Partager l'article ! 6-«Au coeur des réformes économiques et institutionnelles»: Très cher(e)s compatriotes, en toute époque de la vie d’une société, il est ...
« L'utopie n'est que le nom donné au réformes lorsqu'il faut attendre des révolutions pour les entreprendre » Jacques Attali
Très cher(e)s compatriotes, en toute époque de la vie d’une société, il est nécessaire de
savoir et pouvoir distinguer, non seulement la sphère politique de la sphère économique, mais également, de régir leurs rapports de telle sorte que les intérêts politiques n’entravent pas
l’atteinte des objectifs économiques.
Si la sphère politique peut galoper sans encourir la dure sanction des faits, il n’en est pas de même pour la sphère économique qui, quant à elle se remet lentement et très difficilement des
conséquences de mauvaises prises de décisions.
La sphère politique est l’affaire des politiques, ils ont pour objectif ultime la conquête du pouvoir politique. Quant à la sphère économique, elle est l’affaire de tout un peuple, lequel peuple
a intérêt à ce que son pouvoir d’achat et son bien-être s’améliorent. La cœxistence entre ces deux sphères est établie sur la base de confiance et de promesse d’une Bonne Gouvernance.
C’est ainsi que, telle une sorte de corollaire économique et financier à la démocratisation politique, la « Bonne Gouvernance » doit inciter à gérer plus efficacement les affaires publiques, à
rendre la fonction publique plus productive et accroître la crédibilité et la transparence des institutions politiques, économiques et sociales d’un pays.
Cependant, de nos jours, les populations guinéennes survivent dans une inflation galopante sans repis qui n’est autre que la conséquence d’un certain laxisme dans la prise de décision des
autorités monétaires.
C’est dans cette dualité d’intérêts entre le politique et l’économique que nous allons, tout au long de cette analyse, traiter le cas de l’inflation en Guinée :
Ø Dans un premier temps, nous allons essayer de toucher l’origine première et essayer de comprendre, très brievement, les raisons de l’inflation que nous vivons aujourd’hui en Guinée ;
Ø Puis, dans un second temps, nous allons nous ateler à la proposition d’une serie de réformes qui nous permettra de relever le défi de la désinflation et de l’amélioration du bien-être des
populations guinéennes.
L’origine première de l’inflation en Guinée :
Pour bien comprendre le cas de l’inflation en Guinée, il faut revenir en 1994 :
En cette époque, alors que l’inflation était bien encadrée, nous avons adopté à la hâte un régime
de flottement de change pour laisser le taux de change se déprécier de près de 30% ;
Puis, entre 1999 et 2002, un ensemble de mesures ont été prises pour reduire la souplesse du taux de change, lesquelles mesures ont abouti à la mise en place d’un marché parallèle ;
Parallèlement, les recettes publiques tirées du secteur minier ont chuté sous l’effet d’une baisse des cours des produits de base, notamment la bauxite, le principal produit d’exportation de la
Guinée.
Cette modification du régime de change, conjuguée avec la baisse du prix à la tonne à l’exportation, fut en grande partie à l’origine de la dégradation des réserves de la Banque Centrale qui
sont passés de 2.7 mois d’importations en 1995/1996 à moins de 0.8 mois d’importations en 2005.
Malgré ce faible soubassement en réserves, la Banque Centrale a continuée à financer les besoins du gouvernement, entraînant une expansion de la masse monétaire de plus de 35 % entre 2004
et 2005 ;
Ø Le déficit public a continué à se creuser dans une moyenne annuelle de 42% entre 1998 et 2005 ;
Ø Le crédit des banques commerciales au secteur privé est resté faible jusqu’ aujourd’hui : ce crédit est inférieur à celui accordé à l’État (23 % contre environ 28 % du total des avoirs desdites banques) ;
Ø Du fait de cette dépréciation du Franc Guinéen, la dette extérieure publique a atteint le niveau insoutenable d’environ 100% du PIB en 2004;
Ø C’est en ce moment que les arriérés des dettes, extérieures et intérieures, ont commencés à s’accumulés et que les hautes autorités financières ont suspendues logiquement leurs aides
;
Ainsi, si nous récapitulons bien, nous verrons que l’erreur première fut, toute chose égale par ailleurs, la modification du régime de change en 1994, passant d’un régime de change assez rigide à
un régime plutôt flottant qui a conduit à une première dévaluation de près de 30% de la monnaie nationale.
Sans cacher notre préférence pour se régime, car c’est celui-là qui encourage les exportations et le plus souvent boost la compétitivité de l’économie, cependant ce n’est ni les préférences ni
les volontés individuelles qui conduisent le choix d’une politique de change, mais plutôt les contraintes économiques et le contexte international.
Mieux comprendre la politique dévaluation de la monnaie :
En effet, cette dévaluation survenue en 1994 n’allait se traduire par une relance économique et une amélioration du bien être des populations que si et seulement si :
Ø Les autorités monétaires, après analyse de « l’élasticité prix » des produits exportés, avaient conclue que la baisse du prix des produits exportés allait se traduire par une augmentation de la
demande extérieure. Car il ne sert absolument à rien de dévaluer la monnaie nationale pour des produits dont la variation des prix n’entraîne aucune variation de la demande. Or nous ne pouvons
pas affirmer en cette époque que le panier d’exportation était suffisamment riche ni élastique, car c’est la bauxite qui était, et est encore de nos jours, la principale exportation du pays ;
Ø Egalement, on suppose qu’aucune analyse de structure des importations n’a été réalisée. Car, si les importations de l’économie sont presque toutes stratégiques et incompressibles, comme c’est
la cas en Guinée (riz, farine, pétrole, huile, équipements,…), alors la dévaluation de la monnaie nationale n’entraînerait qu’un renchérissement des produits et matières premières, lequel
renchérissement se répercutera sur le prix des produits finis/marchandises et conduira l’économie dans une situation d’inflation insoutenable, comme c’elle que nous vivons actuellement en
Guinée.
Ainsi, à la lumière de cette brève analyse, « nous remarquons que la cause première de l’inflation en Guinée, toute chose égale par ailleurs, fut une erreur de décision stratégique qui nous a
conduit à adopter un régime de flottement de change alors que, structurellement, nous n’étions point préparé ». Laquelle erreur stratégique a eu des conséquences énormes :
Ø D’abord la dévaluation de près de 30% et la dépréciation continue de la monnaie nationale qui a conduit à la suspension de l’aide extérieure ;
Ø Laquelle suspension à entraînée le financement du déficit public par la Banque Centrale qui a vue ces reverses en devise se détériorer, passant de 2.7 à 0.8 mois d’importation entre 1995 et 2005 ;
Ø Et enfin, nous assistons depuis 2005 à une expansion annuelle moyenne de la masse monétaire, de près de 35%, qui nous fait vivre un enfer de 36% d’inflation.
Très cher(e)s compatriotes, une inflation de 36% n’est point une fatalité surtout lorsque nous réalisons que les économies les plus importantes de l’Amériques latines (Brésil-Pérou-Argentines)
ont connues, dans les années quatre-vingt, des niveaux d’inflation atteignant 1000% alors que ce niveau est ramené à moins de 10% de nos jours.
Maintenant que nous détenons la cause première de l’inflation en Guinée (Régime de change/Financement du déficit public), alors, du coup, nous détenons la solution première à la vie chère chez
nous.
A présent, nous allons passer à la phase de proposition d’une série de reformes pour, d’une part corriger les erreurs stratégiques commises, mais surtout pour mettre des garde-fous entre le
politique et l’économique afin de protéger le pouvoir d’achat des populations dans l’avenir.
Pour s’y prendre :
Ø Tout d’abord, dans un premier temps, nous allons adopter un régime de change adéquat aux spécificités de notre économie ;
Ø Puis, dans un second temps, nous allons nous pencher sur les reformes institutionnelles nécessaires pour maintenir la sphère économique à distance de celle politique ;
Ø Et enfin, nous allons proposer quelques brèves reformes économiques qui permettront d’encourager la bonne gouvernance au sein de l’administration public et des décideurs
politiques.
La Reforme du Régime de Change : Cher(e)s compatriotes, on n’apprendra certainement à personne que le choix d'un régime de change résulte à la fois des objectifs économiques d’un
pays et des contraintes qu'il doit supporter.
Régime de change et objectifs économiques
L'objectif ultime de la politique économique guinéenne aujourd’hui, n’est autre que de parvenir, tout d’abord à la croissance la plus rapide et la plus stable possible, mais surtout à minimiser
l’inflation. Or le régime de change affecte la stabilité et la compétitivité de l'économie d’un pays.
Le régime de change affecte la stabilité de l’économie et sa compétitivité, car « lorsque les taux de change sont prévisibles, ils limitent l'incertitude dont souffrent les agents dans leurs
relations internationales, et sont donc, en principe, favorables aussi bien à l'investissement national qu'à l'investissement direct et au commerce ».
C'est en principe un régime de taux de change fixe qui permet d'atteindre le mieux cet objectif de stabilité de l’économie. Egalement, ce même régime de change fixe peut être adopté précisément
en raison de la discipline anti-inflationniste qu'il suppose.
Ainsi, en prenant l’exemple d’un pays comme l’Argentine des années quatre-vingt, l'adoption d'un « currency board » est apparue comme le dernier moyen de préserver la monnaie, profondément
ébranlée par les hyperinflations qui ont affecté le pays à cette époque.
Du point de vue nos objectifs économiques, nous remarquons bien que l’adoption d’un régime de change fixe peut être d'autant plus justifiée que le régime de change flottant adopté en 1994,
orienté exclusivement sur le maintien de la compétitivité, a accéléré à juste titre l'inflation en Guinée entre 1994/2005, car :« Lorsque le taux de change est dévalué régulièrement pour
compenser les écarts d'inflation, cela peut conduire à un processus d'inflation importée, qui impose une nouvelle dépréciation. Un cercle vicieux Inflation-Dépréciation se met alors en place, qui
peut déboucher dans les cas extrêmes sur l’hyperinflation ».
« A ce titre, nous pouvons adopter la fixité du taux de change comme une contrainte externe pour réussir, non seulement la relance économique, mais également et surtout la désinflation en Guinée
».
A présent que nous avons pu vérifier la compatibilité des nos objectifs économiques avec l’adoption d’un régime de change fixe, sans pour autant le maintenir, nous allons d’abord vérifier les
contraintes externes que ce régime suppose:
Contraintes externes au choix d'un régime de change fixe : Un certain nombre de contraintes limitent le champ des régimes de change qu'un pays peut adopter :
Ø Par exemple, il est impossible, dans un contexte de mobilité parfaite des capitaux, d'avoir à la fois un régime de change totalement fixe et une politique monétaire parfaitement autonome ;
Ø Symétriquement, lorsqu'un pays souhaite conserver l'autonomie de sa politique monétaire, il est tenu de choisir un régime de change flexible ou de limiter la mobilité des capitaux.
Alors apparaît un petit paradoxe entre adoption d’un régime de change fixe et l’autonomie de notre politique monétaire.
Mais c’est un paradoxe levé d’avance, car en Guinée non seulement nos systèmes financiers ne sont pas assez développé pour parler de mobilité parfaite de capitaux, de plus, il est possible
d’encadrer cette mobilité des capitaux avec des mesures biens définies. C’est à ce prix que nous pourrons relever le défi de la désinflation en Guinée.
Donc, il est temps d’opérer la réforme du régime de change pour tendre vers un régime fixe, tout en encadrant la mobilité des capitaux. Ceci, parce que l’expérience a prouvé que : « c’est le
régime de change qui explique la faiblesse de l'inflation, et non une situation moins inflationniste qui autorise la fixité du change ».
De ce point de vue, nous accueillons avec beaucoup d’enthousiasme la décision du nouveau gouvernement de veiller à une certaine fixité du taux de change, ceci au grand soulagement des opérateurs
économiques et des populations guinéennes.
A présent, après avoir opéré la réforme de change, il faut s’interroger sur la façon d’assurer dans le temps cette stabilité économique afin d’accroître le bien-être des populations guinéennes.
Plus exactement, il faut éviter le reniement de cette politique par les perpétuelles luttes politiques, ou l'arrivée au pouvoir d'un nouveau gouvernement.
La Reforme Institutionnelle :
L’Indépendance de la Banque Centrale de la République de Guinée
Cher(e)s compatriotes, tout d’abord il est nécessaire d’identifier la part de responsabilité de la BCRG par rapport à la situation chaotique qui règne au pays actuellement.
Si le choix du régime de flottement de change fut la cause première de la vie chère en Guinée, il faut reconnaître que la cause secondaire de l’inflation en Guinée est principalement due au
laxisme de la BCRG.
Lorsqu’on apprend que :
Ø Les réserves en devises de la BCRG se sont dégradées en l’espace de dix ans de 2.7 à 0.8 mois d’importations ;
Ø La BCRG continue à financer le déficit public à plus de 26%, en moyenne annuelle ;
Ø La BCRG est l’acteur principal d’une expansion annuelle moyenne de la masse monétaire de plus de 35%.
Lorsqu’on apprend tout cela, il y a lieu, non seulement de s’interroger sur la responsabilité au sein de cette institution, mais également de ses relations avec l’administration publique.
Les relations entre la BCRG et le Gouvernement ont toujours été de type contractuelles en Guinée. Ce contrat sert à établir l'objectif, défini par le gouvernement (par exemple l’inflation), que
la BCRG doit poursuivre.
Une fois l'objectif défini, normalement la BCRG est libre d'agir pour le réaliser, tout en étant soumise à un système d'incitations qui oriente ses comportements (limogeage en cas de non
réalisation de l'objectif fixé, définition de la rémunération salariale, nomination par les pouvoirs publics, …).
Même si on est tenté de faire porter le chapeau de l’expansion de la masse monétaire de 35% en moyenne annuelle à la BCRG, cependant on reconnaît qu’avec des relations de type contractuelles, il
y a lieu d’exonérer la BCRG d’une partie de cette responsabilité.
C’est ainsi que nous avons également accueilli avec beaucoup d’espoir et de ferveur la décision du nouveau gouvernement de créer une commission pour spécialement étudier la nécessité d’une
autonomie plus large de la BCRG.
Cependant, les dernières nouvelles de la nomination par le Chef de l’Etat (seul habileté à approuver les décrets de nominations) d’un nouveau gouverneur de la BCRG ont totalement rompues cet
espoir.
Cet espoir a été rompu, non pas à cause de la personne du nommé qui fait débat ci et là dans les médias, mais plutôt à cause de l’esprit de continuité manifesté dans les relations entre la BCRG
et les pouvoirs publics.
Nous ne doutons point des compétences de Mr Kouyaté et de son équipe, mais un doute commence à subsister quant à son réel pouvoir :
Ø Tout d’abord, son incapacité de pouvoir foutre garde-à-vous à tous ces soldats inconscients lors de ces dernières mutineries. Lesquels soldats, après le massacre des populations lors des 12 et
13 juin 2006 ainsi que lors des 17 et 22 janvier 2007, sont encore là à manifester violemment pour des augmentations, alors qu’aujourd’hui, au nom de la République, ils méritent tous non
seulement d’être traduit en justice, mais également une cours martiale exemplaire ;
Ø Puis, pour revenir au sujet de cet article, seul Mr Kouyaté peut nous expliquer les raisons de cette continuité dans les relations entre la BCRG et les pouvoirs publics.
« A un certain moment, un gouvernement de mission doit absolument pouvoir se distinguer de par les mesures et décisions impopulaires qu’il est susceptible d’adopter».
Le principe d'autonomie indique que la BCRG doit posséder une indépendance fonctionnelle et organisationnelle sans lesquelles, aucune reforme économique ne connaîtra succès dans le
contexte guinéen :
L'Indépendance Fonctionnelle est le fait que la BCRG doit être chargée par la loi, et non pas par le gouvernement, de réaliser une fonction monétaire précise :
Ø Les objectifs de la BCRG doivent être défini avec l’Assemblée Nationale et non dictés par le Gouvernement ;
Ø Le mandat de la BCRG doit être clair : axé d’abord sur la stabilité des prix, puis, concomitamment avec le Gouvernement, sur le taux de change ;
Ø La BCRG doit disposer d’une autonomie opérationnelle pour conduire la politique monétaire sans restrictions : notamment fixer les taux d’intérêt sans interférence du gouvernement et limiter strictement, ou interdire, le financement des déficits budgétaires ;
Ø Il doit y avoir une séparation des commissaires de la BCRG des membres du gouvernement ;
Ø La BCRG doit avoir l’obligation de rendre des comptes, ponctuellement, à l’Assemblée Nationale par rapport à l’évolution sur les objectifs prédéfinis.
L'Indépendance Organisationnelle implique que la BCRG sera une entité distincte de l'administration publique, notamment par rapport aux ministères :
Ø La nomination du Gouverneur de la BCRG doit résulter d’une procédure de nomination définit par l’Assemblée Nationale, et en aucun moment le chef du Gouvernement ne pourra être en mesure de le
limoger ;
Ø Seule l’Assemblée Nationale est en mesure de définir le nombre d’années du mandat du Gouverneur de la BCRG, et de le limoger en cas de non respect de ses objectifs ou pour d’autres raisons ;
Ø La BCRG doit disposer de l’autonomie politique pour formuler la politique monétaire, ce qui aura pour effet de la dissocier du calendrier électoral. Ceci afin d’assurer une stabilité économique
et dissocier partiellement la sphère politique de la sphère économique.
Très cher(e)s compatriotes, c’est à ce prix que les grands pays de l’Amérique latine, qui ont connu des niveaux d’inflation de 1000% dans les années quatre-vingt, ont réussi à relever le défi de
la désinflation pour revenir en deçà des 10% que nous connaissons aujourd’hui ; et ceci est absolument valable pour la Guinée.
Cette indépendance de la Banque Centrale ne signifie pas d’isoler complètement l’institution, ce qui serait invraisemblable.
Un certain cadre d'entente sera défini entre la BCRG et l’administration publique, en particulier avec le ministère des finances. Cela afin d'assurer une coordination et de gérer les effets
externes propres à chaque fonction :
Ø Par exemple, l’objectif de stabilité des prix défini entre l’Assemblée nationale et la BCRG ne sera pas seulement valable pour la BCRG, mais le Gouvernement sera également soumis à cet objectif
;
Ø Egalement, la politique de change ne sera pas exclusivement réservée aux pouvoirs publics, ni à la BCRG. Avant toute décision, il doit y avoir concertation sur le sujet et en cas de non entente, le sujet sera soumis à l’Assemblée nationale. Sauf en cas d’urgence, où le Gouvernement aura pouvoir de dernier mot sur ce sujet ;
Ø De même, pour le financement du déficit budgétaire, le Gouvernement propose mais, seule la BCRG disposera du pouvoir de dernier mot sur ce sujet.
Il y a lieu de penser qu’il ne peut y avoir autonomie et entente à la fois, mais nous voyons bien que l'autonomie et l'entente ne sont pas en contradiction: « l'entente est le résultat d'une
autonomie qui ne peut pas être isolationniste en raison des effets externes de la fonction monétaire, et l'autonomie est indispensable pour établir une entente sur un pied d'égalité avec les
pouvoirs publics ».
C’est cet état de fait qui nous amène, au nom de la jeunesse et de la société civile guinéenne, tout d’abord à reclamer une autonomie fonctionnelle et organisationnelle de la BCRG, mais également
à reclamer l’organisation des élections législatives transparentes et crédibles d’ici la fin de l’année 2007.
A présent que nous avons engagé une reforme de change et des reformes institutionnelles, il est temps de se pencher sur les reformes économiques nécessaire au redémarrage de la croissance en
Guinée (abondance et emploi).
Les Reformes Economiques :
Cher(e)s compatriotes, avant de préconiser des mesures d’austérités à l’administration publique guinéenne, il y a lieu de prendre connaissance de certains indicateurs qui nous permettont d’avoir
une idée de la gouvernance qui à prévalue en Guinée :
La Structure du PIB :
Lorsque nous observons la structure du PIB nous remarquons que : Les trois postes les plus importants sont respectivement le commerce (26% du PIB et 55% du tertiaire), les mines (16% du PIB et
54% du secondaire) et l’agriculture (12% du PIB et 65% du primaire).
C’est une très belle structure en chiffre, mais lorsque nous connaissons les réalités que vivent les guinéennes et guinéens aujourd’hui :
Ø Insuffisance alimentaire ;
Ø Problèmes sanitaires ;
Ø Manque d’indsutries et d’emplois ;
Ø Manque de logements et d’infrastructures de base.
Alors apparaît un vide stratégique de politique économique réelle.
D’où, nous recommandons aux autorités en place, dans le cadre de la stratégie de lutte contre la pauvreté et l’insuffisance alimentaire, de stimuler et encourager le secteur primaire en se
fixant un objectif de contribution du primaire au PIB de 35% contre 18% aujourd’hui.
Ø Cela est possible surtout lorsque nous remarquons de la pêche ne représente que 4% du secteur primaire et l’élévge seulement 19%.
De même, pour assurer la compétitivité de l’économie guinéenne, il est impératif de faire de l’industrie le premier conributeur du secteur secondaire, car aujourd’hui il ne représente que 13% du
secteur secondaire contre 54% pour les extractions minières.
Ø Cela ne serait possible qu’en adoptant une politique de défiscalisation de 5 ans renouvelable pour ces industries afin d’encourager les opérateurs économiques et les capitaux étrangers à
s’y interesser.
Quant au secteur tertiaire, le commerce se comporte en leader et il serait temps de les encourager à réinvestir leur capitaux au pays afin de créer de l’emploi et non d’alimenter des comptes à
l’extérieur.
Le Budget Public :
A ce niveau également, lorsque nous réalisons que : Les dépenses courantes de l’administration publique représentent, en moyenne annuelle, 95% des recettes (hors Dons) de l’Etat. C’est incroyable
! Surtout quand on sait que ces dépenses sont composées en grande partie (22% en moyenne annuelle) de paperasse et de parcs automobiles improductifs.
Il faut noter à ce titre que le taux moyen d’évolution des dépenses de l’Etat est deux fois plus supéreur à celui des recettes de l’Etat (19% contre 8% en moyenne annuelle). D’où une croissance
du déficit public de près de 42% en moyenne annuelle.
Certes, les mesures prises par Mr kouyaté pour reduire le nombre de portefeuilles ministériels et controler les parcs publics sont louables, mais il serait judicieux :
Ø D’une part, de recentrer les fonctions administratives sur les missions essentielles de l’Etat, car l’administration publique guinéenne souffre de structures inadaptées qui se traduisent par
l’existence de bureaux et services nombreux, complexes et incohérents ;
Ø D’autre part, par rapport aux parcs qui constituent une énorme charge pour l’Etat, il est nécessaire de mettre tout ce mobilier sur le marché et d’accorder des avantages salariaux ou d’organiser des réseaux de transports publics pour les fonctionnaires de l’Etat ;
Ø Puis, il est plus que nécessaire de fournir une présentation claire des flux financiers entre les différents niveaux d’administration, ceci pour identifier plus clairement les responsabilités
et les sources de dépenses exagérées ;
Très cher(e)s compatriotes, pour que la fonction publique soit compétitive et productive, il est impératif que l’administration épouse une culture de résultat et soit rigoureuse quant
à l’exécution du budget public.
C’est ainsi que le contrôle effectif de l’Assemblée Nationale sur l’exécution budgétaire est l’une des conditions sine qua non à la Bonne Gouvernance.
Il est donc urgent de réintégrer l’Assemblée Nationale en tant qu’acteur à part entière du système Budgétaire, ce :
Ø En Renforçant les liens entre l’exécutif et le Parlement en ce qui concerne le processus budgétaire, et notamment la préparation du budget ;
Ø En Généralisant la pratique du débat d’orientation budgétaire pour permettre au parlement de se prononcer en toute connaissance de cause sur les crédits qu’il est appelé à autoriser par la suite ;
Ø En Renforçant le rôle et la place des commissions parlementaires des finances, en les dotant notamment de moyens et de personnels leur permettant de remplir leur mission ;
Ø En Améliorant la qualité et la quantité de l’information destinée aux parlementaires, en la rendant plus exhaustive et plus en phase avec la réalité.
C’est en ce sens que nous appellons toute la société civile guinéenne ainsi que toute la jeunesse guinéenne à soutenir les partis politiques d’opposition dans la lutte pour les élections
lesgilatives de 2007.
Et nous rappellons aux politiques, qu’ils aillent unis ou désunis, qu’ils sachent que si jamais ils échouent au changement de majorité parlementaire lors des élections législatives prochaines,
jamais ils ne connaîtront le succès sur les terres de Guinée. Qu’ils s’en rappellent bien.
Très cher(e)s compatriotes, sur ces mots nous refermons cet article tout en retenant principalement :
Ø La nécessité d’une reforme de change pour adopter un régime de change fixe afin, d’une part, d’accentuer la lutte contre les spéculations et l’inflation, mais aussi, de relancer une
croissance économique stable via les investissements locaux et étrangers ;
Ø De même, nous dénonçons la continuité dans la relation entre la BCRG et les pouvoirs publics et reclamons une indépendance fonctionnelle et organisationnalle de la BCRG. Une indépendance sans laquelle aucune reforme économique ne connaîtra succès ;
Ø Egalement, nous exigeons l’intégration de l’Assemblée Nationale dans le contrôle de l’exécution budgétaire afin de promouvoir la bonne gouverance ;
Ø Et enfin, nous appellons toute la jeunesse et la société civile guinéenne à s’engager et soutenir énergiquement les politiques dans la lutte des élections législatives de 2007, c’est bien à ce niveau la véritable cléf du changement.
Donnée sources : APE UE-Guinée réalisé par Metra Consulting(2004)/Rapport FMI Guinée 2006
« Les décisions politiques peuvent longtemps galoper sans encourir la dure sanction des faits ; mais il n'en est pas de même pour l'économie » Alfred SAUVY
Mamadou Oury Diallo
Président de la LDRG