire de la CEDEAO :

En s’engageant dans une nouvelle aventure avec la ZMAO, certainement que la Guinée paye, au prix d’une inflation hors norme et d’un déficit public immaîtrisable, son retrait de l’ex-zone franc qui, de nos jours, connaît une relative stabilité économique.

Il est évident qu’il y a là un aspect très incertain dans l’aboutissement, à court terme, de la ZMAO car, et ce n’est d’ailleurs pas le cas, même si la Guinée se prête à une douloureuse cure de déflation et de maîtrise de ses fondamentaux, rien ne lui garanti que les autres 5 membres de la ZMAO en feront autant.

Mais, c’est peut-être aussi à ce niveau l’avantage pour la Guinée de rester au sein de la ZMAO afin quelle puisse disposer de suffisamment de temps pour maîtriser ses fondamentaux, remettre à niveau ses petites industries et être en mesure de tirer profit des avantages qu’offriront, à terme, la ZMAO qui, il faut le rappeler, est un marché pratiquement deux fois plus important que celui de l’UEMOA.

De plus, la politique monétaire de la ZMAO sera décidée au niveau de la Banque centrale Ouest-Africaine, donnant ainsi aux pays membres la possibilité de revoir les missions de l’institution en fonction des conjonctures internationales, contrairement à l’UEMOA qui se voit privée de cette possibilité.

Bien entendu, lorsqu’on a des géants comme le Nigeria dans sa zone monétaire, on a tendance à croire que seul le Nigeria pourra tirer profit de cette intégration monétaire. C’est tout le contraire, le Nigeria devrait plutôt apparaître comme une opportunité pour la Guinée dans la mesure où la Guinée mettrait ses immenses potentialités au service du développement de son tissu industriel et productif.

Demander à la Guinée de se soustraire de la ZMAO à cause du Nigeria, c’est comme demander au Luxembourg de se soustraire de l’euro parce que l’Allemagne est très dynamique, c’est vraiment absurde !

Par ailleurs, en envisageant la réintégration dans l’UEMOA, en substituant sa monnaie nationale au CFA, certes à terme la stabilité sera de l’heure, mais la Guinée sera contraint de subir une véritable crise sociale se manifestant par des taux de chômages élevés et une croissance quasi-négative les premières années de l’intégration. Toutes ces cures pour aboutir à une stabilité encore relative d’autant plus que l’avenir de l’UEMOA sera à tout moment remis en cause par des risques fréquents de dévaluations du CFA par rapport à l’euro.

Demander à la Guinée de réintégrer l’UEMOA, c’est comme demander immédiatement au Kosovo, nouvellement indépendant, d’adopter l’euro comme monnaie nationale tout en supposant que l’euro soit une monnaie ancrée sur un dollar dont l’avenir est incertain, cela aussi est vraiment absurde !

A la lumière de cette courte analyse, faisant l’économie de certains aspects techniques, avec ce que ça entraîne comme avantages et inconvénients, il apparaît la nécessité pour la Guinée de continuer l’aventure avec la ZMAO. Il s’agit de se réveiller pendant qu’il est encore temps, d’être résolu à subir une véritable cure de lutte contre l’inflation, de maîtrise des fondamentaux et surtout de redynamisation du tissu industriel et productif.

La tendance étant à l’autonomisation et à l’unisson, l’avenir de la CEDEAO apparaît ainsi dessiné comme une zone monétaire et économique réunifié autour de la ZMAO car, une fois la ZMAO définitivement opérationnelle, au prochain risque de dévaluation du CFA par rapport à l’euro, l’UEMOA et la ZMAO seront amené a réunifier leur zone monétaire dans le cadre d’une Banque centrale Ouest-Africaine autonome capable de définir des politiques monétaires à adéquates aux conjonctures du moment.


Il apparaît ainsi que c’est seulement en se mettant en position de compétitivité et en aiguisant ses propres avantages comparatifs que la Guinée pourra jouer un rôle important dans l’avenir de la CEDEAO. A défaut, nous serons logiquement englouti par les plus compétitifs dans la sous-région ouest-africaine.

 

« L'utopie n'est que le nom donné aux réformes lorsqu'il faut attendre les révolutions pour les entreprendre. » Jacques Attali

Mamadou Oury Diallo

Président de la LDRG