
« L'utopie n'est que le nom donné au réformes lorsqu'il faut attendre des révolutions pour les entreprendre » Jacques Attali
« La solution existe, il s’agit de ne pas détourner
le regard »
Cher(e)s compatriotes, depuis la première république, la démocratie guinéenne, comme toute jeune démocratie, a logiquement fait les frais d’un éventail
de bonnes et mauvaises décisions : c’est le prix de l’autogouvernance. A cet effet, il n’est plus nécessaire de rappeler à quiconque les résultats de notre autogouvernance, tant nos populations
sont sujettes à l’extrême misère et exposées aux conséquences de cette même misère.
Autant les erreurs commises durant nos cinquante premières années d’autogouvernance ont été monumentales et regrettables, autant « la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée » pense que ces
erreurs sont aujourd’hui suffisantes pour nous permettre de corriger notre démocratie et bâtir une nation viable et prospère. Rompre ce cycle cauchemardesque de descente aux enfers devient un «
devoir citoyen » pour chacun d’entre nous, car, au-delà de cette limite, nous risquons tous de faire les frais de l’éclatement de notre nation avec tout ce que cela entraînera à court, moyen et
long terme pour nos innocentes populations et notre magnifique pays.
En cela, le diagnostic du mal guinéen à fait couler énormément d’encre ces dernières années, et chaque analyste a réussi à identifier ce qui apparaît à ses yeux comme étant la cause de notre
malheur. Non seulement aucune des analyses n’est plus vraie qu’une autre, mais de plus, nous observons que toutes les analyses abondent généralement dans le même sens, à savoir : la corruption et
la mal-gouvernance.
Pour ce qui est de la corruption et de la mal-gouvernance, « La Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée », pour avoir elle-même prescrit tout une batterie de recommandations en vue d’améliorer
la bonne gouvernance, lutter contre la corruption et faire de l’Etat de droit une réalité guinéenne, atteste que la réussite et mise en œuvre de ses recommandations requiert un préalable.
En quelque sorte, malgré que nous soyons convaincu que la corruption et la mal-gouvernance sont de véritables maux socioéconomiques et politiques pour notre pays, cependant, elles ne sont pas la
cause première de nos malheurs. Cette affirmation se fonde sur la simple observation que : « quelque soi la volonté d’en découdre avec la corruption et
la mal-gouvernance des différents acteurs crédibles qui se sont succédés à la direction des pouvoirs publics en Guinée, nous n’avons avancé qu’à reculons sur ce plan. A chaque fois, soit les
bonnes intentions buttent sur un mur opaque difficile à pénétrer, soit elles adhèrent à l’establishment.»
En commençant par Mr Sydia Touré, en passant par Mr Louceny Fall, et même le gouvernement de consensus née des évènements de janvier 2007, malgré la finalisation des rapports d’audit des
départements ministériels, n’a pu avancer d’un iota sur ce plan.
Comprendre les fondements de cet establishment et essayer de pénétrer ce mur opaque est l’objet de cette analyse. Pour la « Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée », il n’y a aucun doute, la
corruption et la mal-gouvernance dérivent d’une profonde déformation de notre démocratie, il s’agit de « l’ethnicisation » de la démocratie guinéenne.
Cher(e)s compatriotes, parce que l’Heure nous le dicte et le Devoir nous interpelle, voilà le sujet que « La Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée » entend aborder avec vous aujourd’hui.
Pour s’y prendre :
Dans un premier temps, nous allons aborder le concept d’ethnicisation de la démocratie guinéenne ;
Puis, dans un second temps, nous allons proposer les différentes issues pour « désethniciser » notre démocratie. Pour des raisons de concision, ce second point
fera l’objet d’une prochaine publication.
« Ethnicisation de la démocratie guinéenne »
Compréhension et essai de définition :
pour comprendre le phénomène d’ethnicisation de notre démocratie, sans vouloir abonder vers un cours sociologique, il serait nécessaire de revenir brièvement sur
l’esprit qui a animé l’histoire de la démocratie occidentale.
En effet, selon le philosophe anglais, Thomas Hobbes, les besoins et les désires des individus sont le fil conducteur de l’histoire de la civilisation occidentale.
La justification à cette affirmation de Hobbes est la suivante : avant l’époque du féodalisme occidental, les sociétés occidentales étaient organisées en « clans ethniques. » Le principal besoin
de transition des organisations de type ethnique vers la féodalité s’est manifestée à partir du moment où les « clans ethniques » n’arrivaient plus à assurer la sécurité de leurs propres membres.
C’est ainsi que ces clans se sont réorganisé pour être plus fort, en unissant leur force sous le commandement d’un seigneur pouvant assurer leur sécurité : ainsi naquit la féodalité. A ce niveau,
nous percevons mieux la logique de Hobbes, car la principale cause du bouleversement historique des sociétés occidentales fut: le besoin de sécurité. En développant ce raisonnement, il apparaît
également que le féodalisme occidental a décliné en réponse aux besoins changeant des individus, voyant en « l’Etat moderne » une structure mieux équipée pour assurer la sécurité de ses
membres.
Ainsi, du pont de vue de Hobbes, « L’engagement total de l’Etat à assurer les besoins de sécurité de ses membres est à la base de la fondation des démocraties occidentales. »
Par ailleurs, comparativement, il se trouve que les études sociologiques récentes sur l’Afrique ont été dominées par des paradigmes empruntés aux sociétés occidentales. L’un de ces paradigmes
dominant fut justement l’assertion centrale de la théorie de la modernisation de 1960 qui stipule que : « Les organisations ethnocentriques disparaîtront des sociétés africaines, et de celles des
pays sous-développés, dès que les racines d’un Etat moderne émergeront dans la culture politique de ses sociétés, répétant ainsi le schéma des civilisations occidentales. »
Cependant, une observation critique de l’évolution des sociétés africaines fait apparaître le contraire de ces assertions. En effet, contrairement en Europe occidentale où le développement de «
l’ethnocentrisme » et de « l’Etat » furent inversement proportionnelle dans l’histoire, dans les sociétés africaines, l’ethnocentrisme grandi au fur et à mesure du développement de l’Etat. Dès
que l’Etat cherche à dominer les affaires publiques en Afrique, l’ethnocentrisme bloque et ne fait aucune place aux institutions de l’Etat.
« En Afrique, l’Etat est perçu comme une institution par laquelle le pouvoir d’un clan est organisé sur une base ethnique mieux élaborée pour assurer la
sécurité de ses membres. »
Pour mieux comprendre cette divergence de perception que les sociétés occidentales et africaines ont de l’Etat, il serait absolument nécessaire de revenir un peu en arrière, notamment en
examinant brièvement la relation qui a existée entre l’Etat et l’individu africain tout au long de son histoire, particulière aux époques de l’esclavage et de la colonisation.
En effet, il est facile d’observer que durant les quatre siècles d’esclavages (1450-1850) et pour la période de la colonisation, les intérêts
extérieurs ont toujours fait équipe avec les Etats africains indigènes pour atteindre leur mandat de commerce d’esclave et de colonisation en Afrique. Donc, dans les sociétés africaines,
contrairement à l’occident, l’Etat n’a été qu’une source de malheur et de persécution pour les individus.
« Ces faits expliquent en grande partie la persistance de l’ethnocentrisme, considéré par les individus africains comme le seul refuge sûr contre l’oppresseur, assimilé à l’Etat-nation. »
A présent, pour prendre le cas de la Guinée, depuis la première république jusqu’à nos jours, malgré que les institutions de l’Etat soient “neutres” (langues, cultures et symboles), cependant, il
est facile de remarquer qu’accéder aux structures de l’Etat est affilié aux réseaux de clientélisme et des partis politiques, lesquels réseaux ont, eux-même, des fondements ethnocentriques. Ainsi
s’explique la facilité d’accès de quelques groupes ethniques aux structures de l’Etat, alors que les autres sont exclus.
Cela se vérifie dans la mesure où, en Guinée, la première république fut caractérisée par la prédominance de l’ethnie « Malinké » aux différentes structures de l’Etat et l’agression permanente
contre les autres ethnies ; la deuxième république s’est également caractérisée, jusqu’à une date récente, par la prédominance de l’ethnie Soussou et la marginalisation des autres groupes
ethniques qui, n’ayant pas accès aux structures de l’Etat et se sentant menacée, trouvent refuge dans leur propre clans ethniques tout en cherchant à accéder aux structures de l’Etat.
Dans ce contexte : Il devient beaucoup plus facile de comprendre pourquoi les réformes de l’administration publiques ne donnent absolument rien ; Il devient beaucoup plus facile de comprendre
pourquoi la médiocrité, clientélisme et le népotisme sont des valeurs ancrées ; Il devient beaucoup plus facile de comprendre pourquoi les mesures de lutte contre la corruption et la
mal-gouvernance ne peuvent être un succès. Il devient beaucoup plus facile de comprendre pourquoi l’Etat de droit ne peut être une réalité guinéenne ;
Ces reformes ne peuvent être un succès car, non seulement la quasi-totalité des membres du clan ethnique au pouvoir, même en position de minorité,
cherche à conserver le statu quo qui est source de sécurité pour eux, mais de plus, un corps étranger à l’ethnique au pouvoir n’y peut mener à bout une quelconque reforme susceptible de
bouleverser l’establishment, source de sécurité pour l’ethnie au pouvoir.
Cher(e)s compatriotes, ce mur opaque sur lequel butent ces réformes nécessaires contre la corruption et la mal-gouvernance, ce mur opaque sur lequel butent ces réformes nécessaire pour une
redistribution équitable de nos richesses, ce mur opaque sur lequel butent ces réformes nécessaire contre la corruption, ce mur opaque sur lequel butent ces réformes nécessaires pour l’Etat de
droit sur nos terres, c’est ce mur opaque que nous appelons : « ethnicisation de la démocratie guinéenne. »
Briser ce mur opaque devient ainsi le préalable nécessaire et indispensable pour bâtir une nation stable, instaurer l’Etat de droit et mener à
bout les réformes nécessaires au développement socioéconomique de notre pays.
C’est dans cette optique que le laboratoire de la « Ligue » ouvre un débat responsable sur la « désethnicisation » de notre démocratie, lequel sujet fera l’objet de l’une de nos prochaines
publications.
« On résiste à l’invasion des armées, on ne résiste pas à l’invasion des idées. » Victor Hugo